LA PRINCESSE DE BRANCOVAN
Il y avait une fois, au pays des Contes, un palais merveilleux bâti par les génies avec des blocs de pierreries. Des oiseaux-fées, au plumage de rubis et d'azur, l'habitaient. Et c'était un éternel concert dans ces salles tendues de pourpre, mélodieux à faire mourir de jalousie le divin Bulbul.
Telle est la folle ressouvenance qui s'impose lorsqu'on passe le soir avenue Hoche devant cet hôtel de Brancovan, dont les fenêtres, jetant surl'ombre profonde des nappes de clarté, s'habillent de flammes, se piquent de lumière et ressemblent à. une tombée d'étoiles.
Et c'est une fée, en effet, qui habite cette demeure magnifique, au luxe violent, étrange, un
Princesse de Bracovan
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peu sauva^-^, enilMBi» des roses de Bagdad, f;bIo:ils.sa:iie d'un fKie asiatique, — la Fée de la Mu.^iq'j-r : — plus encore, la Musique même !
Là princesse de BrancovaD, née Ralouka Musurua, mériie â tous les titres de prendre plact* en hhXXk galerie. Grande dame et artiste, jolie femme- et lemrae élégante. Parisienne d'adoption, avec \f}\xw. ia ra«:re des belles filles de cette Asie rner\'eilieuse que nous n'entrevoyons que dans les conte:* et dans les légendes, elle est bien réellement chez n«jus t la Fée de la Musique », cette princesse d'Urîeni que Ion cpjirait née d'un songe des Mille ^r une XuitSj et dont les doigts fuselés égn'-nent les plus l^elles |jerles qu'ait enfantées l'harmonie.
La bonne fée sa marraine mit un rossignol à son berceau pour lui apprendre ses premiers bégayements dans une chanson. Sur sa tête de sultane^ sur ses longs cheveux clairs et soyeux, dont les belles tresses sont les plus charmants lacs d'amour que puisse chanter un poète, on imagine quelque couronne idéale, faite de ces roses de rubis dont la mvstérieuse corolle enferme le secret du bonheur. Une étrange poésie s'exhale de ces grands yeux d'or, dont Téclat velouté ressemble au rayon de la fleur du souvenir, cette fleur mélancolique, douce et ardente, si bien nommée : Ja pensée.
LA PnmCBSBS DE BRANCOVA!!
Elle est le charme même, la grâce et la séduction .
Mais c'est lorsque se« mains blanches so posent ainsi que des oiseaux légers sur les touches d'ivoire que sa beauté s'idéalise. Elles volent, ces petites mains de fée, et les chansons éclatent, et le rythme cadencé berce, et le poème éclôt mélodieux, enveloppant, suave comme une musique des anges. Et les beaux yeux s'éclaii-ent, el les lèvres roses sourient et s'agitent, et le visage tout entier tour à tour s'anime ainsi que dans une intime causerie, ou se noie de voluptés idéales. L'inspiration lui parle en son merveilleux langage; elle répond : et de cette causerie naissent de sublimes accents. Quelquefois le ravissement devient si intense qu'il se transforme en souffrance. Une expression de douleur passe sur son visage, l'extase la brise et elle tombe évanouie.
Ses doigts mignons égrènent les notes emperlées, et c'est son ilme qu'elle communique à l'instrument magnétisé, lorsque, son regard perdu dans la rêverie, elle s'abandonne à l'inspiration : et les sons s'échappent du clavier ainsi qu'une envolée de rossignols qui se content leurs amours !
Comme toutes les natures très fines, elle est nerveuse à l'excès. Cela lui donne une très grande puissance de vie, mais aussi c'est une source de souffrances. L'âme rayonne dans sa beauté : c'est pourcelaqu'elieestinsaisissable.En vaiiiM.d'Epi-
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nay, quel que soit son merveilleux talent, a essayé de la traduire dans le marbre. Le marbre est trop froid pour rendre cette expression dont la douceur infinie est traversée parfois d'un éclair impérieux, de cette flamme ardente on la fierté asiatique se mêle à la sauvage passion. Son profil de médaille grecque a été fidèlement retracé par le célèbre artiste; pas la lumière du visage. M"' Jacquemart a également échoué avec la peinture. Son tableau est trop su. La grdce, Tart et la poésie sont absents, c'est-à-dire la femme même. C'est son simulacre, ce n'est pas elle.
Avec cela, mondaine à outrance, gaie et charmante, dépourvue de toute morgue^ belle sans coquetterie, affable pour tous, « bonne enfant, > comme disent ses amies, polie à l'excès, selon l'école de la grande aristocratie d'Italie, et idéalement gourmande, ainsi que doit l'être une jolie femme qui, si elle ne vit pas, comme les rossignols, d'une cerise, et, comme les roses, d'une goutte de rosée, ne doit manger que des choses exquises.
La princesse est l'amie do tout ce qui est artistique. Après la musique, la littérature et la poésie : c'est à elles surtout que s'ouvre sa porte hospitalière, toutes trois conviées à faire cercle à sa beauté ; et les déjeuners de la Concordia — qui réunissent à sa table l'élite de l'esprit et de l'art