‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 37 sur 51 · LA. PRINCESSE DB BRIMCOVA · texte numérisé non relu

LA. PRINCESSE DB BRIMCOVA

frai]i,'ais — sont devenus fameux dans les fastes élégants. Ces déjeuners i>énodiques composent un cénacle, où se rotrouvent chaque dimanche les fidèles assidus. Caro, qui y représente cette belle philosophie spiritual isle dont il est pour ainsi dire l'incarnation, est l'enfant gâté de cette petite cour digne de « Rambouillet ».

Durant l'année qu'elle a passée en Orient, la princesse de Brancovan a emporté dans ces contrées sauvages le rellet de ce parisianisme charmant, qu'elle-même a su si bien s'identifier. La \ puissance séductrice de cette musicienne — on pourrait dire magicienne — s'est étendue jusqu'au sultan. Le piano, dont elle lui a révélé les harmonies inconnues, a exercé sur lui une véritable I fascination, lui révélant, pour ainsi dire, tes dé- I lices du paradis rêvé. Lui accordant une distinction sans précédent, il eût voulu mettre aux pieds de l'enchanteresse tous ses trésors. 11 Ta comblée de bijou.\ fabuleux, parmi lesquels resplendit un diadème digne d'une souveraine.

Ses joyaux préférés sont : d'abord une paire de boucles d'oreilles formées d'énormes rubis cernés de diamants, qu'elle ne quitte guère; puis une parure de camées antiques entourés de magnifiques diamants, qui est un véritable bijou de famille. Les Bibesco le possèdent depuis des siècles, le transmettant à tous leurs aines.

flUAmws danes n'AUJOURo'Hin

Car le prince Grégoire Bibesco, prince de Bran*j covano et de Bessarabie, est le chef et le rcprésen-1 tant de la race altiére des hospodars de Valachie. ! Il est l'héritier de ce trône, prince dépossédé, qui &-I trouvé, comme tant d'autres, asile et bon accueilJ parmi nous.

Un type étrange, lui aussi, ce grand seigneur | byzantin égaré en notre siècle : un Salvator décro- J ché de son cadre, un chef vénitien commandant^ les galères de la noble république, avec son port allier, son teint de bronze et ses yeux noirs qiùfl font peur, son allure martiale et ses lèvres fières^J rouges comme sang, retroussées sous la mous*! tache sombre. La princesse, à côté de lui, a l'air j d'une enfant qu'il protège; c'est la fleur délicate I qui s'abrite sous le chône tout-puissant.

Ils ont trois enfants. Et, par un curieux hasardai ces enfants ne ressemblent ni à l'un ni à l'autre eti se ressemblent tous trois : ils ont le type de » jolies Japonaises aux yeux charmeurs, qu'on 1 appelle les « Françaises de l'Orient ». Le typO'^l est si accentué chez l'aîné, le petit prince Cona- J tantin, que les intimes l'appellent « le Mikado >

Il me reste à parler de la demeure princiers J qui est ici le palaia de la princesse.

La princesse de Brancovan n'a point fait construire son hôtel. Elle l'a trouvé avenue Hoche, dans la situation la plus enviable, — entre le parc Mon-

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ceau et les Champs-Elysées, — et, d'un signe de son petit doigt, elle a transformé l'hôtel correct de ses devanciers en une féerie orientale où se marient les mollesses coquettes d'un palais de Bagdad à l'art sévèi-e des temps héroïques et aux délicatesses du confortable moderne.

Tentures fabuleuses, bronzes étranges, porcelaines, ivoires, glaces de Venise, de l'or partout, un faste éblouissant auquel on ne peut reprocher certains heurtements de coloris qui sont le cachet originel. Certaines pirées gardent une ressouvenance de harem, avec leurs divans bas, leurs coussins fleuris, leurs écrasements d'or et le vague flottement des parfums violents. Mais ce qui est surtout saisissant, c'est l'immense galerie de cliéne sombre, dont les hautes boiseries mettent là un coin du moyen Age.

