LA COMTESSE DE MIRAMON-FARGUES
Mais à ces travaux et à ces devoirs ne s'arrête pas la tâche quotidienne de cette vie si remplie. Il y a place encore pour ses deux plaisirs favoris : Téquitation et la charité. Les premières heures, celle où Tair frais du matin avive les poumons, où, sous son voile de brume lentement écarté, la campagne se pare de son écrin de rosée, — et les dernières heures, les douces heures du crépuscule où le ciel empourpré jette ses lueurs embrasées sur la futaie habillée d'or, où, au lointain horizon, la nuit étend ses premières ombres sur le firmament piqué d'étoiles, — sont employées par M"' de Miramon en courses vertigineuses à travers les vallées, promenades dont le but est la tournée bienfaisante. Chaque chaumière est tour à tour visitée, et Ton peut voir la jolie ponneytte, attachée à la porte grossière, frémissant d'impatience, tandis que la très gracieuse châtelaine, arrêtée au chevet des malades, réconforte les uns et guérit les autres. Car ses lèvres ne ménagent pas plus les conseils que ses mains n'épargnent l'aumône. L'une, jointe aux autres, opère des cures merveilleuses parmi ces pauvres paysans, qui ont une confiance absolue dans la science médicale de leur « bonne dame » .
Aussi la comtesse est bénie de tous en ce pays, devenu sien. Une élection dans ses mains serait chose assurée. Mais elle est bien trop femme
«Huncs DivB tfittoem'ttn -
pour s'occuper de j^iolitique mîlilaiite, ne demandant â ces pauvres gens que ta joie de les voir heureux |>our toute récompense de son dè\"ouement.
M"* de Miraraon esi née Marie de la Bouillerie. Elle est la propre nièce de M" de la Bouillerie, — ce coadjuteur de l'archevêque de Bordeaux, qui a laissé en celle ville tant de regrets et de souvenirs, — et la jjetite-lille du comte de la Bouillerie, qui fut pair de France et ministre de la maison du roi sous le rùgne de Charles X. Le comte de la Bouillerie, son père, avait épousé M'" de Lestapie, dont la mère appartenait à une très vieille mmson Hollandaise.
M"* de la Bouillerie ne s'est ix)int mésalliée en épousant k- comte Emmanuel, fils cadet du marquis de Mlramon-Fargues, dont la maison est l'une des plus anciennes comme des plus illustres de la vieille terre d'Auvergne, J'ai dit de quelle façon tous deux savent tenir leur rang là-bas. J'ajouterai doncsiraplement à ces notes succinctes quelques mots très rapides sur l'existence parisienne de cette aimable femme.
Le comte et la comtesse de Miramon habitent ici, entourés de tous les leurs, l'hôtel de lu Bouillerie. Le nombre considérable de leurs relations, des parents et des amis, les entraînent l'orcément
LA COMTESSE DE MHUVON-FARGKES
Cil plein courant mondain : dans leur famille seulement les six ménages qui se partaient l'hôtol de la Bouillorie suffiraient à les absorber, car M"" de Miramon vit non seulement auprès de ses parants mais aussi de ses trois sœurs, les comtesses de la Koche-Ordan, de Durfort et de la Selle. Quant à celles du comte do Miramon, les comtesses de la Villarmois et de Pontgibauld et sa belle-sœur la marquise de Miramon, ce sont aussi des Parisiennes, et elles réclament une part deces journées si bien remplies, profitant des séjours trop courts de l'aimable femme pour se la disputer. Avec cela les fêtes, les invitations, les visites quotidiennes, les promenades, les expositions, que sais-jeif Cependant, moins encore que son mari, la comtesse aime cette existence bruyante et fiévreuse, trop vide pour son esprit actif. Elle va dans le monde et elle y tient son rang en vraie grande dame, mais sans étalage, sans affichage, bien plus fiére de ses œuvres d'artiste que de tout autre avantage, du succès de ses enfants que de ses triomphes de femme. Aussi, ses toilettes, très correctes et rehaussées par ses beaux bijoux, sont toujours sobres, quoique très recherchées. Avec un visage gracieux, une physionomie vive, un profil très fin, des yeux d'une douceur infinie, la taille de ses vingt ans, un charme indéfinissable et captivant. la comtesse de Miramon est
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une sympathique. Elle hait tout fracas extérieur comme toute notoriété tapageuse, et si, & l'instar de son mari, elle s'en allait cueillir la fleur préférée au parterre d*or de la belle Agnès, elle choisirait à coup sâr la violette, son doux emblème.
