‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 25 sur 51 · I.\ C0MTB98E DB MBHCY-ABOrartSAU · texte numérisé non relu

I.\ C0MTB98E DB MBHCY-ABOrartSAU

son frère Fiorimond-Claude de Mercy-Argenteau fut investi du grade de feld-maréchaUieutenant au service de l'Autriche; François-Joseph-CIiarles, comte de Mercy-Argeuleau, ministre plénipotentiaire sous Napoléon I", fut fait par lui comte de l'empire : ce qui fait que cette grande maison franco-austro-bel ge est trois fois titrée, ayant reçu de trois chefs différents celte couronne jierlée qu'elle a si noblement portée!

La terre d'Argenteau, en Belgique, seigneurie libre relevant du duc de Brabant, jouissait des droits de comtes du Saint-Empire. Les sires d'Ai'^ genteau sont mentionnés dans les chartes de Litige dès l'an 1140, et jouèrent au moyen ûge un rôle considérable dans le pays. Guillaume, sire d'Argenteau, « battait monnoyo » au xv* siècle. L'ancienneté de celte maison puissante ne le cède donc en rien à son illustration.

La maison de Mercy-Argenteau a pour chef actuel Charles-François-Joseph, comte de Mercy- Argenteau, veuf de M"° do Brienen, dont il eut deux fils :

Le comte Eugène, marié le 11 avril 1860 à M"" Marie-Louise de Riquel, comtesse de Caraman ;

Le comlc Karl, marié en mai 1803 â M"" Alix de Choiseul-Praslin.

Ses tilles sont la comtesse d'Oultremont et la duchesse d'Harcourt.

C'est en plein apogée impérial , presque aussitôt après son mariage, que la jeune comtesse de Mercy apparut à Paris. Elle y fit sensation. L'empereur lui marqua de suite une faveur très spéciale, et son élégance bientôt autant que sa beauté la classa parmi les étoiles les plus brillantes levées au firmament des Tuileries. Mais, non contente de tenir à la cour son rang de jolie femme, son intelligence et sa pénétration la désignèrent fréquemment au conseil impérial. L'impératrice en fit son amie, et l'empereur, bien souvent, lui confia ces délicates missions que peut seule accomplir une main féminine lorsqu'elle est habile autant que jolie.

Un tact parfait est le trait distinctif de ce caractère ; et ce tact, qui est le fait d'une nature hors de pair, se développa à l'atmosphère des cours, transformant la grande dame en diplomate consommée, en « femme d'État t, si l'on peut dire, amie aussi dévouée qu'habile conseillère pour ses souverains.

Avec cela une politesse exquise qui lui gagne tous ceux qui l'approchent, se montrant pareillement affable avec tous, qu'il s'agisse d'un cantonnier arrosant de sa sueur les cailloux de ses terres,

— ou d'un prince royal, — et mettant cependant toutes les nuances à son afTabilîté ou à sa grâce. Sachant à son gré tourner toutes les têtes et ne permettre jamais aucun écart qui luidéplaise ou la froisse ; une charmeuse enfin, dans toute l'acception du mot, ix laquelle nul ne sut jamais se dérober.

Et l'empereur le savait si bien, il avait une telle confiance en ce charme souverain, que, alors qu'il se vit complètement pci'du, alors que tous l'avaient abandonné et que, sans soldats, sans royaume, — et partant sans amis, — il était prisonnier el désespéré! sur de la comtesse de Mercy, il fit appel à son dévouement et la chargea de s'en aller, ambassadrice toute -puissante, séduire le vainqueur et tenter de sauver la France 1

La comtesse de Mercy montra en cette occasion qu'elle était à la hauteur de toutes les tâches et que la confiance de son souverain ne pouvait être plus noblement placée. Mettant en œuvre une énergie et une sagacité sans pareilles, elle se renilit à Versailles comme elle était venue à AVilhemsœhe, passant à travers les lignes prussiennes et ne s'arrètant à aucun obstacle, déroutant toutes les investigations et dérobant à toutes les recherches les missives secrètes dont elle était chargée.

