‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 45 sur 51 · LA COMTESSE TE CUEHNE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE TE CUEHNE

cette douceur attirante qui est son charme divin. M^' de Ségur est mort il y a peu d'années, bénissant les siens dans son suprême adieu. Sa mon a été pleurée de tous ceux qui l'ont approché.

Parler des alliances des Ségiu- est ici inutile : elles furent toujours dignes d'eux.

M'" de Ségur est la fille de la marquise, née Cuveiier, et du marquis Anatole de Ségur, ancien conseiller d'État : un lettré très distingué et un écrivain de talent, comme d'ailleurs presque tous les membres de cotte famille. Elle a deux fi-éres : l'aîné a épousé M"*Hèly d'Oissel, dont la mère est née Zangiacomi. Le comte Henri de Ségur n'est point marié, Une étroite amitié le lie à M^'deGuerne. La communauté de goûts les unit dés l'enfance, cette passion pour la musique dans laquelle le frère ne devait être que le reflet de la sœur. C'est lui qui, plus âgé qu'elle de quelques années, se mit en tête, après avoir entendu chan.ter les cantatrices qui l'enthousiasmaient dés son plus jeune âge, d'utiliser le mince tilet de voix de cette petite sœur pour la faire chanter à son tour, lui faisant répéter ce qu'il avait entendu. On peut juger si celle-ci était disposée à entrer dans ses vuesl Et cette précocité qui eût brisé une voix plus fragile, loin de lui nuire, développa tout au contraire l'éclat de son organe puissant, variant à l'infini le répertoire qui s'augmentait sans cesse de tout ce qui pa-

S76 GKAsnms davbs p'winctti/mcî

raissait, de tout ce qui était Doœnmi aa présentait

une vaJeur quelconque.

J'ai dit que >P* de Ségur s*est mariée il y a un p«u plus d'un an : elle a épousé le comte Albert de Gueme, seul fils du chef de la maison. La famille de Gueme esi fort ancienne et originaire du Nord^ où elle possède encore — tant à Douai qu'aux alent^iurs — de ti-ês vastes pn^pri* tés.

La comtesse de Gueme, morte il y a quelques mois et bell»>mère de celle dont je m'occupe, était fille du barrm Feutrier, ancien pair de France, et de c^'tte ban m no Feutrier qui fut une très célèbre bi.aut*}. Sf'S sœurs èp«iusèrenu Tune le baron Corberon, l'autre le comte d'Aoùst.

Mais j»our en rewnir à la comtesse actuelle, le jeune niéiiairo distribue snn existence entre Paris, [Kiuai et la Bretagne. C'est, en efl'et, dans la résifhfurt: h'>réditair»* quo le inar«|ui< de Ségur a consi.Mvé»: pri'"> de Sainte-Anno dAuray que sa fille pas-e la >ai>«»n d'été. Ayant ru la bonne fortune de rencontrer en son mari <lr< g«M'its analogues aux si»*n>, elle peut s'y livri'r en toute liberté à ses t'antaisif< de .s/>o/'^«/ro///rf//. Tous deux adorent les rliovaux, la chassr, la péchc, les exercices violents i'W ^'énéral, où la j*^une femme rlépense l'énergique nervosité «le sa rare, sa jeuncss».' et son entrain, <L' reposant j>ar la vie au grand air de Fart et des fali;:ues mondaines.

M"' de Gueme est adorée dans le pays : des pauvres d^abord, auxquelles ses mains blanches distribuent, suivant la tradition de ses pères, Taumône et le bienfait ; de toute la société environnante aussi, à laquelle elle apporte sa gaieté, son entrain, sa belle humeur et son esprit charmant. En somme, sa présence est comme une bouffée de vie parisienne animant ce coin de Bretagne, passant dans la lande fleurie comme une chanson de fôte dont on savoure la lointaine harmonie.

Le jour, les cavalcades joyeuses; le soir, les charades, les sauteries improvisées, et surtout les concerts, auxquels la jeune femme suffirait toute seule si son frère n'en prenait sa partie, chantant avec elle, l'accompagnant au piano, soutenant sa voix puissante, ou les accents délicieux qu'elle tire de son violon lorsqu'elle est fatiguée de chanter.

Durant l'automne vient la vie plus grave de Douai. Puis les visites aux châteaux environnants^ à Cannes, chez la duchesse de Luynes, ou à Dampierre, servent de transitions à la vie parisienne qui reprend avec l'hiver^ c'est-à-dire les fêtes, les visites, le spectacle, le bois, les concerts, tout ce brillant cortège des jeunes femmes qui est l'enchantement moderne.

M""^ de Gueme en a sa grande part^ car, entre toutes, elle est recherchée, aimée et admirée. Son

■:»7ft

GRAKOeS DAHES I>'AtJ»IJliD^IUI

caractère aimable autant que sa naissance et son talent !a mettent au premier rang. Aujourd'hui, classée parmi les élues de la mode, ce sera toujours, quoi qu'il advienne, une grande mondaine et une grande artiste.

km-

Madame Standish

MADAME STAXDISH

J'ai parlé de la tendance, si répandue parmi les jolies femmes, de se choisir dans le passé un type idéal de grâce et d'enchantement, chère idole à laquelle elles s'identifient en lui empruntant ses plus délicieuses séductions.

M"" Standish, que son élégance souveraine, autant que sa beauté, place dans cet essaim charmant de jeunes femmes dont les mains fines de patriciennes tiennent de leurs doigts fuselés le sceptre de la mode, est plus moderne que ses rivales. Laissant à la légende ses radieux souve-

882 GIUNDCS DAinSS D AUJOURD HUI

pathie profonde qui l'unit à la princesse Anna Murât a resserré plus étroitement encore les liens de parenté qui les ont rapprochées. Aussi c'est une constante allée et venue, lorsque toutes deux sont à Paris, entre la rue de Constantine et le joli hôtel de l'avenue d'Iéna, que M"* Standish, toujours inspirée de la même impulsion, a rendu tout à fait anglais d'aspect, d'architecture, d'ameublement et d'aménagement.

Même dans la profusion des fleurs, on retrouve l'Anglaise voulue à côté de la Parisienne exquisement patricienne.

Comme toutes les jolies femmes, son bijou préféré est la perle. Elle en possède un collier si merveilleux que, reine, elle n'en pourrait souhaiter de plus magnifiques. Bien élégante et bien féminine^ cette mode des perles s'égrenant en doux rayons sur les blanches épaules, mêlant leurs mystiques pâleurs aux nacrures voluptueuses de la peau délicate, que froissent les feux trop crus des brillants !

M"* Standish est non seulement une mondaine très gracieuse, mais une sportswoman très distinguée. Elle monte à cheval à ravir, mitigeant la correction britannique de la grâce française. Et rien n'est plus joli que cette jeune femme conduisant elle-même, chaque matin, le coquet attelage de ses mignons poneys, dans

U.iDAHK BTAKDISH Soa

sa petite charrette anglaise, le long de l'allée des Poteaux.

Un seul regret jette son ombre sur l'éclat de cette vie heureuse : M"" Standish n'a pas d'enfants.

Page 1