DE SAINT-DENI
La marquisL> d'Hervey de Saitit-Doiiîs est la femme du savant philologue qui tient en Sorbonne ta chaire des langues extra-orientales. Son esprit distingué plus encore que sa beauté l'a sans doute désignée à l'émineiit professeur. Elle est née Louise de Ward, et elle est la fille du baron de Ward, ancien représentant d'Autriclie à Parme, où il fut ensuite premier ministre du duc régnant, dont il était devenu l'ami et le consiciller.
Louise de Ward fut tenue sur les fonts baptismaux par le duc de Parme et par la duchesse.
Cinq ans plus tard, à Toccasion d'une mission de son père à Madrid, le charmant baby blond et rose reçut des mains de la reine Isabelle le grand cordon de Marie-Louise d'Espagne.
Et, souvenir étrange, voici les noms des fenuiies qui furent décorées à la même promotion, composée seulement de (juatre privilégiées :
Ward, Comminges, Bourbon-Busset et Eugénie de Guzman, impératrice des Français.
Là-bas, dans son exil, rex-im})ératrice se souvient-elle de sa i)etite compagne, dont la fortune, l)Our être plus modeste, lui semble peut-être préférable à sa destinée écroulée 1
Comment se lit le mariage de M"* de Ward avec le marquis d'Herveyf
La jeune tille était encore au couvent lorsqu'il fut conclu. Une dot lui avait été assurée par son royal i)arrain. Elle était accomplie en toutes choses. Le marquis d'Hervey était à la fois un gentilhomme, un homme intelligent, et il possédait une fortune indépendante. Les convenances étaient donc parfaites d'une part comme de l'autre.
LA MARQUISE d'hERVEY 361
Tous deux ont conquis rapidement leur place dans la société française et s'y sont fait une personnalité hors de pair.
Le marquis d'Hervey, je Tai dit, est titulaire d'une chaire considérable au Collège de France. Nul autre, paraît-il, en Europe, ne possède aussi parfaitement la langue chinoise : en connaissant les plus subtiles délicatesses, il se trouvait tout naturellement désigné pour la professer. Ce qu'il a consenti à faire; en amateur, bien entendu! C'est pour cela que ses intimes l'appellent plaisamment « le mandarin •.
Quant à la marquise, elle est non seulement une jolie femme, mais une artiste de talent. Élève de Cot, c'est à l'atelier de ce peintre que s'est formée sa grande liaison avec la duchesse de Luynes : l'art était le lien naturel et charmant qui devait rapprocher ces deux jeunes femmes, natures délicates, si bien destinées à se comprendre !
Comme Yolande Dalbert, Louise Dubréau est l'une des meilleures disciples du maître. Toutes deux sont de vrais peintres, et non de ces amateurs, artistes pour rire qui, se faisant de leur titre la seule réclame à laquelle ils puissent prétendre, doivent à cela seul leur semblant de succès.
Les tableaux de la marquise d'Hervey, — signés de ce modeste pseudonyme emprunté au joli châ-
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teau que le marquis possède prés de Dourdan, se sont vendus chez Goupil jusqu'à sept ou huit mille francs. C'est dire leur incontestable valeur.
D'ailleurs la charmante artiste a fait ses preuves aux Salons précédents. Ses œuvres les plus connues sont :
Ne dine jamais en cille, exposé au Salon de 1877 ; Une chanteuse des rues (1878); Jeanne Darc (1879).
Puis, successivement, le portrait du marquis d'Hervey de Saint-Denis, le Printemps^ etc.
Ce qui est étrange, c'est la saveur réaliste du talent de M"*' d'Hervey. Il semble que la loi des contrastes lui ait imposé des œuvres en complète opposition avec elle-même. Les toiles les plus remarquables qu'elle ait signées sont un Portrait de cieille feniniCy et le Marchand de marrons^ si admiré à Tune des derniùres Expositions.
Pourtant son riîuvre capitale rentre dans l'école idéale. C'est le portrait de la lille aînée de la duchesse de Luynes, une merveille de grâce enfantine, de cliarme naïf et de séduction toute-puissante. Les grands yeux du petit ange semblent garder un reflet d'exil, et les cheveux blonds flottent comme un nimbe de gentil chérubin autour des traits souriants.