lA VICOMTESSE DE TRÊDER>
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Comtesse de Trédern
Lorsque, aux dernières aimées de l'Empire, M"° Say — tilled'un raftiiieursuperlativemeiit riclie et de cette célèbre beauté qui, lorsqu'elle entrait aux Tuileries, couronnée de son monumental diadème de brillants, rivalisait avec l'impératrice même — épousa le fils du duc de Brissac, elle fut accueillie froidement dans le faubourg Saint-Germain, Le camp des douairières se révolta, criant à la mésalliance, et l'on bouda franchement l'hûtel de Brissac.
Méchamment, quelques jalouxmenaient la bande, et la tranquille indifférence de la jeune femme ne
838 cn\snKS daxes u aujourti hui
put triûm[ilier de la cabale ourdie contre el ouvrit ses salons et ils demeurèrent vides.
C'est alors qu'elle montra toute la valeur de son esprit et toute la fermeté dont elle était capable, affichant un dédain profond et sachant à propos remettre à leur place ceux qui, devant les prétentions liéralditjues, oubliaient qu'elle était une jolie ^ femme et qu'ils lui devaient toute déférence.
C'est à elle que l'on attribue cetie anecdote où son caractère se peint tout entier.
Un jour que, donnantdu tliéà quelques amis de son mari, elle en renversa quelques gouttes sur sa robe, comme elle essayait de l'essuyer avec £ muuohoir :
— Prenez garde, madame, fit le duc de P..., sucre tache !
— Moins que le sang, monsieur le duc, riposta la jeune femme avec le plus grand calme.
Un procès non eneoro oublié rendait la réplique... sanglante. Le duc, !« rouge au front, s'éloigna eu jurant trop tard de ne plus s'attaquer à si forte partie.
Cette cabale , d'ailleurs , ne fut l'affaire que d'une tentative. Les jalou.\ comprirent bientôt qu'ils jierdaient leur temps. Adorée de son mari et . chérie de ses beaux-parents, la jeune femme eut promptement raison des coteries, et les obstacles se brisèrent à sa sérénité. Sa position s'affermit
i.\ VICOMTESSE ne i
avec son bonheur croissant, et elle était parfaiteraenl heureuse, lorsque au bout de cinq années le chagrin s'abattit sur son existence, Tenveloppant de ses crêpes et s'attachant à elle ainsi qu'une tunique de Nessus.
La guerre était venue et le comte de Brissac avait fait noblement et vaillamment son devoir, ^lacô à la tête des mobiles de Maine-et-Loire, is des fatigues sans nom. il était entîn passé en Suisse avec l'armée de Bourbaki. Une lettre de Genève avait même prévenu sa jeune femme, alors à Brissac, chez ses beaux-parents, que, toutes les difticultés aplanies, son mari allait pouvoir rentrer; et elle se serait alors fort réjouie si sa petite fille Diane, tombée dans l'une des salles du château, sur une dalle que l'humidité avait rendue glissante, ne lui avait donné les plus vives inquiétudes.
C'est au chevet de son enfant, au milieu des tortures et des angoisses, que la pauvre mère reçut la dépêche lui annonçant que son mari, atteint du typhus, était à toute extrémité.
On juge des transes de la jeune femme, retenue ici par sa tendresse maternelle, appelée là-bas par son devoir d'épouse! Comme toujours, énergique et sûre d'elle-même, elle prit sa décision sans hésiter : confiant à sa belle-mère sa petite Diane, elle partit, et s'en alla à Genève, prendre sa place
iR«iois Ohvttf ti'wtmmnHVi
au lit d'agonie du raillant dont elle [Ktrtait le nom. L'eufaiil, i>endant ce temps, allait jïlus mal et lel chirurgien en désespérait. La morl planait de toutes paris, ici et là-bas ! Ce fut un martyre pour la courageuse femme. Peut-être la mère alors eût voulu sacrifier l'épouse : n'importe! Son cœurêlait à. la hauteur du devoir qui la retenait; elle demeura jusqu'au bout, ferme en son dévouement, et elle reçut avec le dernier soupir de son mari toutes les bénédictions du valeureux soldat, qui put ainsi en son adieu suprême la charger pour tous les si& de toutes ses tendresses résumées en elle.
