‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 47 sur 51 · LA COMTESSE DE MIRAMON-F.VHGUES · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE MIRAMON-F.VHGUES

promet de devenir un littérateur et un savant. Il a achevé ses études avec un éclat rare, et, en attendant mieux, il aborde la très sérieuse École des Chartes, ainsi que la préface obligatoire de sa destinée.

Mais laissons les fils pour en revenir aux parents.

Tous deux, le comte de Miramon et la comtesse, ont porté un coin de vie mondaine au fond de ce sauvage Cantal, qui n'avait connu jusque-là d'autres visiteurs que les excursionnistes curieux, les savants et les chasseurs. En revanche, ils ramènent à Paris la gaieté franche de là-bas, Tentrain et la bonne humeur, si rares parmi nos mièvres névrosées et nos galbeux étiques.

Puis, à côté du plaisir, les châtelains donnent large part aux choses sérieuses. Tandis que son mari s'occupe activement des affaires de son canton, qu'il représente au conseil général, et de la gestion de ses vastes domaines, transformés par ses soins en véritable école d'agriculture, dont les produits sont primés et médaillés à chaque concours, M""' de Miramon partage son temps entre sa maison, ses pauvres et son atelier.

Ses enfants d'abord. En mère tendre et intelligente, c'est elle-même qui a voulu diriger leur éducation. Très instruite, parlant trois ou quatre

langues, ello a appris le latin pour » commeiicei' • les premières études de ses fils, qu'elle a menées foi't loin sans s'en douter. Aujourd'hui que les deux aînés sont devenus presque des hommes et que le troisiému, Jacques, se prépare à. l'école de Brest, c'est à sa petite Germaine qu'elle se donne complètement, et l'on peut être assuré qu'elle eu fera une femme charmante, taillée sur son modèle.

Puis ce sont les ordres à donner ; tout voir, tout entendre, un mot pour chaque serviteur et l'œil sur tous.

Après celflj l'atelier. La comtesse peint comme peignaient jadis les Bénédictins, ces poètes de l'art, et sculpte mieux encore. Tous ont admiré déjà au Salon annuel des bustes remarquables, d'un fini achevé et d'une délicatesse exquise, dus à son ciseau. Mais ce que connaissent seulement les amis, ce sont les adorables enluminures, les vieux meubles de style décorés par elle, avec une patience d'ange ou de moine, — ce qui est presque la même chose ! — de fines peintures sur fond or, renouvelées du moyen âge, pages de missel gigantesque déroulées le long des panneaux éblouissants des crédences féeriques. Ou bien encore, des plafonds aux fresques resplendissantes et des panneaux au petit point que n'eût

Page 1