‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 44 sur 51 · I.\ COMTESSE DE CUEBSE · texte numérisé non relu

I.\ COMTESSE DE CUEBSE

sauraient lui donner des actriœs de profession. L'année dernièro , à Cannes, chez la duchesse de Luynes, dont un des salons avait été transformé en véritable théâtre, elle enleva les applaudissements d'un « parterre de rois • — ayant pour auditeurs les princes d'Orléans et les princes de Bourbon : rois en exil et )>rinces en villégiature, accourus pour l'entendre !

Dans l'Oiseau bleu, — un joli conte de fée transformé en oi)érette par le comte Henri de Ségur, — le rôle de M"" de Gueme était celui du prince Charmant. Elle le chanta h ravir , et se montra si jolie dans son délicieux costume « Jeunesse de Louis XIV «, tout en satin bleu clair noyé dans des mousses de dentelles, avec le large ruban du Saint-Esprit passé en sautoir, le grand chapeau empanaché et l'épée au côté, qu'un peintre qui se trouvait présent ne put s'empôcher de faire un gracieux croquis de ce joli tableau de genre. Et c'est grâce à lui que j'en puis otTrir A mes lectrices la coquette reproduction , toute parfumée de xvirr* siècle.

La perruque blonde sied à ravir au visage brun de la jeune femme, qu'éclairent de grands yeux bleus, profonds et doux.

Mais c'est assez parler de l'artiste. Parlons de la femme. M™ de Guerne est brune, grande et svelte. Son teint mat prend le soir un éclat de marbre;

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mais son vrai charme, c'est sa physionomie mobile et expressive. C'est une Ségur de pure race, avec toute l'ardeur du sang slave joint au mysti- <t cisme breton.

On sait en effet que la comtesse de Ségur — la

grand'mére de M"*' de Guerne et l'auteur des jolis

* volumes où nous avons tous appris à lire — était

la fille du fameux Rostopchine, qui brûla Moscou

plutôt que de le livrer aux soldats de Napoléon I*'.

Les Ségur datent des Croisades. Deux d'entre eux^ Guillaume et Raymond de Ségur, accompagnèrent saint Louis à la Mansourah. Leurs petitsfils furent tour à tour ambassadeurs, gentilshommes de la Chambre, évoques, maréchaux de France, ministres, officiers généraux, etc.

Le titre de comte est commun à tous les représentants de la maison de Ségur. L'aîné seul porte le titre de marquis. Un procès fut jugé à ce sujet sous Louis XIV, et les comtes de Ségur prouvèrent leurs droits à ces titres ainsi que celui de porter l'épôe.

D'ailleurs, cette maison occupait dès le moyen âge une position très haute. Le surintendant de la maison de Navarre était un comte de Ségur.

Sous Louis XV, le comte de Ségur, qu'on appelait à la cour « le beau Ségur » , épousa une fille naiureile du régent, M"* de Froissy. C'est depuis celte époque que la livrée des Ségur

est écarlate comme celle de la maison d'Orléans.

Le comte Louis-Philippe de Ségur, fils du maréchal, épousa M"« de La Fayette, et prit avec son beaufrère une part active à la guerre de rindéi)endance. Sous l'Empire, il fut tour à tour ambassadeur à Berlin, député, grand maître des cérémonies, sénateur et pair de France.

Les Ségur occupaient au commencement de ce siècle les plus hautes positions. Tandis que le comte Philippe, jBIs du précédent, unissait aux épaulettes de général, conquises sur les champs de bataille, les lauriers Yerts de l'Académie, la cromtcsse Octave de Ségur, née d'Aguesscau, était nommée dame du palais de rim[>ératrice Joséphine.

Sa mère, née Lamoignon, transmit à Tune des branches de Ségur les noms et titres de cette maison.

Le marquis de S^gur, [lêre de la cjmiUsT^^t (ht Gueme et fils de l'ancien pair de Vraucji et de la comtesse Rosto[K:hine. cette de-j^rendant^; (Ut (iittigis-Khan dont le |>:r*.- fut un U(:V(ri, avait de nombreux frérer* et .r^/rur-j, S^;k ?*/ffurH «/>nt : la ^-omtesse de Maiaret, andenne dame d j palais de Wui pératrice Eu;rénie, (UmX ie mari 'f(:('M\i*: (h-AiiniU:^ fonctions diplomaUqfi/r»; M'** Fr«r^neaij, U:uiiue(\n sénateur du Morr,litH{t: !a %f(/^ut^e*^*: (U-, l'itniv, à la foU une m^/îi^Uifn<r ':* ikmj J*;iin'>r, qui ^-ct en UiU-

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partout où il y a du bien à faire, une aide à donner, quelque chose de beau ou de bon à effectuer.

La quatrième, M"* Sabine de Ségur, en religion sœur Jeanne-Françoise, est morte au couvent de la Visitation.

Les frères du marquis ont eu chacun leur rôle important : le comte Edgard, marié à M"' Reiset, sa notoriété publique ; le comte Gaston, son illustration pieuse.

Le comte Gaston de Ségur, que canonisent déjà les populations de Bretagne, pour lesquelles sa tombe est un pèlerinage, fut un des prélats les plus émiiients de TÉglisc moderne. D'abord auditeur pour la France auprès du saint-siège, sa cécité précoce l'ayant privé d'une part de ses facultés actives, M*"'" de Ségur fut nommé chanoineévéquede Saint-Denis.

Aveugle, il reeut avec joie son infirmité. Et vingt-cinq ans plus tard, ce saint et ce martyr fit gaiement ses t noces d'argent ^ avec la nuit qui renveloi)pait ! 11 ne voulut point que ses travaux souffrissent de son infirmité, et, ne pouvant écrire, il se mit à dicter, et c'est ainsi qu'il a laissé de charmants opuscules. Mais son triomphe, c'était la prédication. Jamais apôtre ne comprit mieux cette religion du Christ, faite de charité et de miséricorde. L'Évangile, sur ses lèvres^ revêtait

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