NÉE SÉGUR
Il n'y a guère plus d'un an que M"" Marie- Thérèse de Ségur a épousé le comte Albert de Guerne. Depuis cette époque, la mort de sa bellemère, puis celle de sa mère, l'ont forcément tenue éloignée du monde. Sa vie de jeune femme, écoulée entre les voiles silencieux, de la lune de miel et les ci-épes du deuil, se résume donc à peu de chose.
Mais les années qui l'ont précédée, cette adorable préface de la dix-huitième année, d'ordinaire si terne et si banale dans sa félicité faite de printemps, de jeunesse, de jolis rires et de bals blancs, s'éclaire pour elle de cette auréole merveilleuse dont l'art couronne le front pur de ses privilégiées.
Je ne dirai pas que M°" de Guerne est une musicienne : elle est la musique incarnée. Si la princesse de Brancovan en est la fée, elle en est la muse.
Sa vutx, un peu tragique cl fTBve, cliaude, brsiiie, profonde et admirablement timbra s' en eiTet au-de^^us «li- tous \es accords quu Ift cieiine Is plus habilf puisse arracher à cet iustniment froid, coireoi ei métdodîque qui *.•>! le piano.
Cette voix rat-rvei lieuse, qui senil uue fortune sî M'^ de S^gur n'appartenail & un monde où l'art est une poésie dans hi vie. non un lingot d'or, la gracieuse enfant la reçut comme un don du dans son berceau. Elle cbanla (.*omme cham les rossignols, ioâlinctivemenl. A onxe ans put, sans avoir pris l'ombre d'une le^^on. s'essa^ à l'air des Bijoux, de Faust, qu'elle avait onlei à un concert de bienfaisance, inlcr]»n>tiï par un? grande artiste. Elle avait dès cet âge une telle {lossion de la musique, qu'ayant déniché dans un grenier un vieux clavecin, elle allait s'y eiift-niier, étudiant, accompagnée par son fn>rc, se cachant tous deux comme s'ils faisaient une mauvaise action, de [teuv d'être grondés.
D'ailleurs, presque grandie sur les genoux de Gounod, de tout temps l'un des meilleurs amis de sa famille. M''" de Ségur fui son élève favorite. L'entendre cliaiiter est pour le inaîti-e un délectemenl suprême, et chanier avec elle quelque parcelle de ses œuvres, un ravissement toujours renaissant. Il la chérit presque comme une fille d'électioii,et,le jour de son mariage, il voulut lui-
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même tenir l'orgue à la messe nuptiale, saluant l'entrée des époux par l'épithalame de Roméo et Juliette.
L'admiration du maître est d'ailleurs sans bornes pour cette élève incomparable : * Quand elle voudra débuter au théâtre, disait-il un jour, je composerai pour elle un opi^ra, et je lui assure un engasement de 200,000 francs par an. "
C'est lui aussi qui dépeignait ainsi la jeune femme ; « Elle a la voix de ses yeux et les yeux de sa voix! »
La faveur du maître est si marquée et le talent de la jeune femme est si réel que, l'ayant entendue dans une réunion mondaine, Gounod l'accompagnant et faisant ressortir tout l'éclat de sa voix merveilleuse, la Krauss ne put arrêter ce cri sur ses lèvres : « Voilà une jeune tille qui, si elle était destinée au théâtre, troublerait certainement mon repos ! ■
Hélas! l'art el Gounod peuvent en faire leur deuil, et la jalousie de M"'" Krauss n'a qu'à dormir en paix! M"° deSégur n'est point née pour les planches, et ne saurait chanter en public qu'au nom do la charité.
Quelques Ier.:ons de Pagans complétèrent l'éducation musicale de la jeune fillo. Tous ceux qui l'ont entendue au mois de Marie de Saint-Pierre de Chaillot ou dans quelques salons savent ce que
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%-aut celte artiste, et comprendront qu'elle : effrayante pour certaines renommée s.
On se souvient de celte belle soirée chez M" marquise deTrévise,où son triomphe fut une véri-l table ovation. L'admirable sonorité de la salle, jointe aux sympathies qu'elle sentait autour d'elle, avaient ' merveilleusement disposé M"" de Ségur. Elle chanta avec un entrain inouï et un éclat sans pareil une valse italienne choisie parmi les plus bril-J lanles. En un instant le piano fut assiégé. Femmeal élégantes, jeunes gens, femmes âgées même, et des plus haut placées, voulurent se faire présenter à la jeune fille, afin d'avoir le droit de la féliciter, tandis que les maiti'es de la maison, ne sachant I comment lui témoigner leur enthousiasme, fw-l saient porter dans sa voiture un immense bouquet! de violettes de Parme, le plus beau parmi ceux,! qui décoraient la salle des fêtes. Ce bouquet, qui j avait plus d'un métro de toui', emplissait si bien la] petit coupé que, pour s'en aller. M"" de Ségur et J sa fille eurent peine à s'y placer.
Bien d'autres anecdotes conteraient d'autrea 1 succès ; ceu.\. de M"" de Ségur ne sauraient êtra 1 surpassés que par ceux de la comtesse de Gueme. ]
M"" de Guerne n'est pas seulement une cantatrice inimitable : elle est aussi une adorable comé- ' dienne. Artiste d'instinct et de tempérament, I rette trouve sur ses lèvres un charme que ne
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