‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 41 sur 51 · LA MARQUISE D*HERVEY · texte numérisé non relu

LA MARQUISE D*HERVEY

Quelle sera la surprise réservée cette année? Je ne puis que répéter à la marquise le joli quatrain qu'une indiscrétion met entre mes mains, et dont les vers gracieux diront bien mieux que ma prose modeste la prière de tous les admirateurs de Louise Dubréau :

Au milieu des beaux-arts, belle, reprends ta place, Ressaisis ton pinceau pour peindre les beaux yeux, Les roses et les lis dans un teint merveilleux. I^ nuit, rêve du ciel ; le jour, prends ta glace.

Dans le ravissant petit hôtel qu'elle habite avenue Bosquet, le portrait de M"' d'Hervey trône dans le salon, ainsi que Tidole au temple qui est son logis. Grande, mince, élégante, un teint éblouissant, une tête fine, des yeux bleus, profonds; de magnifiques cheveux blonds, des mains de patricienne, un port aristocratique, à la fois plein de grâce et de majesté, que Ton a comparé bien des fois à Marie-Antoinette, avec laquelle la marquise possède une vague ressemblance : telle est la femme qui se détache radieuse en la toile superbe.

Eh bien, quel que soit le talent de Cot, qui a fait de son élève son inspiration et son chef-d'œuvre, cette fois l'image est bien au-dessous de la réalité. Au contraire de certains tableaux, c'est le modèle qui est l'idéalisation.

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C'est dans son atelier que les amis, reçus à toute heure, rencontrent le plus souvent la marquise d'Hervey de Saint-Denis. Car elle préfère aux visites mondaines, et môme aux fêtes et aux plaisirs, ses chères études et son travail passionné.

Cet atelier est une vaste pièce au plafond surélevé de deux étages. Au milieu, une cheminée dont la faïence provient du carrelage d'une ancienne mosquée de Séville, aujourd'hui transformée en couvent. Tout autour, des draperies de velours, de soie et d'or. En haut, une galerie, courant le long des murs, d'où les habitués de la maison peuvent admirer à la fois et la beauté et le talent.

En somme, le nid coquet d'une jolie femme, transformé en temple de Tart et habité par Tune des plus belles fées que puisse enfanter l'imagination d'un poète.

J'ai parlé de l'artiste et voilà que j'oublie la femme. Ne l'ai-je pas dépeinte en décrivant son portrait ? Quelqu'un l'a comparée à la « fille d'une Vénus >. On pourrait l'appeler « la Vénus de Bourbon », si Ton s'inspirait des lignes nobles de ce visage aux traits purs, au profil altier, de cette grâce un peu hautaine et de ce i)ort souverain, de ce type étrange, enfin, où la lèvre dédaigneuse s'estompe à la douceur des yeux, qui sourient, pleins de caresses.

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