Hélas ! tout le savoir de la Svrène, toute la séduc-

i D.VHES D ALJOIBD HUI

tion de la femme et tout le prestige de la grande dame devaient se briser à l'immuable volonté du chancelier allemand! Ce cœur de bronze ne put , être entamé, même par ces beaux yeux ! Et ses mains suppliantes, comme toutes celles qui, de toutes parts, se levaient vers le vainqueur, furent brutalement repoussées : il fallait que Paris fut foulé par la botte do ce soldat! Il fallait l'Alsace- Lorraine & l'ogre germanique!

Mais ce trait appartient à l'histoire : revenons à la femme.

Pour l'attacher davantage, l'empereur avait exigé que son mari se fSt naturaliser Frain.'ais atin de lui confier le poste de chambellan. Dès lors, devenue tout à fait Parisienne, elle délaissa le superbe château d'Argenteau, auquel seul le changement survenu la rendit plus tard pour une bonne part de l'année. Elle fut durant la saison d'automne l'une des gloires de Compiégne, comme elle était durant l'hiver l'astre brillant des Tuileries. Aimant passionnément le faste, dont l'atmosphère est pour ainsi dire nécessaire à sa nature essentiellement aristocratique, on ne put jamais la soupçonner d'ambition ni de lucre. Si l'argent passait dans ses mains, c'était pour le répandre. Les toilettes à fracas, le luxe élégant d'un intérieur merveilleusement artistique, des bijoux princiers, voilà tout ce que souhaitait cette

LA COMTESSE DB MERCY-ABGETTCÀL' -Oi

femme jeune et belle qui aurait pu, si elle lavait voulu, jouer avec toutes les puissances î

Son écrin fut son seul souci, si elle en eut un. Possédant déjà les admirables joyaux héréditaires des Chimav, doublés de ceux des Mercv, elle se montra insatiable de pierreries. Ses brillants égalaient ceu.x de l'impératrice et ses perles sont les plus belles du monde. Lorsqu'elle maria sa fille, il y a deux ans, elle détacha deux rangs de son collier pour les lui donner, et il n'y parait guère.

D'un caractère très indépendant. M"" de Mercy s'est toujours mise au-dessus des mesquineries mondaines. Le potin a pour elle peu d'attraits et le qu'en dira-t-on ne la fait point trembler. Elle vit comme il lui plaît et elle vit * grand ». Quelquesuns lui ont reproché des imprudences de jeunesse et un brin d'excentricité. C'est le côté « artiste » de sa nature qui ne peut se plier à la correction étroite de notre bourgeoisisme. M"" de M^rcy est une « femme de cour *, si l'on peut ainsi parler. Et comme il n'y a plus de cour, il n'est pas surprenant que parfois elle se trouve déplacée dans notre société moderne.

D'ailleurs, très aimée des siens, avec des qualités très sérieuses sous son apparente frivolité, la comtesse de Mercy s'est, depuis la guerre, beau-

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coup éloignée du monde. Elle a enfermé son existence dans le cercle très restreint d'une intimité choisie à laquelle elle a donné pour cadre le ravissant petit hôtel dont Timpératrice lui a fait cadeau en mémoire de son amitié et des services rendus. En lui donnant cet hôtel tout près de TÉlysée, la souveraine n'eut-elle point la pensée de faire de cette amie sa voisine, alors qu'elle songeait à un veuvage possible, c'est-à-dire, devenue régente, à reprendre possession de ce palais, le premier dont Napoléon III eût franchi la porte, et le premier échelon de sa grandeur?

En faisant ce cadeau à la comtesse de Mercy, l'impératrice n'était pas absolument désintéressée : n'était-il pas de simple prudence, en ce temps de conspirations et d'instabilité, d'assurer son voisinage et de garantir des fenêtres si bien placées contre toute possibilité d'invasion hostile ou ennemie?

De là, la comtesse, en effet, surplombant les beaux jardins de l'Elysée, pouvait être en communication constante avec ses augustes amis. On affirme même que, pour ménager une entente plus certaine et des relations d'autant plus sûres qu'elles seraient très secrètes, des souterrains furent établis, reliant les caves du palais à celles de l'hôtel de Mercy, et pratiquant, à travers le

jardin, un chemin large et commode par lequel on pouvait se joindre sans que personne en fût averti. Mais cela n'est qu'un « on-dit », et je ne saurais en vérifier l'exactitude.