Comme un deuil, dit-on, ne vient jamais ! la même année, la jeune comtesse perdit son père qu'elle chérissait. Puis ce fut le tour de M*** SaJJ qui ne put survivre à toutes ces épreuves. Ce alors que, par suite d'un arrangement de famill©ill la jeune veuve prit possession de cet hôtel Say oùt elle avait été élevée, où, depuis l'&ge de sept ans^ 1 elle avait concentré tous ses souvenirs et toute sa | vie, et elle en fit l'hôtel de Brissac.
Cependant, sitôt que ses crêpes furent éclaircis,' la jeune femme — un peu malgi-é les siens et | un sentiment d'inclination très noble — voul^ épouser le vicomte de Trédern, qui lui était d^ longtemps attaché.
Le vicjinile de Trédern, sans être de race égale celle des Brissac, était un gentleman et un sports- ]
lA YICOMTKSSE CE TBEDEIIS
man fort bien placé. Dès lors il faisait autorité en matière de chasse comme en matière d'escrime.
S'il avait peu de fortune, la jeune veuve en avait pour deux. Les convenances étaient donc absolument respectées dans cette union toute de cœur.
Sitôt remariée, M'^° de Trédern songea à rouvrir sa maison, si longtemps fermée. Or, anomalie étrange, par l'un de ces caprices mondains qui restent inexplicables, ses salons, jadis dédaignés, furent dès lors envahis. On postula l'honneur d'y ôtrs admis, on devint fier d'y être accepté; en un mot, ils furent cotés parmi les plus élégants. La jeune femme prit dans la société fran(;aise le rang qui lui convenait, et le succès de la vicomtesse de Trédern vengea les premiers déboires de la comtesse de Brissac.
Malheureusement, celte seconde union, commencée sous les auspices du bonheur, ne tint point ses promesses radieuses. Malgré la naissance de trois enfants charmants, — deux fillettes et un petit gar(;on, — la division s'assit bientôt à ce foyer. Lavicomtesse s'était donnée touteentière. Elle voulait son mari tout à elle ; elle comptait sans doute sans cette volagité masculine que les liens les plus sacrés sont impuissants à retenir, lorsqu'il lui plait de prendre son essor au vent des passions mauvaises.
402 GRANDES DAMES d'aUJOUKD'hUI
Quoi qu'il en soit, et quels que fussent d'ailleurs les torts ou les excuses des deux conjoints, le ménage, après quelques années de paix apparente, s'est brutalement séparé, à jamais désuni.
Le voile des bienséances jeté sur la cause réelle a sauvegardé la situation des époux.
11 ne convient ici d'entrer dans aucun détail. La vérité est que la jeune femme, durant dix années qu'a duré cette seconde union, a beucoup souffert, et qu'elle a fait i)reuve d'un très grand courage comme de beaucoup d'indulgence pour celui qu elle avait tant aimé, à qui elle avait tout donné. Après cela, il était naturel que M"* de Trédem, dont le caractère énergique et dominateur ne connaît pas d'obstacles, ne put supporter indéfiniment certaines incartades, ni oublier certaines offenses. Véritable autocrate en sa maison, qu'elle conduit avec autant de sûreté que de décision, c'est en effet à cette jeune femme que Ton peut appliquer surtout le dicton: c Main de fer dans un gant de velours. » Jamais qualification ne fut mieux méritée, car jamais main de fer ne fut plus délicate, ni douceur plus virile.
