‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 29 sur 51 · LA PRINCESSE DE LA TOUR-D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DE LA TOUR-D'AUVERGNE

La princesse de La Tour-d'Auvergne a eu ce rare privilège — appartenant à cet essaim charmant d'élégantes jeunes femmes qui brillent à la tête de la société française — de s'attirer par sa grâce toutes les sympathies, par sa tenue irréprochable d'échapper à toutes les calomnies.

De taille moyenne, son corsage enferme le plus joli buste qui soit. Les épaules n'ont de rivales que la poitrine, et les bras sont d'un dessin parfait. Aussi la princesse gagne h être décolletée, et c'est le soir, au bal, avec ses bijoux admirables et ses jolies toilettes, portées à ravir, qu'elle est le mieux en valeur. Lescoiffures Louis XV, dont la coquetterie moderne a fait une renaissance, siéent délicieusement à sa physionomie douce etsympathique

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qu'éclaire un adorable sourire. Dô grands beaux yeux d'un azur clair ajoutent à Téclat de ce sourire, et, avec ses cheveux d'un châtain lumineux, lorsque ses falbalas en paniers soulignent sa taille élégante, il semble que cette figure gracieuse se détache d'un tableau de Lancret, le peintre des belles. '

Et chez elle, le physique ii est qu'un miroir fidèle. La grâce de son visage est le reflet du caractère aimable et bon qui fait à la jeune princesse de La Tour-d'Auvergne tant d'amis, qui lui a donné, plus encore que sa naissance et sa fortune, sa situation et sa rare influence. Influence qui repose sur le tact exquis de la jeune femme, sur l'art incomparable avec Lequel, enveloppant de douceur une volonté de fer, elle sait arriver droit au but, indécouragcable aux obstacles, par cette raison que, sachant ce qu'elle veut, elle sait l'imposer aux autres. Dans notre siècle de prose c'est simplement une femme charmante. Dans un siècle plus coloré sa résolution et la sagesse de son esprit prudent et ferme l'eussent portée sans doute à quelque sommet. C'est une grande dame « née » — dans toute l'acception de ce mot, resté si juste — dont la simplicité à quelque chose de si vraiment aristocratique que l'avenance même de ses façons est une fierté.

Un savoir-faire étonnant dans tout ce qu'elle entreprend, et cela sans embarras, sans préten-

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lions, sans avoir l'aii" d'y toucher. Architecte quand il s'agit d'agrandir son hôtel, tapissier pour ordonner l'aménagement d'un salon, homme d'affaires s'il convient de donner un conseil sage, surveillant tout chez elle, de la nursery à la cuisine et des ôcuries au salon, c'est avec cela une mondaine exquise, une maîtresse de maison accomplie, une mère sans pareille — la » femme de foyer » telle que l'a rêvée Dumas !

A ce propos, un détail charmant. La princesbo de La Tour-d'Auvergne a trois enfants, deux petits garçons et une fillette. Or, ne pouvant les avoir toujours tous trois auprès d'elle, elle a fait aménager, tout contre son alcôve, une petite chambre qu'elleappellc»rintirmerie». Undesbabiesycouche toujours, et c'est celui qui, souffrant ou en mal de gâterie, a le plus grand besoin des soins maternels.

Alliant ses devoirs religieux, à ses devoirs mondains, nulle n'est plus fervente. Et se souvenant des jours pieux de son adolescence, il semble que lajeune princesse ait placé son bel hôtel à l'ombre des jardins du Sacré-Cœur pour en suivre mieux les retraites, pour se montrer plus assidue aux offices de son cher couvent, dont elle est restée une fidèle ■ enfant de Marie i.

La princesse de La Tour-d'Auvergne est née Léontine dePleumartin. Sa mère était M"*deCourcelles, sa grand'mère M"" de Verteillac, et son

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arrière-grand'mère une La Roche-Dumaine. Du côté Pleumartin, son aïeule était la fille du duc de Cossé-Brissac, et, par ses tantes, M°*' de La Tourd'Auvergne est alliée aux La Rochefoucauld et aux Durfort-Lorges.

Le prince Godefroy de La Tour-d'Auvergne appartient à la branche Lauraguais. Son père, l'un des plus éminents diplomates de ce siècle, fut tour à tour ministre à Florence, ambassadeur à Rome et à Londi*es, puis ministre des affaires étrangères. Il quitta le ministère aux derniers jours de l'empire, cédant la place au duc de Gramont, par cette raison que, mesurant les conséquences d'une guerre avec la Prusse, il se refusa à en assumer la responsabilité. Son frère, suivant avec la même gloire la carrière ecclésiastique, débuta par être le grand vicaire de son oncle, le cardinal de La Tour-d'Auvergne, évoque d'Arras. Puis il fut lui-même coadjuteur et archevêque de Bourges, où son épiscopat a laissé d'impérissables souvenirs.