Mais au fait, si cet « on-dit • est sérieux, gare à vous, Monsieur le Président ! Vous n'êtes point, que je sache, des amis de votre belle voisine !

Quoi qu'il en soit, et en attendant qu'elle trempe dans les conspirations ses belles mains aristocratiques, la comtesse de Mercy mène durant les quelques mois qu'elle passe à Paris une vie des plus paisibles. Voyant beaucoup l'élite de ce qui subsiste encore de l'ancienne cour, elle choisit surtout son entourage parmi les gens intelligents et les artistes, se souciant peu de l'aristocratisme du sang si cet aristocratisme n'est pas doublé de celui de l'esprit et de la pensée — de la supériorité de caste si l'on n'y joint la supériorité de l'intelligence. Aussi sa société est-elle formée d'éléments très divers, un peu disparates si l'on se place au point de vue de la « coterie », très bien assortis si l'on s'attache à la valeur individuelle et à la sympathie du talent.

Mais^ artiste elle-même jusqu'au bout des ongles, ce que la comtesse de Mercy hait pardessus tout, c'est la vie oisive et inoccupée. Ici comme à Argenteau^ son temps est réglé de

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façon à donaer à Tétude la part la plus large. NoD seulement c'est une musicienne hors de pair, une musicienne dans Tame, mais elle peint & mer veille ; et ses jolies miniatures feraient la gloire de plus d'un peintre. La plupart des langues lui sont familières, et elle a voulu même apprendre le russe, cette langue ingrate et dure, afin de s'identifier mieux à cette école moscovite dont elle propage les mélodies et dont elle s'est fait Tapôtre en Belgique. Les beaux concerts organisés par elle durant l'automne ont été en effet une véritable révélation musicale. Et les maîtres ignorés, tels que Borodine, Rimsky Korsakoff, César Cui, Dargomsky, etc., devront à son initiative leur droit de grande naturalisation universelle aussi bien que leur célébrité future.

Son autorité artistique et mondaine, jointe à son interprétation magistrale, eût suffi à les imposer, si leur œuvre elle-même n'eût mérité le succès triomphal qui a accueilli sa vulgarisation.

Outre son apostolat musical, la chasse retient fort tard M"*» de Mercy en son château d'Argenteau, dont les futaies regorgent de gibier. Elle s'y entoure d'hôtes choisis, et y multiplie les plaisirs, que tempère l'attrait des occupations sérieuses ou intéressantes. Dernièrement, prise de fantaisie

pour la photographie, elle avait installé dans son parc un petit appareil à l'aide duquel elle a reproduit les sites enchanteurs qu'offrent les paysages environnants, se composant ainsi un album magistral dont chaque feuillet rappelle un coin favori , une page ravissante de sa merveilleuse propriété.

Divinement jolie lorsqu'elle était toute jeune, la comtesse de Mercy est encore fort belle. Un peu forte il y a quelques années , elle a maintenant beaucoup maigri; et lorsqu'on la voit passer avec sa taille svelte, son profil élégant, ses beaux cheveux d'or massés sur la nuque, sa démarche incomparable, on se demande s'il peut être vrai que cette femme soit la mère d'une autre femme grande et belle, qu'elle soit en droit, un beau matin, de s'éveiller grand'mère.

Car M'"*' de Mercy, comme si elle eût voulu concentrer en un seul être son héritage de beauté, passer aux veines d'une enfant unique et adorée le beau sang légué par son aïeule, n'a eu qu'une fille, superbe comme elle et presque aussi belle, aujourd'hui sa rivale d'élégance et de séduction.

M"** Rose de Mercy-Argenteau a été mariée il y a deux ans au comte Hubert d'Avaray , petit-fils du duc. On a beaucoup parlé déjà de cette jeune femme, dont le beau front resplendit sous la tor-

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sade blonde qui est son orgueil héréditaire, en attendant que s"y pose la plus belle des couronnes héraldiques. Mais son histoire est trop courte encore pour être contée ici. Nous la retrouverons l'an prochain ou le suivant dans l'un des volumes qui suivront celui-ci.

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