‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 4 sur 51 · LA. PRINCESSE UB SAGAN · texte numérisé non relu

LA. PRINCESSE UB SAGAN

séduction f Comment Tenfani adorée, la femme adulée, qui mettait à ses pieds Tunivers, ne sutelle retenir dans ses bras enchantés l'époux auquel elle tenait par-dessus tout au monde ? Là est un de ces mystères que l'on ne saurait approfondir. Sans doute ils étaient trop pareils, et Tuniformitô les lassa. Les angles veulent des creux, et ces deux natures absolues durent se briser Tune à l'autre.

Quoi qu'il en soit, sitôt après la naissance do son fils aîné, le prince s'éloigna de sa femme. Un rapprochement eut lieu pourtant, lors de la mort de M'"* Seillère. La princesse aimait tendrement sa mère, et sa solitude rendit si amère sa douleur que sa vie même en fut un instant menacée. En face de ce désespoir, Tépoux fugitif ne put rester indifférent. Il revint au fover, et ce retour d'enfant pi*odigue eut seul le don de consoler la princesse. Un second fils fut le gage de cette réconciliation passagère.

Mais ce qui est une fois brisé se raccommode difficilement, surtout en ménage. Après la brouille, les retours sont toujours éphémères. Quelle que fiit la sincérité du prince, il se fatigua vite au foyer conjugal. Cette fois la princesse était lasse de jouer les Arianes. Elle suivit l'exemple du volage et chercha dans l'étourdissement des plaisirs mondains de très légitimes consolations.

N'eut-elle jamais de regrets pour le cher infidèle? C'est ce qu'elle ne dit pas, mais aussi ce que bien des personnes de son entourage crurent deviner en ces jours d'ennuis où, quelque habile qu elle soit, une femme laisse échapper quelque chose de son secret.

Quoi qu'il en soit, par son abandon, le prince donna Toccasion à sa femme de montrer une fois de plus la profonde sagesse que cachait son apparente frivolité. Femme séparée, c'est-à-dire dans la situation la plus fausse qui soit au monde, elle ne perdit rien de son prestige. Sereine et victorieuse, elle continua do mener son char triomphal au milieu des obstacles^ conduisant sa vie avec la rectitude la plus absolue, en femme qui sait et en écuyère consommée, qui se joue des difficultés et se rit des chemins escarpés.

Le goût du prince de Galles pour son esprit et sa personne fit un moment jaser les mauvaises langues. Elle leur répondit par sa devise préférée, qu'elle empruntait au collier d'honneur du futur empereur des Indes : c Honni soit qui mal y pense. »

La princesse connaît trop bien son xviii* siècle pour s'arrêter à ces vétilles. Et, sachant bien que tout est permis à une grande dame, si elle n'en profite pas, c'est que cela ne lui plaît pas ! Est-ce parce que quelques imbéciles lui attribueront une faiblesse que son étoile en saurait pâlir? La prin-

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