Ces alliances et la fortune du jeune ménage expliquent que M°*' de La Tour-d'Auvergne, toute jeune encore, compte déjà parmi les « maîtresses de maison ». Ses réceptions, pour être relativement restreintes, peuvent être classées au nombre des plus élégantes. Étroitement liée avec la comtesse Aimery de La Rochefoucauld et avec la princesse de Léon, les trois cousines sont désignées

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dès aujourd'hui au Faubourg pour prendre la tète, à côté de la duchesse de Bîsaccia et à sa suite. Lorsque leur heure sera venue, leurs maisons sont destinées à devenir le centre élégant et aristocratique de la société parisienne.

M"' de La Tour-d'Auvergne n'a pas besoin pour cela d'un long apprentissage : chose peu commune aujourd'hui parmi les jeunes femmes, si persuadées de leur mérite qu'elles dédaignent toute complaisance, toute concession, — toute gêne surtout,— elle se donne la peine, lorsqu'elle reçoit, d'être aimable pour tous, et de trouver ce « mot pour chacun », si familier aux femmes de l'ancien régime, que négligent d'apprendre les femmes de notre génération.

Après avoir parlé des réceptions, un motducadre :

La double succession do la duchesse de Doudeauville et du cardinal de La Tour-d'Auvergne a enrichi l'intérieur de la jeune princesse d'une foule d'objets d'art, de tableaux, de précieuses reliques familiales, de beau.\. meubles qui transforment en musées ses salons coquets.

La princesse de La Tour-d'Auvergne a, je l'ai dit, son hôtel boulevard des Invalides, tout près de l'église Saint-François-Xavier. Une entrée grandiose met un cachet seigneurial à cette demeure moderne. D'un coté un pavillon contient les appartements particuliers du prince. De l'autre un esca-

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lier tapissé de tableaux anciens et de superbes gravures conduit au premier étage, où sont les appartements de réception. A droite de l'antichambre un boudoir; au fond le salon de musique, que double un second salon.

Le boudoir, avec s^^ cheminée coquette, en bois sculpté rehaussé d'or, ses encoignures Louis XVI et ses jolis meubles, est la pièce favorite de la maîtresse de maison, celle où elle se plaît à vivre davantage. Au fond une vitrine immense contient les souvenirs du cardinal de La Tourd'Auvergne, qui était un véritable artiste en même temps qu'un grand prélat : — missels anciens, aux pages éblouissantes, croix épiscopales et bagues pastorales, décorations de tous les ordres, vieilles mitres et joyaux admirables de la Renaissance : tout cela s'amoncelle, arrangé avec un goût parfait, et c'est une vraie page historique et religieuse du musée de Cluny.

Parmi ces trésors, la belle bague offerte au pape par le roi des Asturies au moment de sa première communion, et que Pie IX donna plus tard en gage de sa haute estime à Tarchevêque de Bourges, mérite un souvenir tout spécial.

Le salon de musique est une vaste pièce dont la dénomination indique Temploi ; c'est là qu'est le piano, dont la princesse touche à merveille, rivale de son mari, qui joue de l'orgue avec un réel talent; là

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qu'ont lieu les jolis concerts qui sont Tattrait des réceptions dont j'ai parlé. Des meubles de style, des bibelots un peu partout, mais surtout un beau portrait de Marie de Médicis, attirent ici le regard. Auprès de la cheminée un canapé Louis XVI au petit point, souvenir de la duchesse de Doudeauville.

Un second petit salon, où flamboient dans leur or intense de belles glaces italiennes, introduit à la galerie Louis XVI, toute pleine de tableaux, de riches tentures, d'objet précieux, de ces mille riens coûteux qui sont le dernier mot du luxe moderne. Sur des chevalets de peluche des tableaux encore. Là une. harpe aux cordes d'or; ici un délicieux petit fauteuil rococo. Au milieu de tout ce luxe resplendissent de merveilleux triptyques, legs précieux de l'archevêque, opposant leur magnificence sévère aux galantes ressouvenances des amours qui dansent dans les roses sur les portières en vieilles tapisseries.

Trois arcs légers unissent cette galerie à un lilliputien boudoir bondé de tableaux.

Au fond de la galerie et pour l'agrandir encore, la princesse de La Tour-d'Auvergne va faire construire une seconde galerie, reliée encore à celle-là par de larges baies, et à l'extrémité de laquelle une « loggia » éclairée par le plafond donnera asile à rorchestre, les jours de bal.

La salle à manger, tout enfermée dans les hautes

boiseries qui sertissent de superbes verdures florentines, est de style Louis XVI avec de jolies encoignures en noyer sculpté.