Dès l'entrée, une voûte allongée prélude aux magnificences un peu graves de l'escalier !i rampe de vieux chêne, où de grands vitraux tamisent le jour trop violent y jetant des éclats de pierreries sur les tapisseries et sur les armures étranges étincelantes le long des murs.

En bas, un premier arrêt conduit au fumoir, tout enveloppé de tentures orientales dont les couleurs un peu éteintes rassortent en mosaïque bizarre sur le drap rouge des panneaux. Bes divans bas, chargés de coussins^ courent autour de la pièce,

d:âK ORANDKS DAMES d'aUJOURD'HUI

tandis que dans un désordre voulu s'assemblent les poufs et se dispersent les « fumeuses » .

En face de la baie vitrée qui est la fenêtre, un poêle monumental incrusté d'émaux persans très curieux, qui tranchent par leur bleu intense sur le rouge des briques. A gauche, la petite bibliothèque où s'amoncellent, classés sur leurs rayons étroits, les livres favoris de la princesse. Un \^u partout, sur les tables, dans les encoignures, le long des panneaux, des bronzes étranges aux formes apocalyptiques, des cuivres persans finement ciselés, dos cigognes japonaises, des émaux indiens, des bnile-parfums, qui ont l'air de minarets transformés en lampadaires, des aiguières, des vases au flanc arrondi, une vraie fantasmagorie dansant dans la fumée bleue du narghilé dont s'allonge le col de cristal irisé. Dans un coin, suspendue à trois colossales hallebardes, une énorme cloche de (*uivro, rapportée du siège de Puebla par le prince Georges Bibesco. Rien de curieux comme cette vieille cloche espagnole estampillée d'une Madone.

Les appartements de réception sont au premier étage. La salle à manger, à droite du palier, n'en est que le corollaire. Là, des tentures de peluche vieux bleu, s'opposant au rouge du tapis, qui jette dans tous les appartements sa note intense et sanglante, encadrent d'anciennes i>eintures, l'écla-

LA PRINCESBK DE BRAKCOVAW

tante apothéose du génie chrétien dans le sud des Russies: une suite de tableaux symboliques qui dit riiistoire biblique d'Esther et d'Assuérus, telle que nous l'a contée Racine, le tragique du grand siècle.

Les sièges Henri II sont couverts do cuir de Cordoue, et, dans le fond, une baie profonde renvoie dans son miroir immense la pièce tout entière.

De l'autre côté de l'escalier, les salons.

L'antichambre, tout empourprée, claironne la première note de ce concert éclatant. Les portes, en vernis Martin, ressemblent à des tableaux du dix-huitième siècle. De grandes toiles, dues au pinceau d'un peintre moscovite, représentent des paysages roumains. L'un d'eux, une excursion en traîneaux dans une nappe de neiges, est d'un effet saisissant.

Au fond, le grand salon, que double la galerie des hospodars; A droite, le petit salon.

Arrêtons-nous à celui-ci : c'est la première étape en ces trois degrés de somptuosité dont la gamme ascendante nous conduit à la galerie des ancêtres.

Ce salon, — le « salon algérien ■>, — aux tentures drapées dont les rayures de pourpre et d'or éclatent sur le fond blanc, réédile en son arrangement original la note mauresque du fumoir, mais tempérée aux coquetteries plus modernes du parisianisme le plu>i raftiné. Deux tableaux de Lamy se

font vis-à-vis de chaque côté de la cheminée, qui supporte une pendule d'onyx, sur laquelle un coffret de cristal, incrusté de pierreries, étincelle entre la gerbe des flambeaux multiples que porte un gros éléphant en cloisonné indien. En face, les portraits du petit prince Constantin et de la petite princesse Elisabeth, le (ils et la tille ainéc de la princesse de Brancovan, par Nelly Jacquemart.

L'image de la petite princesse Hélène, la dernière-née de ces trois jolies fleurs écloses à la même tige, manque à cette trinité radieuse, si chère au cœur de la jeune mère.

