‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 24 sur 51 · SS · texte numérisé non relu

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La comtesse de Mercy-Argenteau, née comtesse do Caraman-Chimay, restera l'une des grandes figures féminines de cette époque. Admirablement belle, d'une intelligence rare, séduisante au superlatif, merveilleusement douée de toutes façons, artiste de race autant que patricienne accomplie, ce n'est pas seulement une jolie femme et une femme supérieure : elle est la « femme » dans le sens idéal de ce mot, gardant au milieu de la banale vulgarité le type superbe de sa personnalité originale et frappante.

M"" de Mercy est une très grande dame, et elle 'de de la grande dame les finesses exquises.

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Toutes les aspirations élevées et grandioses, elle les porte en son front intelligent, en ses grands yeux clairs et profonds. Faite pour gouverner des empires, l'instinct du faste est en elle. Comme Cléopâtre, elle eût jeté des perles plein sa coupe, ou son cœur par la fenêtre, selon son oftprice, si elle eût été Cléopâtre; et ses mains menues, aux doigts effilés, eussent répandu à pleins flots toilt Tor de Venise, versé dans une chanson tous les vins de Grèce, capiteux et ensorcelants, pareille en ses fantaisies grandioses à ces courtisanes et à ces patriciennes de la Renaissance, créatures superbes qui ramassaient le pinceau du Titien, tandis qu'elles commandaient au duc de Ferrare ou au roi François de relever leur fin mouchoir tout parfumé des roses d'Orient.

M™* de Mercy — comme la princesse de Sagan, comme la comtesse de Pourtalès, comme la duchesse de Mouchy et quelques autres encore, dont le profil est esquissé ici — date de l'empire. Elle rayonnait en tête du fameux Décaméron, et elle y était la plus belle. Et c'est une chose étrange de retrouver, plus de vingt ans après, ces femmes en leur éclatante beauté, resplendissante et inaltérée, effaçant encore toutes les beautés. Les ans ont glissé sur leur tête blonde sans oser en effleurer les traits charmants. Leur taille de déesse a gardé ses lignes pures et sa grâce altière ; leur

teint, cet éclat de neige dont leur chair est pétrie.

Quel fut leur secret et quel est le mystère de cette jouvence éternelle t Étaient-elles d'un autre siècle et leur sang vif portait-il en son cours limpide un talisman de jeunesse immortelle î Ou bien ces femmes fortes et belles ont-elles épuisé en leur éclatante splendeur la vitalité tout entière de leur race aujourd'hui dégénérée 1

Ce qui est certain, c'est que les 'filles ne valent iwint les mères. Et celle-là môme de la comtesse de Mercy, l'une des plus admirées en la génération nouvelle, l'unique fruit de cette fleur merveilleuse, quelque belle qu'elle soit, ne saurait être mise au même rang — pas plus que cette dernière ne fut aussi absolument parfaite que celle dont elle reçut l'héritage de magnificence sans l'égaler encore.

Il y a là trois générations et il y a trois degrés, La grand'mère fut une déesse, la mère fut une reine, la filie est une moderne! A l'une l'Olympe, à la seconde un trône... à la troisième la petite charrette anglaise qui porte au.\ acacias, chaque matin, nos mondaines semi-garçons.

Mais n'anticipons pas !

Quelques mots tout d'abord sur la famille de Chimay. Elle n'est point flamande, ainsi que le croient les gens mal au courant; mais elle a son origine à Gille-Paul Riquet, bourgeois de Béziers,

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fondateur du canal de Languedoc, et par suite anobli, en récompense de ses travaux, de par lettres patentes du roi Louis XIV, en date du 20 novembre 1666.

Plusieurs généalogistes rattachent les Riquet aux Riquetti, et les font ainsi cousins des Mirabeau.

Les Riquet, entre 1706 et 1839, ont donné à la France quatre lieutenants généraux. De 1780 à 1830, trois maréchaux de camp, un ambassadeur à Berlin, commandeur du Saint-Esprit (1816-1830) ; deux grand'croix de Saint-Louis et un commandeur de cet ordre, marquis et pair de France (18 15); un ministre plénipotentiaire (1821).

Ce fut Victor-Louis de Riquet, fils de Victor- Maurice de Riquet, comte de Caraman, lieutenant général des armées du roi, et de M"'' d'Alsace d'Hénin-Liétard, princesse de Chimay et du Saint- Empire — lui-même ambassadeur, pair de France, lieutenant général et commandeur du Saint-Esprit, — qui reçut le titre de duc de Caraman par lettres patentes, en date du 6 mai 1827.

Son frère cadet, FrançoisJoseph de Riquet, comte de Caraman, fut, de son côté, créé prince de Chimay par le roi des Pays-Bas, puis par le roi des Belges Léopold, qui stipula en outre que tous les mâles appartenant à cette branche de la maison

de Caraman seraient qualifiés princes de Caraman et les filles comtesses de Caraman.

Marié à Tune de ses parentes, le prince eut deux enfants : Alphonse, prince de Chimay, et la comtesse Louisa, mariée au comte de Mercv- Argenteau.

M""' de Mercy est donc la fille du prince de Chimay, chef de la branche cadette de Riquet- Caraman. Elle est la petite-fille de cette admirable Tallien, aussi bonne qu'elle était belle, que le Directoire nomma « Notre-Dame de Bon-Secours », et qui fut la Divinité de l'époque.

M"* Tallien, l'idole de Barras et celle de la France, est une figure historique. Elle sut, au milieu des orages de cette époque, saisir de sa main blanche Tare radieux, présage d'apaisement, et le jeter, ainsi qu'une écharpe bénie, à travers le firmament noir ! Son histoire est toute là et son rôle est sublime. Si l'amour, à ses pieds, brûla son encens et répandit ses roses, elle ne se servit de Tamour que pour le bienfait. Chacun de ses sourires fut un pardon, une délivrance en même temps qu'une grâce; et si elle fut toute-puissante, ce fut pour briser les chaînes, ouvrir ces prisons où gisait la Liberté en la personne de tous les opprimés !

Mariée en secondes noces au prince de Chimay,

elle fut une grande damo après avoir été une déesse. Et, devenue tout à l'ait mortelle, elle s'incarna en la personne de celte petite-fille à laquelle elle voulut léguer toute sa beauté avec toute son intelligence altiére et souveraine. Toute la splendeur de son sang, elle la mit en ses veines. Et si M"'° de Mercy fut moins grande, c'est que l'époque aussi fut plus petite.

Mariée au comte de Mercy, la comtesse Louisa de Caramaii écartela son écu â l'un des plus antiques blasons des provinces lorraines, dont la terre fertile et puissante avait fourni la souche illustre de la maison de Mei-cy.

Quelques branches directes de la maison de Mercy subsistent encore, implantées en France et en Autriche. La principale avait pour chef Claude- Florimond, comte de Mercy, maréchal des armées de l'empereur d'Autriche, qui fut tué en 1734 à la bataille de Parmo, laissant pour héritier de son nom et de ses magnifiques biens en Hongrie son parent et fils adoptif Anloine-lgn ace-Charles-Augustin, comte d' Argenteau, qui devint commandant général de l'EscIavonie et obtint, en 1767, du duc de Lorraine, le droit de joindre à ses titres celui de comte de Mercy, devenu réversible.

François, comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d'Autriche en France, se signala sous Louis XVI par son dévouement à la cause royale;

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