Et sa i)ersonne tout entière se ressent de cette double nature, toute faite de contrastes : car si M"*" de Trédern est une très jolie femme, — le type charmant de cette blonde grasse, petite, mignonne, potelée, que Zola, à l'instar des peintres
LA YIGOJnrSflE DE TniDERX
italiens, préfère à tout autre beauté, — soûï son apparence de faiblesse, c'est une femme aux nerfe d'acier, infatigable, douée d'une excellente santé, menant de front tous les exercices, montant à cheval comme Diana Vernon, dansant comme Teppsichore,veillant des nuits entières, et capable — tout en ne négligeant rien de ses habitudes ni de ses plaisirs — de nourrir ses enfants avec une sollicitude et une tendresse rares.
Ses cinq ou six grossesses ont rarement interrompu ses chasses à courre de Lille, où la première elle a inauguré ce gentil tricorne Louis XV, mille fois plus seyant que le chapeau masculin, si dur aux visages délicats. C'est une musicienne accomplie et la meilleure élève de M'"° Carvalho. A un éclat argentin, à. un timbre chaud, vibrant, passionné, dont les accents remuent l'âme et arrachent des larmes, sa voix charmante joint une facihtê de vocalises qu'aucune autre chanteuse ne saurait posséder. C'est un vrai gosier d'oiseau. Dupré, M°'° Marchesi, Christine Nilsonn, M"" Carvalho et la Krauss elle-même, qui, tour à leur, lui ont donné des leçons, ont toutes été profondément surprises de cette facilité étonnante autant que des prodigieuses facultés musicales de cette artiste hors ligne. C'est elle qui Tan dernier tit le succès de ce concert de bienfaisance donné à la salle Êrard au proiit des Orphelinats agricoles, concert
GRARDïS VAVKS II AUfOURB ITPI
OÙ tout Paris était venu entendre ces femmes du monde dont le talent, jusque-là, s'était trouvé enfermé dans l'intimité des salons aristocratiques. M'"° de Trédern enleva tous les suffrages. Très sûre d'elle-même, elle affronta pour la première fois le public, payant avec un aplomb et une autorité que n'ont pas toujours les artistes, dont c'est le métier. Et en la couvrant d'applaudissements, l'auditoire donna raison au calme et à la grâce souriante de cette inimitable cantatrice qui, sur la scène de l'Opéra, ferait pâlir toutes ces étoiles que consacre souvent une renommée mensongère bien plus qu'un réel talent.
Le concert de la salle Albert-le-Grand confirma le succès de celui-ci. D'ailleurs, avant del'applaudir au nom des pauvres, bien des gens avaient pu l'admirer au nom du bon Dieu. Dès l'année pi-écèdente, en effet, M'"" de Trédern s'était fait entendre, essayant sous les voûtes de Saint-Pierre du Gros-Caillou sa voix magistrale et puissante.
Ce fut elle, alors, avec la comtesse Robert de Mailly-Nesle, qui attira toute l'élite mondaine à ce mois de Marie transformé en réunion ultra-élégante, dont la vogue fut telle qu'elle mérita la i-éprobation del'archevèque de Paris.
Réprobation un peu sévère peut-être, car s'il est vrai que les jeunes pschutteux eurent le tort d'apporter leurs lorgnettes, tournées vers les jolies can-
tatrices, dont le visage et l'élégance, autant que le talent , suscitaient leur enthousiasme, est-ce donc un si grand crime par-devant le Seigneur que d'admirer le Créateur en son œuvre la plus charmante ?
L'hôtel de la vicomtesse de Trédern est situé place Vendôme. Les brillantes réceptions qui s'y sont succédées en ont ouvert les portes à l'élite de la société. Le temps est loin où il était de bon ton de bouder la jolie comtesse de Brissac, et ^|me ^Q Trédern prend belle revanche de ceux qui ont « fait leur tètç » jadis, en se montrant impitoyable, aujourd'hui qu'une invitation chez elle est devenue une faveur très briguée. Personne ne saurait l'en blâmer.
Arrangé avec un goût sévère, l'hôtel de Brissac n'a rien des coquetteries modernes; pas d'encombrement de bibelots ni l'exagération de ce flou dont on a un peu abusé. Nos tapissiers aujourd'hui sont de vraies couturières, habiles dans les retroussés, chiffonnant la peluche et frissonnant la dentelle comme s'ils confectionnaient une robe de bal. Or, M"*« de Trédern, bannissant ces fantaisies, a respecté Tancien style. Tout chez elle est somptueux et grandiose. Les plafonds sont des merveilles. Les murs se cachent sous une collection de tableaux dont la plupart trouveraient leur place aux galeries du Louvre.
