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LA DUCHESSE DE CASTRIES

La duchesso de Casti-ies est une sympathique. Bien peu, parmi les grandes mondaices, ont su grouper autant de respects et d'amitiés. Bien peu ont moins d'ennemis : on n'en connaît pas à la duchesse !

Affable, simple, boinie, accueillante, sincère, sans fiel contre personne, l'aimable femme réunit en effet toutes les qualités qui font aimer, sans avoir cette beauté éclatante qui crée, autour de celles qui en possèdent le don fatal, un cercle d'envieux et de jaloux dont la haine devient souvent la pierre d'achoppement des plus brillantes desit^s.

Ceci ne veut pas dire que la duchesse de Castries soit laide. Pour être sans prétentions, elle n'est pas moins ce qu'au bon vieux temps on

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appelait t fort agréable * ; mais elle Test sans fracas, portant en sa physionomie gracieuse cette modestie qui émane de tout son être.

Grande, un peu forte, sa taille est majestueuse, et ses belles épaules ont le soir un éclat de neige. De jolis yeux éclairent des traits très fins, et d'épais cheveux châtains couronnent son front intelligent.

La duchesse de Castries est la fille du baron Sina, le célèbre financier qui fut ministre de Grèce à Vienne, et de la baronne, morte tout récemment.

Elle est la cadette de la princesse Georges Mavrocordato. Ses autres sœurs sont la princesse Ypsilanti et la comtesse de Wimpffen. Partagé entre ces quatre filles, l'héritage des Sina donne un million de rentes à chacune. C'est dire que M"" Iphigénie Sina a apporté au duc de Castries une fortune digne du beau nom qu'il mettait à ses pieds.

Les Castries sont en effet aussi anciens qu'ils sont illustres. Leur origine remonte aux Croisades, et c'est la Croix que leur aïeul portait à son fanion sous les murs de Sain t-Jean-d' Acre qui est leur blason parlant — Castries étant une corruption de Croix.

Les Castries occupèrent une haute situation au xvni* siècle. Saint-Simon parle dans ses Mémoires

t\ DUCHÏSSK DB CASTRIES

de la belle M"" de Casiries, cèlébi-e à la coui-, et le spirituel abbé de Castries fut l'ami et le parent du cardinal de Fleury.

Sous Louis XV, le maréchal de Castries, ministre-dela maison du roi, reçut le brevet ducal pour prix de la victoire de CInslercamp. Ses fils et petits^fils ne déi-ogêrent point aux fièies traditions dont il leur transmetlait le bel exemple. Tous furent de brillants militaires, et plus d'un arrosa nos cbamps de bataille de son sang valeureux.

Les alliances des Castries sont: Maillé, Noailles, Mortemart, Saint-Aulaire, etc.

Le duc actuel est fils du comte de Castries et de M"' d'Harcourt. C'est son oncle, le duc de Castries, qui lui a légué ses titres avec une partie de sa fortune. Ses sœurs sont la maréchale de Mac- Mahon et la comtesse de Beaumont ; toutes deux ont partagé avec leur frère cet héritage évalué â deux cent mille livres de rentes.

Le duc de Castries est un des deriiierï; gentilshommes de ce temps, où les gentilshommes deviennent rares. Nul n'était mieux fait pour séduire et captiver une femme. La duchesse est d'aîileurs le type de l'épouse fidèle et dévouée. Elle est la meillem-e amie de son mari, qu'elle adore de tout son cœur.

C'est par tendresse pour lui qu'elle a peu à peu adopté ses goûts et ses idées, et qu'elle est devenue

GHANDES DAKES D ArJOl'nD'Hl'I

l'enragée sportwoman qui suit toutes les courses, dont l'écurie est devenue légendaire.