Dans une encoignure, à côté de la fenêtre, un tableau coquet, aux enluminures gracieuses, enferme de beaux vers du prince Henry de Valori, ce poète des belles, qui a adressé à la princesse Ralouka un de ses plus beaux sonnets.

Opposés à la fenêtre, des miroirs vénitiens qui sont le prétexte d'une (>rp:ic d'or. Entre ces deux miroirs se dresse Téchafaudage svelted'un cabinet de vieux laque japonais tout incrusté d'ivoire, de nacre et d'or, dont les tablettes irrégulières servent d'asile à une armée do bibelots étranges.

Le {rraiid salon est celui où se tient d'habitude la princesse de Brancovan. l)n l'y retrouve tout entière.

Tout d'abord, sur la cheminée haute, d'un marbre sanglant, son buste, par d'Épinay, blanche

^^^ vision I

LA ?ntrtCEfi6R DB BRÀÎICtXVAH

vision de la fée du logis, que reflètent les immenses miroirs des panneaux gigantesques.

Puis au milieu de la pièce, sous un grand palmier qui l'abrite et qui le voile de ses longues feuilles mouvantes, est le piano habillé de soieries turques, l'instrument merveilleux dont les cordes harmonieuses vibrent de mélodies inconnues lorsque s'y posent les doigts légers de la Muse charmante qui lui communique son inspiration divine : n'est-ce pas là un de ces palmiers de Sion dont les feuilles s'agitaient aux temps bibliques au son de la harpe d'Isi-aël?

Plus loin est un vieux clavecin dont la laque verte ramagée d'or est une table qui sert de support à une masse de plantes et d'objets précieux ; ailleurs un curieux bureau japonais en laque, chargé encore de bibelots. Dans l'immense baie, qui jette dans toute la pièce un Hot de clarté, s'entassent des jardinières, c'est-à-dire de mignons berceaux turcs en bois des iles incrustés de nacre, bourrés de plantes rares; un brasero immense, transformé en étagère, se blottit dans une encoignure. Sur un chevalet de peluche, une aquarelle de Lamy représente le maître de la maison, dont les traits mâles, avec leur expression tiêre et bonne, sont admirablement rendus : la sithouetle vigoureuse hardiment tracée par un artiste hors de pair.

Dans un autre coin, entre deux sophas, dont

83â GRANDES DAMES D*AUJOURD*HUl

i'étoffe soyeuse se craquelé sous les broderies étonnantes, une envolée d'amours en bois sculpté de Venise emporte une constellation de lumières, tandis qu'au milieu, un lustre colossal fige dans l'air le prisme de ses girandoles, dont Tiris envoie ses rayons aux grandes glaces qui, de toutes parts, entre les draperies diaprées des étoffes que retiennent d'énormes turquoises, enserrent ce salon immense et en multiplient les splendeurs. Un seul panneau est une de ces tapisseries merveilleuses du XVIII* siècle, véritables tableaux où le génie de l'époque a fixé l'épopée charmante de ses déesses et de ses bergères. Celle-ci est la Toilette de Vihius d'après Boucher.

Du grand salon on i>énètre dans la galerie des hospodars. C'est par cette galerie que j'achève la description de ces magnificences dont elle est la note la plus bizarre et la plus grandiose !

Cette galerie immense, toute boisée de vieux chône noirci, a quelque chose de ces châteaux fantastiques que les croisés jetèrent sur les rives de Palestine, jalons grandioses de leur souveraineté. C'est tragiquement féodal, cette salle imposante, où dorment dans leurs cadres d'or tous les aïeux du prince Brancovan — ces tiers hospodars, dont le descendant a gardé on sa mâle figure les traits frappés au coin do la grandeur !