La chambre de la princesse, drapée de lampas couleur de saphyr, est au second étage. Elle est entourée de cabinets de toilette, de la nursery ^ de la salle d'étude et de cette fameuse e infirmerie » que j'ai mentionnée — une sorte de paradis enfantin dont l'accès disputé fait la joie des heureux « petits malades », qui se donnent volontiers, j'en suis sûro, plus d'une indigestion de gâteaux pour y prendre place.

Ce sont ces trois babies : Henry, Charles et la petite Césarine, qui, aux Acacias, pressés autour de la princesse, dans son grand huit-ressorts, forment sa plus belle parure et son plus cher orgueil. Tous trois sont si jolis, si bien plantés, si vivants dans leur simplicité aristocratique, qu'ils font Tenvie de toutes les jeunes mères dont les enfants trop chics et maladifs semblent étiolés et vieillots à côté do ces gentils amours frais et joufflus.

Les équipages de la princesse de La Tour-d'Auvergne peuvent être classés parmi les mieux tenus. Sa livrée bleu clair et blanc est connue de tout Paris. Son luxe d'ailleurs est en toute chose d'un goût parfait et d'une harmonie absolue. Cette délicate ne saurait supporter une note fausse ou risquée en aucun détail de ce qui l'entoure.

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La princesse de La Tour-d'Auvergne passe une partie de l'automne chez son père, à ce beau château de Pleumartin que ses fêtes automnales ont rendu célèbre. Elle-même possède en Poitou deux châteaux : Les Anglières et La Valette.

La Valette, délicieusement meublé par la princesse, est un véritable intérieur flamand, avec ses vieux meubles sculptés et ses cretonnes d'un rouge sanglant qui chantent d'un bout à l'autre du château la symphonie du rouge. C'est le séjour préféré du jeune ménage, qui, tenant la tête de la contrée, y mène grande vie châtelaine. Les chasses à tir de La Valette sont aussi fameuses que ses jolis concerts improvisés, où vient se mêler la belle voix de la vicomtesse de Tredern, la voisine et amie de M"' de La Tour-d'Auvergne.

LA VICOMTESSE DE OREfTCUlË

NËE CIIIUAT

Si ['on V(}uliii( |)er'iw>nniner 4:eiti; • uoble, pâle beauli^, lllle du lu rî'-l»---fWux et mère d&a amours, ■**« te type idcal de lu (wiin- ■

-•♦ 1a blanche app:int ■ '..tollulhe qno iViii ôvf" i, aicur.

Avuc ses'cticveux noirs tor ' son buste fr^Ie et »os grandi yi-u regard prfifund *i! m*lo d'cxqui rliaste fierté, c'est la vivanU> n. .

nlhéiiicnne, dont I'Aiim' ulii^re soii fpoiil, l'irsquVIle en pL-vf ■

de la priiictssL' do Sagan. L'ii». i ■ --

rni^estédu grand siMe, unie A wlla de l'Olymp*

NÉE CIIIMAY

Si l'on voulait personnifier cette aristocratie, • noble, pâle beauté, fille de !a richesse, reine des cieux et mère des amours, » — si l'on pouvait rêver le type idéal de la patricienne au sang bleu, c'est la blanche apparition de la vicomtesse de GrefFulhe que l'on évoquerait en un songe charmeur.

Avec ses cheveux noirs tordus sur sa nuque, son buste frêle et ses grands yeux sombres, dont le regard profond se mêle d'exquise tendresse et de chaste fierté, c'est la vivante image de la Diane athénienne, dont l'âme altière semblait rayonner à son front, lorsqu'elle en revêtit le costume au bal de la princesse de Sagan. Une Diane avec toute la majesté du grand siècle, unie A celle df. l'Olympe

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antique, telle qu'elle apparaissait à la cour du Roi- Soleil, dans cette galerie des Fêtes que ses murailles de glaces rendaient infinie, comme la puissance du maître.

C'est dans ce cadre splendide que sa beauté s'est révélée tout entière. Son port hautain convenait à la richesse flamboyante du costume semé de pierreries; sa démarche cadencée donnait un rythme à la lourde traîne de brocart que soulevait un amour de négrillon, prêté pour la circonstance par la comtesse de Montesquieu.

Cette beauté parfaite a quelque chose d'immaculé. Si son amie, la toute blonde comtesse Robert de Mailly-Nesle, a choisi pour son emblème l'hermine, symbole d'héraldique pureté, M"* de Greffulhe peut cueillir le sien parmi les beaux lis tout rayonnants do blancheur.

Belle comme la beauté, l'admiration qu'elle inspire, qu'elle lit dans tous les regards, se glace aux lèvres, dominée par le sentiment du respect. Elle a cela de commun avec les reines. C'est un éclatant témoignage que lui rendait naguèi'e un grand viveur, déclarant qu'il n'avait jamais osé lui dire combien il la trouvait belle.

Admirée, adorée, adulée, encensée, la calomnie n'a pu effleurer le bord de sa robe.

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