Mais ce qui est absolument charmant, original et très féminin, c'est la façon dont est arrangée, le long de l'escalier, la rampe de fleurs, mêlant ainsi la plus délicieuse des coquetteries au luxe magistral de ses marbres et de ses tapisseries. Des consoles dorées, en dehors des balustres, terminent chaque marche, supportant des vases, remplis tantôt do plantes vertes, tantôt par des fleurs blanches et rouges qui grim^^ent en guirlandes alternées, ainsi qu'un parterre aérien. C'est gracieux autant que c'est original.
Mais prenons ici par ordre. Une magnifique antichambre, au bout du premier palier, conduit, d'un côté, à la salle à manger immense, tout enfermée dans ses vastes panneaux qui sont d'exquises natures mortes ; de l'autre, à la galerie qui double les deux salons, dont le dernier est un ravissant boudoir. Rien de superbe comme cette galerie, véritable musée, recelant d'inestimables trésors. Au milieu un groupe magistral signé de Dallasoen ; au fond le portrait de M. Say, par Flandrin. Puis, émergeant d'un bosquet de plantes vertes, le buste de M*"" Say, par Cordier ; sur une table, entre des touffes do roses et de violettes, un délicieux buste de Marie-Antoinette entre deux adorables miniatures d*Isabev — ses deux chefsd'œvres : — les impératrices Joséphine et Marie- Louise. En dehors de l'étrangeté du rapproche-
L\ VICOMTESSE DE TREDERN 407
ment bizarre, mais bien moderne, il y a tout un poème dans la réunion de ces trois incarnations de l'idéale beauté. « Les Trois Grâces ! » eùt-on dit au vieux temps ; mais combien diverses en leur égale et toute-puissante séduction !
Isabey était le grand-oncle de M"'' Say ; aussi son œuvre se rctrouve-t-elle partout en cette riche demeure, aimée, vénérée, recevant le culte qui lui est dû : piété filiale et piété artistique se trouvant réunies pour la fêter !
Puis, partout également, à travers une armée de saxes adorables, des toiles de Cabanel, de Miéris, de Téniers, de Ruysdaël, de Ziem, de Delacroix, etc. : Técole française et l'école flamande représentées par ce qu'elles ont de meilleur et de plus délicat.
Cabanel était l'intime ami de M. Say; aussi son goût a-t-il présidé à l'arrangement de cet hôtel superbe, comme son pinceau a donné le dernier trait de splendeur au grand salon, en plaçant audessus des quatre portes, à chaque angle, les originaux de ces quatre Vénus merveilleuses, son chef-d'œuvre et sa gloire, qui représentent les quatre éléments. Louer ces peintures, qui, à elles seules, feraient la réputation d'un peintre, est audessus du possible et c'est aussi superflu.
Les Quatre Ages de la vie, personnifiés par un jeune homme, un enfant, un adulte et un vieillard,
408 GRANDES DAMES d'aUJOURD'hUI
forment, sur le plafond, le pendant des quatre éléments. Ceci est signé Jalabert, et c'est magistral.
Les salons donnent sur la place Vendôme, qui apparaît dans Téchancrure grandiose des larges fenêtres, taillées pour quelque demeure seigneuriale du temps de Louis XIV. Pourtant tout, dans le style comme dans Tornementation, rappelle ici Tépoque plus proche du xviii' siècle. Du lampas rouge resplendit au fond des grands miroirs cerclés d'or qui revêtent les vastes murailles, reflétant les beaux portraits éparpillés çà et là sur des chevalets de peluche. Des peintures de chasse rappellent les goûts cynégétiques de la maîtresse de maison^ tandis qu'au centre de la pièce, sous un immense palmier, le grand piano, habillé d'étoffes orientales, indique la musicienne et l'artiste, qui prime toute chose chez la gracieuse maîtresse de céans.
