‹ Les grandes dames d'aujourd'huiChapitre 48 sur 51 · LA COMTESSE DE MIRAMOX-F ARGUES · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE MIRAMOX-F ARGUES

pas reniés la reine Berthe, la plus patiente des brodeuses. Ici Taiguille supplée au pinceau et parvient à l'égaler. Car la comtesse trouve le temps de renouveler, en ses heures perdues, les miracles de broderie que les châtelaines de jadis exécutaient en Tabsence de messeigneurs leurs époux, pour charmer les longues heures de solitude auxquelles les condamnaient les guerres lointaines. Seulement, cette fois, ce n'est pas le défaut d'occupation, ni Tennui de l'abandon qui inspire les doigts mignons de cette fée du travail, activant l'aiguille alerte et brisant la pensée, absorbée dans les courbes harmonieuses et infinies du dessin chaiovant.

Artiste dans Tâme, toutes les œuvres de M"* de Miramon se ressentent de cet instinct inné qui est l'inspiration. Aussi préfère- t-elle à toute fête, à tout plaisir mondain ou frivole, son aiguille, ses pinceaux, son ébauchoir. Et si elle n'était la plus aimante des épouses et la plus tendre des mères, on pourrait dire que l'art est la passion de sa vie. Nulle œuvre, quelque considérable qu'elle soit, ne la rebute. Elle exposa, pour la première fois, à l'âge de quatorze ans ! Ayant peint, la saison précédente, le plafond de la grande salle, au château de Fargues, elle l'a enrichie, cette année, d'une cheminée monumentale imitée des plus hautes créations de la Renaissance. Son nom, cette fois, à

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cause même des proportions de cette œuvre considérable, n*a pu Hgurer au Salon; une telle œuvre n'était point transportable. D'autres causes aussi se sont jointes à celle-là pour motiver cette abstention regrettable. Tune très triste, et l'autre heureusement réparable.

M*"' de Miramon^ à défaut de sa cheminée, comptait présenter au jurj' deux œuvres capitales. Elle achevait pour cela le buste de l'une de ses amies, lorsque la mort est venue subitement enlever la pauvre jeune femme, au moment même où M"** de Miramon donnait à son image la dernière retouche. Or, par un sentiment de délicatesse exquise, l'aimable femme n'a pas voulu livrer au public les traits aimés de celle qui n'était plus, et elle a sacrifié son chef-d'œuvre.

Après ce premier déboire, la statue de sa petite fille, un bijou dont la pose, jouant à la raquette, avait été une trouvaille gracieuse et un miracle de patience, devait compenser ce sacrifice; mais la guigne décidément s'en mêlait. Pendant une courte absence de M"*' de Miramon, une fissure à la glaise qui séchait s'est chargée d'anéantir cette œuvre charmante, qui était la gloire et Torgueil de la mère et de l'artiste !

Espérons que Tan prochain nous dédommagera des regrets de celui-ci !

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