L COMTESSE OE MAILLY-NESLE
Mailly, signé de Carolus Duran, qui a été admiré ce dernier hiver au cercle des Mirlitons. Un peu partout, éparpillées sur les tables^ des photographies de jolies femmes semblent former une cour à M"' de Mailly, et témoignent de son culte pour l'amitié autant que du nombre de ses amies.
La comtesse de Mailly, a été tout récemment fort malade d'une sorte de méningite. On a dû, pour la sauver, en dégageant sa tête de leur poids superbe, couper en partie ses beaux cheveux dorés, sa gloire et son orgueil. C'est à grand peine que l'on a pu obtenir d'elle ce sacrifice, auquel elle n'a consenti qu'à la condition expresse que sa chevelure serait vendue au profit d'une œuvre de charité.
Voilà une œuvre qui fera miracle, et dont la recette assure l'existence de plus d'un malheureux !
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Certains héritages obligent. Les enfants du duc de Morny ne pouvaient passer iiiapen;us, suivant bourgepisement le sillon paternel.
Comme tout dégénère, on ne peut leur demandeila haute allure, les façons quasi-princières, l'élégance suprême de ce duc d'hier, grand seigneur à la manière de Buckiiigham, de Richelieu, de Brummel el de tous tes séducteurs dont l'histoire a gravé le nom sur ses tablettes d'or.
Le duc de Moniy demeurera le type enchanteur du raffiné, personnifiant à lui seul toute la grâce masculine de notre époque. Ce charme souverain, cette allure hautaine, cette désinvolture et cette crânerie, ce scepticisme de blasé uni à la galanterie la plus exquise, cette fa^-on unique d'en imposer â tous, hommes ou femmes, de régner sur le Parlement lorsqu'il lui imposait ses volontés,
âlâ GRAVIDES DAMES d'aUJOURD*HUI
comme dans le boudoir d'une jolie femme, tandis qu'il implorait — cette domination de l'orgueil et de l'amour, tout ce qui faisait de lui un fascinateur et un maître, le duc Ta emporté dans sa tombe prématurée.
Le 19 janvier 1857, ce grand vainqueur féminin donna pour épilogue à sa triomphante ambassade au couronnement d'Alexandre II son mariage avec cette blonde princesse Sophie Troubetzkoï, qui s'appelle, depuis 1868, la duchesse de Sesto. Le duc et la duchesse de Morny eurent quatre enfants, dont trois sont vivants : le duc de Morny actuel, Auguste-Charles-Louis-Valeniin, né en 1859 ; Simon -André -Nicolas -Serge, comte de Morny, né le 26 novembre 18G1 ; enfin, Sophie-Mathilde- Adéle-Denise, à présent marquise de Belbeuf, née le 25 mai 1863.
Ces enfants, tout petits, furent bercés de l'altière exigence de ce nom d'un jour, dont le père avait hardiment porté tout le poids, qu'il leur léguait, plus lourd derrière lui que le titre héréditaire transmis par dix générations.
Du fils aîné, je n'ai point à parler.
On en a trop dit naguère au sujet d'un tragique événement qui l'a mis en regrettable évidence. Peut-être la sève manque-t-elle à ce rameau d'un tronc trop vite grandi? Peut-être aussi, au jour du péril, à l'une de ces heures solennelles où — comme
l UAnQl'ISE DE CELBEt'F
dans la nature, loi'squc menace un cataclysme — tout se tait au cœur de l'homme pour mieux entendre la voi\ de la patrie menacée, ce jeune homme subira-t-il le réveil d'Achille ! Sous ces joyaux qu'on lui reproche luira le poignard dont la lame fulgurante sera pour lui sa propre révélation. Quelquefois il faut le champ de bataille pour donner aux jeunes fous le baptême qui les fait hommes. Il est parti avec son jeune frère pour la lointaine Amérique, la terre de l'avenir. C'est une fac^'onsans doutede so déroher à l'oisiveté tentatrice, un commencement de rénovation.
Sa sœur ainée, la marquise de la Corsanna,est morte prématurément. Elle avait pris do sa mère la beauté, de son père la séduction. Contrairement à beaucoup d'autres, elle avait parfaitement accepté les secondes noces de sa mère. Mettant de côté la jalousie instinctive des enfants d'un premier lit, elle s'était fait adorer de son beau-père, rendant ainsi plus étroite et plus heureuse l'union du duc de Sesto avec la belle duchesse de Morny. Mariée très jeune à un grand seigneur espagnol, M"" de la Corsanna a été peu connue à Paris, et ceux-là seuls qui ont fréquenté Biarritz ont pu l'admirer et l'apprécier.
Quant au comte Serge, il est trop jeune encore pour qu'on en ait beaucoup parlé. Mais il semble marcher sur les traces de son frvre.
Quoi qu'il en soit, c'est à la dernière fille du feu duc, à la marquise Jacques «de Belbeuf, qu'est consacrée cette étude, et c'est d'elle seule que je m'occupe ici. A peine née lorsque son père mourut, gâtée à outrance par sa mère, dont elle était la M baby >, elle a été élevée dans un luxe fou, à l'école de ces v grandes cc»codcttcs » de l'empire qui tiennent encore aujourd'hui le sceptre de Télégance.
La princesse de Sagan lui a appris l'originalité, M*"' de Pourtalès la grâce, d'autres beaucoup d'autres choses. Choyée, fêtée, comblée par ces grandes dames, dont elle était l'enfant chérie, elle s'est faite elle-même au milieu de ces enseignements divers. C'est en Espagne qu'elle a passé ses premières années, faisant son éducation sous la direction d'une institutrice française. Aussi, une étroite intimité l'unit à la famille royale régnante, avec laquelle elle est restée très liée. Mariée depuis trois ans seulement, elle a déjà conquis une place à part dans la société parisienne, et sa physionomie mérite d'être tracée.
Au physique, un minois rosede gamin, chiffonné à la diable, pas joli peut-être et plus que joli; une physionomie qui pétille sous une moissonnée de cheveux d'or, une silhouette à la Grévin, hardiment soulignée par une faconde se mettre très spéciale; un vrai prolil de Parisienne provoquant et moqueur.