Les émotions de sa vie, ce sont les triomphes de cette écurie, et l'on suit dans ses beaux yeux les anxiétés du gagnant, chaque fois que, sur le champ de bataille, qui est le turf, se montrent les couleurs de Caslries, jetant dans l'horizon clair leur tache mêlée de pourpre et de neige qu'emporte la vertigineuse vitesse de chevaux incom- J

Il faut dire que ces anxiétés ne sont généralement pas de longue durée, car l'écurie du duft.i jouit d'une chance presque invincible, et le haras dé Moulins fournit désormais presque tous les vainqueurs des champs anglais ou français.

Toujours pour plaire à son mari, la duchesse sacrilie complètement le monde aux choses du sport. Elle choisit ses amis de préférence parmi ceux qui ont les mêmes goûts, i-éduisant sonJ entourage à une très charmante, mais très rea-, treinte intimité.

La seule chose qu'elle aime passionnément, erf* dehoi-s des chevaux, c'est le bézigue, qu'elle cultive avec un soin jaloux, presque aussi invincible jivec ses cartes que son mari avec ses pur sang.

Cela ne l'empêche pas d'être excessivement élégante. Elle l'est dans sa mise par un sentiment très louable de coquetterie conjugale. Elle l'est

l PUCHCSSE DE CiRTIlIES

dans son hôtel pour se mettre au diapasoTi decette vie de grand seigneur qu'affectionne le duc do Castries.

Cet hôtel, bâti sous Louis XIV et complètement restauré dans le même style par les soins du duc, est une véritable merveille. Tout l'ameublement est de l'é|)oque et c'est un ameublement princier. Rien de moderne, jetant une fausse noie parmi les splendeurs du passé; mais partout les grandes lignes du style magistral, les hautes tapisseries et les lanipas superbes que l'on voyait à Versailles, faisant cadre au portrait des aïeux.

Le jardin, comme l'hôtel, a gardé son cachet grandiose. Arrangé à la française, comme le voulait l'esprit du temps, on croirait que ses allées, tracées par Le Nôtre, ont conservé intacts h travers les années leurs contours larges et majestueux, encadrés de taillis réguliers et d'arbres séculaires, plantés au temps du grand siècle.

Il y a trois ans, une fête monstre inaugura l'hôtel. Un luxe fou fut déployé en cette circonstance ; fleurs, fruits, arbustes rares, jamais on ne vit décoratiou plus éblouissante ni plus i-éelle magnificence. Depuis, les portes ont été fermées et ne se sont plus rouvertes, et c'est grand doramage. Car les réceptions sont si rares où l'oti retrouve quelque chose des belles traditions et des façons de nos aïeux, que l'on ne saurait assez

ORLimKS DAMKR D AUJOURD'HUI

regretter celles qui ea ont gardé la ('ompléle splendeur.

Pour vivre dans le calme du foyer, le duc et la duchesse n'abdif4uent rien de leur instinctive élégance. Le besoin de luxe est en eux comme en toutes les natures réellement aristocratiques, mais traduit par une élégance simple, sobi-e, liautaine, '/^ sans lacune et sans fausse note. La tenue de leur

*'' maison est d'une correction magistrale. Leur

table, toujours servie pour dix couverts, peut être citée parmi les meilleures comme parmi les plus somptueuses. La loge de la duchesse, à l'Opéra, est une des grandes avant-scènes. Quant aux équipages, je n'ai pas à insister sur le haut chic et l'exacte correction qui les marquent ; ce sont les mieux tenus de Paris; et le cocher anglais qui a l'honneur de conduire M*"' de Castries est un gentleman de si grande importance que des appointements de ministre paraîtraient insuffisants' à ses menus plaisirs.

La duchesse de Castries possède non seulement une garde- robe aussi coquette que magnifique, mais aussi l'ôcrin d'une souveraine : aux joyaux héréditaires des Castries, se joint une part des' bijoux de la baronne Sina, dont les piorr égalaient en splendeur les dentelles merveilleuses et l'incomparable collection de fourrures qudluii envia plus d'une princesse.

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