LA COMTESSE DE MIRAMON-FARGUES
Le nombre des femmes du monde qui sont en même temps des artistes de mérite est moins restreint qu'on ne suppose. L'heure est passée de ces jolis talents d'amateur qu'on eût enfermés dans la coque d'une noisette, vernis coquet que les mères de jadis appliquaient à fleur de peau aux fillettes à marier, effleurant à peine le duvet de leurs seize ans, et qui n'était guère qu'une gentille inutilité à joindre aux colifichots de la corbeille de noces !
Aujourd'hui, quelquL-s femmes, plus sérieuses
GRANDES DAMB8 D AL'IOl'RI) H
que leurs devancières, se passionnent pour l'art i et savent devenir des musiciennes hors de pair, des peinti-es distingués, des sculpteurs merveilleux, tout en demeurant des épouses et des mères. Leur cœur est assez vaste pour contenir un grain d'idéal à côlô des cliêres et douces réalités de la vie.
Elles forment un groupe d'élite au milieu de la société frivole qui est leur entourage, et leurs fins profils apparaissent d'autant plus purs par le con- 1 traste : leur renommée d'artistes, au milieu des , renommées de beauté, resplendit d'un éclat diflféreiit, mais plus attirant encore en son charme sérieux et vrai.
La comtesse Emmanuel de Miramon-Fargues est l'une de ces mondaines d'élite. Elit.' suit étro à , la fois une épouse accomplie, une châtelaine ai- < mabic, une mère de famille pai-faite, la providence i des pauvres et une artiste de haute valeur. Son extrême modestie l'empêche seule de se créer UD J nom retentissant.
Là-bas, au fond de son Auvergne, dans le seigneurial château de Fargiies, elle est adorée. Continuant les antiques traditions, les portes de cette demeure sont constamment ouvertes, et l'hospitalité y a conservé la t largesse » du bon vieux temps. Durant l'automne, Ic3 chasses attirent des séries
d'amis, qui se succèdent comme jadis dans les maisons suzeraines. Pui.s, comme intermèdes, on organise des bals champêtres, comédies et divertissements de toutes sortes. Ici le comte Emmanuel seconde sa femme et partage avec elle un succès bien mérité. Non seulement c'est un comédien excellent, mais un metteur en scène de premier ordre, il a d'ailleurs fait ses preuves à Paris, tant dans l'organisation des différentes fêtes de charité auxquelles il a donné son concours qu'à ce bal de la princesse de Montholon, où l'on se rappelle encore son entrée mirobolante en tête du cortège bouffon, habillé en Auvergnat, et d'un réalisme achevé.
Le comte de Miramoii est non seulement un homme d'esprit, mais un fin lettré et un poète. Maintes fois il a concouru aux Jeux Floraux, et l'on peut dire qu'il a cueilli au parterre toulousain toutes les fleurs du Paradis. Lorsqu'il s'est marié, ' tout une guirlande de tieurs d'or fut placée dans ■ la corbeille nuptiale : et M""" de Miramon se sentit plus fière de cette couronne poétique, posée à son front par l'époux, que des riches joyaux héréditaires qu'il mettait à. ses pieds.
Plusieurs pièces de théâtre, composées par M. de Miramon, ne seraient point déplacées sous
la signature de Labiche, et, s'il l'eût voulu, le réper-
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toire du Palais-Royal lui eût emprunté plus d'un succès. Toujours, ohez lui, la note désopilante domine, et je ne connais rien de plus vraiment drôle que la jolie opérette la Chanoinesse, qui fut jouée il y a deux ans chez une de ses parentes l)ar ses propres enfants et par les jeunes filles . les plus élégantes de la société, et qui remporta f. un inoubliable succès.
Le libretto de cette opérette, illustré par M. Joseph de Miramon, second fils du comte et | alors seulement dgé de quinze ans, i-estera aux ] archives de la maison, monument impérissable de j verve, de gaieté et d'entraîu. Et c'est grand dommage que « les auteurs » aient refusé à cet amusant cahier une publicité qui eût fait la joie de^ bien des rieurs. Car si le te.\te est pétillant de I bonne humeur et d'esprit, que dire de l'œuvre de cet enfant de quinze ans, sinon qu'il tient entre ses doigts le crayon de Gavarni i
M. Joseph de Miramon se prépare à l'école de Saint-Cyr. Destiné à devenir un brillant officier, il n'en sera pas moins à l'exemple de tous les siens un artiste distingué.
Tous, en effet, dans cette famille, sont touchés du feu sacré. Tandis que celui-ci dessine avec une verve et une vérité étonnantes, son frère aîné, le vicomte Bernard, est un poète comme son père, et