Imaginez une pièce étroite et longue, dont le

{ haut pli

LA PRIKCKSSE DE BRMCOV&lf

haut plafond disparaît sous les fines peintures auxquelles la Renaissance semble avoir donné son l'oloris écialanl et doux. Tout autour, des boiseries — les stalles de chêne d'une antique abbaye, rapportées de ses propriétés de Valachie par le prince Bessaraba do Brancovan. Au-dessus des stalles, se touchant et sépai-és seulement par le cadre ciselé de la boiserie, la lignée sévère des guerriers fameux et preux clievaliei-s, terribles dans leurs armures barbelées, rébarbatifs sous le turban à longue aigrette, qui tous, tour à tour, régnèrent sur les peuples valaques et roumains.

Par-ci par-là, alternant avec l'altier profil des hospodars, un frais visage de femme, galante princesse aux cheveu.\ d'or tressés de perles, adorable en sa grâce royale, le sourire de ce trône et de ces grandeurs.

Au-dessus, dans un cadre plus grand et comme planant sur tous ces souvenirs, le dernier hospodar, prince Nicolas Bibesco, père du prince de Brancovan.

Sur l'appui des stalles, au-dessous des portraits, s'entassent les cartons dont les enluminures rutilantes flamboient, racontant en pages merveilleuses l'histoire des Bibesco et l'histoire de leur pays : peintures étranges qui reproduisent les personnages, les monuments, l'ornementation, l'art sous toutes ses formes et en toutes ses métamor-

GHMIDU BAH» b'AUJOUBD HUI

phoses. Il y a là de quoi feuilleter pendant des heures et apprendre durant des jours.

La note rouge domine ici dans les étoffes plus encore que dans les autres pièces. Le velours génois se marie aux vieilles tapisseries et aux antiques bannières chamarrées d'or, pour faire face aux portraits. Au-dessous sont des boiseries, de môme style et de même provenance, auxquelles s'adossent les sièges un peu raidos de l'époque des Valois,

La galerie s'éclaire et s'achève à chaque bout par de grandes baies vitrées. Dans l'une se dresse une éblouissante statue (jui est un colossal lampadaire; par l'autre on pénètre, en montant trois marches, il un délicieux petit boudoir, le bucn reliro favori de la princes.se durant l'été, véritable kiosque oriental accroché à la façade de l'iiôtel; vrai boudoir de sultane et de houri où sur les meubles bas s'amoncellent les coussins et les tapis brodés, sur les tables do cuivre les cigarettes parfumées, toutes ces délicatesses et toutes ces mollesses dont l'Orient a fait son paradis.

La jolie villa d'Amphion, où la princesse de Brancovan passe ses étés, forme avec le palais parisien l'opposition la plus absolue. C'est un bouquet de fleurs posé sur le bord du lac, dans le site le plus ravissant de cette côte féerique.

Là, sous l'horizon bleu des montagnes, à l'air

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pur qui descend des glaciers, la charmante femme se repose des fatigues parisiennes, et, entourée d'un cercle d'amis, elle mène une vie délicieuse, faite de calme, de causerie, de promenades et de visites. Car, outre les hôtes aimables qui reçoivent son hospitalité, elle trouve dans ce joli coin des amis et un brillant voisinage. Les Talleyrand, les Rothschild, les La Rochefoucauld, tout ce que notre société possède de plus riche et de plus aristocratique, a fondé sur ces rives enchantées une véritable colonie du Faubourg.

La musique ne perd pas ses droits en cette existence enchanteresse, et le piano magique charme les longues soirées, lorsqu'elles ne sont pas employées à la danse et à la comédie.

Puis, outre les régates, dont elle est la reine fêtée et Tordonnatrice charmante, les promenades sur le lac. Car le prince, qui est un marin consommé, adore son yacht, qu'il commande en vrai capitaine lorsque les flots bleus s'avisent de le bercer trop vigoureusement. C'est sur ce yacht devenu fameux qu'eut lieu la mémorable noyade de la duchesse de Bisaccia en compagnie du comte Aimery de La Rochefoucauld, noyade qui, heureusement, ne fut qu'une simple mais fort désagréable baignade. C'est en allant voisiner avec les Rothschild que l'accident eut lieu, par suite de l'écroulement du pont. Heureusement

33 i GRANDES DAMES d'AUJOURD*HUI

phoses. Il y a là de quoi feuilleter pendant des heures et apprendre durant des jours.

