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LA COMTESSE DE MAILLY-NESLE

Un roman étrange, celui de cette femme de vingt ans qui n'a passé par l'alcLive conjugale que pour en fuir les décevantes ivresses, pour reprendre, au lendemain, veuve volontaire, sa vie de jeune fille aux côtés de sa mère.

M"° Marie de Goulaine était l'une des plus belles en cet essaim triomphant dont les Heurs printanières s'épanouissent aux bals blancs du Faubourg, éclatante vision de jeunesse et d'espoir, doux anges aux ailes d'azur qui semblent ôtre les gardiens donnés par le bon Dieu au vieil armoria! de France ! Celle-ci était plus que jolie. Il y avait

en elle quelque chose d'étrange et de hautain, une sorte d'énigme indéchiffrable et indéchiffrée qui, lorsqu'elle apparaissait au bal dans un flot de tulle blanc, des guirlandes de feuillage glissant dans Tonde dorée de sa chevelure dénouée, la faisait comparer volontiers aux blondes druidesses de sa chère Bretagne.

Le comte Robert de Mailly-Nesle en devint éperdument amoureux. Cette alliance offrait à M"*' de Goulaine, sinon une grande fortune, au moins une position digne d'elle en ce Faubourg, où les Mailly tiennent à bon droit une situation prépondérante. J'ai dit ailleurs ce qu'ils sont, leui* noblesse et leur influence. Je rappellej^ai donc seulement ici que le frère aîné du comte Robert de Mailly, le marquis do Mailly, prince d'Orange, a épousé M"' de Cibeins; ses sœurs sont* la comtesse de Kcrsaint et la comtesse Aimerv de La R<> chefoucauld.

Après certaines hésitations que motivait peutêtre le manque de sympathie, la main de M""" de Goulaine fut accordée au comte de Maillv. Le mariage eut quel(|ue fracas. La séparation en eut davantage. Car cette union i)leine d'orages n'avait guère duré plus d'une année, et cela ne surprit d'ailleurs aucun de ceux qui avaient approché M"'" de Goulaine. Enfermer cette jeune femme dans les banalités du foyer était chose plus difticile

que garder un-rossigno! cliins une cage. Celui-ci y perdrait sa voix. Elle y perdit son repos. Et, comme lui, brisant sa ti^te aux ban-eaux, elle ne songea plus qu'à s'échapper à tout prix. Les deux conjoints avaient chacun leurs amis et leurs partisans : chacun voulut donc trancher des torts mutuels, des bonnes ou mauvaises raisons qui avaient mis la discoi*de en ce ménage.

Certaines alcôves de jeunes femmes, comme celles des jeunes filles, doivent demeurer fermées. Je m'abstiendrai donc d'insister sur ce sujet.

Tous deux d'ailleurs eurent la sagesse d'épargner à leur nom cette injure supi-êuie d'un scandale inutile. Ils évitèrent les tribunaux, et, d'un commun accord, ils reprirent cette liberté plus chéro .que tous les biens au cœur de la jeune femme.

Liberté, je me hdte de le dire, dont M°" de Mailly n'eut garde d'abuser. Car, chez cette femme étrange, l'amour de l'indépendance est un amour platonique. Elle refuse toute chaîne, mais ce n'est que pour reprendre les liens volontaires qui l'attachent au girou maternel ainsi qu'un tout petit enfant.

Quoi qu'il en soit, séparée de son mari^ — c'està-dire dans la position la plus difficile qui soit pour une femme de vingt ans, — M*"' do Mailly a su faire sa place dans la société parisienne, dont elle est aujourd'hui l'une des femmes les plus choyées et les plus enviées.

indis que son mari s'ùloignait le cœur plein l'egpets, dit-on, et esiiéraiit toujoui's cjue son il ne durerait que l'espace d'un caprice, elle, le et souriante, prenait rang parmi les plus s et parmi les plus recherchées, se garant de la calomnie, et ne méiiageaiil aucun effort pour conquérir les sympathies et s'atlaclier les amis. Elleafaitpreuveentoutceci d'un tact parfait et d'une très grande adresse ; et si, à l'aboi'd, il y eut autour d'elle quelques hésitations, si quelques-uns s'apitoyêrentsur ce mari toujours amoureuxet cependant banni, le silence s'est fait désormais sur tout ceci. La réputation de la jeune femme n'a point souffert de son isolement. En se séparant, elle ne s'est ni déclassée ni disqualifiée, et ses triomphes mondains ne sont plus à compter.

Recherchée partout, tenant une place à part dans l'une des coteries les plus en vue du Faubourg, étroitement liée avec ïéUte des jeuiies élégaules, des amitiés puissantes forment à sa réputation un inexpugnable rempart. Elle est l'enfant gâtée des Rothschild, et l'on se dispute sa présence dans certains salons très inaccessibles, où sa voix superbe est le régal de tous les amateurs d'harmonie, comme sa grâce altière est le délectement de tous les admirateurs de beauté.

Car la voix de M"" de Mailly a eu au moins autant de part que sa beauté dans son succès mon-

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