‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 19 sur 51 · L.V B\nOnKE I>B PO'LI-Y · texte numérisé non relu

L.V B\nOnKE I>B PO'LI-Y

supplique, il la retint longuement. Puis, après une intime causerie durant laquelle, vieilli déjà et fatigué de ce pouvoir conquis à tant de peines et qui maintenant l'importunait, il s'était épanché plus que de coutume, -^ contant à celte amie sûre et fidèle les amertumes et les déboireK dont l'abreuvait un entourage trop porté à abuser de son intarissable bonté, — il lui tendit la main : <■ Laissezmoi, lui dit-il, serrer votre main; vous êtes la femme que j'estime le plus au monde!...» Et, avec cette mélancolie qui sans cesse lui montait au cœur : • Pourquoi, ajouta-t-il, ne puis-je vous voir souvent et causer ainsi avec vousl Cela me ferait tant de bien ! »

— Hélas ! sire, vous savez bien que cela est impossible !

— C'est vrai! fit-il tristement. Les autres ont le droit d'avoir des amis I Nous, nous ne sommes que des prisonniers ! Vous ne sauriez venir ici souvent sans vous compromettre !

L'impératrice aussi affectionnait particulièrement M°" de Poilly, et la jeune femme était de toutes les intimités. Son élégance et sa beauté l'eussent à elles seules mise ïiu premier rang, si son esprit n'avait réclamé une bonne part de ses succès. Douée d'une voix fort jolie qu'elle conduisait avec un goût exquis, elle jouait à ravir la comédie, qu'elle entremêlait de chansonnettes. L'une. des

meilleures interprètes de ce théâtre de Compiègnc qui rivalisait avec les plus fameux, elle tint dans les Commentaires de César le rôle de V Africaine et chanta avec M. Aguado — Nélusko — le joli duo qui fit le succès de la pièce.

M"« de Poilly, à cette époque, était une sportswoman enragée. Elle montait à cheval et suivait toutes les chasses, se distinguant entre toutes par son intrépidité. A Paris, son salon était un centre mondain très recherché, où se pressaient toutes les notabilités de la cour et de la ville. Là, une intimité des plus choisies délassait la maîtresse de maison des grandes fêtes officielles, cette intimité artistico-aristocratique qui dès lors formait son cercle d'élection. On s'y amusait beaucoup,

et c'était un honneur très envié d'v être admis.

Par exemple, deux ou trois fois par hiver, les portes s'ouvraient plus larges, et la société tout entière était conviée aux bals costumés de la baronne, qui rivalisaient de splendeur avec ceux des Tuileries, du ministère de la marine et de la comtesse Walcska.

Depuis la guerre, renonçant au sport et aux très grandes réceptions. M'"* de Poilly s'est consacrée uniquement à ses goûts artistiques et s'est res treinte à son intimité : intimité très étendue mais limitée aux gens de talent, d'esprit et de valeur. La représentation qu'elle donna, il y a quelques

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