La note rouge domine ici dans les étoffes plus encore que dans les autres pièces. Le velours génois se marie aux vieilles tapisseries et aux antiques bannières chamarrées d*or, iK)ur faire face aux portraits. Au-dessous sont des boiseries, de même style et de même provenance, auxquelles s'adossent les sièges un peu raides de Tépoque des Valois.

La galerie s'éclaire et s'achève à chaque bout par de grandes baies vitrées. Dans l'une se dresse une éblouissante statue qui est un colossal lampadaire; par l'autre on pénètre, en montant trois marches, à un délicieux petit boudoir, le buen retiro favori de la princesse durant Tété, véritable kiosque oriental accroché à la façade de l'hôtel ; vrai boudoir de sultane et de liouri où sur les meubles bas s'amoncellent les coussins et les tapis brodés, sur les tables de cuivre les cigarettes parfumées, toutes ces délicatesses et toutes ces mollesses dont l'Orient a fait son paradis.

La jolie villa d'Amphion, où la princesse de Brancovan passe ses étés, forme avec le palais parisien l'opposition la plus absolue. C'est un bouquet de fleurs posé sur le bord du lac, dans le site le plus ravissant de cette côte féerique.

Là, sous l'horizon bleu des montagnes, à l'air

S36 CAANDES DAMBS D \UJOl)RD HUI

on en fut quitte pour la peur, et il a'en résulta pour tout mal que les enfantines terreurs de la princesse Ralouka, qui tremble désormais chaque fois qu'elle voit son mari s'embarquer un peu imprudemment par quelque temps d'orage.

Le salon de la marquise d'Aoï'ist — ferme cette année par la moit de la comtesse de Sayve, sa mère — est l'un des centres les plus vivants, les plus réellement parisiens de cette société très élégante qui, sans rien briser de ses attaches avec le Faubourg, sait joindre à l'aristocratisme d'autrefois les indulgences du modernisme, cette gaieté bonne enfant que le commencement de ce siècle semblait avoir oubliée. L'art trouve ses portes ouvertes, l'esprit y domine et l'on s'y amuse franchement, se dégelant à cet intérieur intelligemment confortable des rigueurs boréales, exhalées en certaines maisons ultra-rétrogrades. Nos aïeules du xvni" siècle qui, à coup sur, nous valaient bien, n'entendaient point la société autrement; et, bien plus libérales que nos bourgeoises modernes, elles savaient faire école de bel esprit.

d'indépendance et de franc accueil à tout ce qui avait une valeur réelle.

C*est cette école que semble avoir ressuscitëe a marquise d'Aoûst : Tindépendance ! j'ai dit le mot, et en le prononçant j*ai dépeint la femme ! L'indépendance, la marquise d'Aoùst Ta apposée à sa vie tout entière, à chacune de ses actions, à ses paroles, à son esprit vif et prompt, dont les saillies — qui partent comme un véritable feu d'artifice — sont légendaires. Nature étrange, d'ailleurs, et faite de contrastes : ce qui est son charme et son originalité. Car, sous une apparence de légèreté, sous la mousse de Champagne qui pétille à ses lèvres, sous le propos vif, un peu leste et toujoui-s drôle, se cache un grand sens, une haute philosophie, un réel savoir-faire et un esprit très sage. Nulle n'est meilleure conseillère quand il lui plaît, et nulle n'a mieux su conduire sa vie, rendant — par un égoïsme intelligent — tout le monde heureux autour d'elle, afin d'être heureuse elle-même de la paix des siens, de leur bonheur et de leur belle humeur.

C'est ainsi que, son instinct la guidant, elle a ci'éé au marquis d'Aoûst une existence absolument conforme à ses goûts, faisant de son salon le point de départ de sa réputation musicale, l'entourant d'artistes capables de le comprendre et de lui plaire, mettant au service de ses œuvres

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