Tout est vécu dans ce grand salon, et tout y est vivant. C'est là que le soir se réunissent autour de leur mère les enfants de M"'*' de Trédern. Le grand-père des aînés, le duc de Brissac, qui a son appartement dans l'hôtel, vient les joindre, et les heures s''écoulent, rapides et douces, autour du piano, dont les touches s'animent sous les doigts légers de la charmeuse, et qui ne se tait que pour laisser place aux causeries intimes de toute cette famille heureuse de se retrouver.
Le boudoir, tout au fond, est le temple intime et sacré. L'image de M"*' Say y rayonne en un magnifique tableau de Winterhalter au milieu des coquettes draperies Pompadour, réminiscence des jolies élégances de la Dauphine, alors qu'elle se faisait à Trianon le nid coquet, repos de ses grandeurs.
Les appartements particuliers de la vicomtesse de Trédern se trouvent au même étage, mais entièrement isolés par une longue galerie vitrée. Là, la vicomtesse a sa chambre, ses cabinets de toilette, son parloir, où elle reçoit les gens d'affaires, et surtout son joli fumoir -bibliothèque, tout plein de livres et de tableaux, qui est aussi son cabinet de travail et son buen retira favori.
On peut juger par ces quelques détails de la splendeur de cet hôtel Say, que M"»» de Trédern, en le recevant de la main de ses parents a continué d'orner et d'embellir, sur lequel sa grâce de jolie femme et d'artiste répand désormais le rayonnement de son élégance sans pareille.
Tout ceci n'est d'ailleurs que le côté matériel largement esquissé. La vraie splendeur de cet hôtel, c'est l'existence quotidienne avec ses mille détails, l'existence large, fastueuse, seigneuriale, dont les fêtes données chaque printemps ne sont que le corollaire charmant.
Pour indiquer toute la magnifîœnce de cette maison princiére, je signalerai seulement la merveilleuse vaisselle plate dans laquelle on soupe comme au bon vieux temps. C'est, d'un mot, dire toute la splendeur de l'installation.
Outre l'hôtel parisien, la vicomtesse de Trédern possède deux beaux châteaux : Lille — dont le beau parc et les futaies admirables sont le cadre préféré de ses exploits cynégétiques — et Bryant» sur les bords de la Mayenne, au milieu des admirables pâturages du pays Mainois et Angevin. Elle partage son été entre ces deux résidences et Brissac, auquel l'attache la tendre affection de son beau-père.
Là, comme à Paris, la vie s'écoule en réceptions, en visites, en promenades, en réunions alternant avec les occui)ations plus graves de la châtelaine et de la maîtresse de maison.
La musique garde sa part ; et Tidentifiant toujours à ses bonnes œuvres, la vicomtesse met sa belle voix à la disposition de son curé, transformant, les jours de fête, la petite église campagnarde en une salle incomparable où Ton entend ses beaux acxents, dignes du Paradis. Les autres dimanches, ne voulant point se prodiguer, la charmante femme se contente de tenir l'orgue, et elle s'en acquitte, dit-on^ à l'égal de sainte Cécile !
Mais au milieu de la charité, des affaires et des
VICOUTESSE DE TRBDERS
■ill
plaisirs, le souci principal de M'"' de Trédern, c'est l'éducation de ses enfants. Son fils aîné, le futur duc de Brissac, qui vient de passer si brillamment son baccalauréat à l'âge de di\-sept ans, a donné la mesure de ce que valent les soins intelligents et la sollicitude de la jeune mère.
La sœur de M"" de Trédern a épousé le prince Amêdéo do Broglie. Elle est aussi fort jolie, quoique d'un type absolument opposé. Une grande amitié les unit. Leur frère n'est pas encore marié.
La comtesse Potocka, née princesse Marie Cerchiara Pignatelli, appartient à l'une des plus grandes maisons de la Sicile. C'est do cette origine quasi-orientale qu'elle tient ce type étrange, dont l'originalité chaude tranche d'une façon si saisissante sur la masse blonde de nos mièvres beautés parisiennes.
La comtesse Potocka est une gitana devenue princesse : elle possède de l'une la grâce sauvage, de l'autre l'altiére séduction.
Tentés par cette beauté toute-puissante, deux de nos maîtres, parmi les plus célèbres, ont essayé de la peindre : et deux fois la foule émerveillée s'est arrêtée au Salon devant la toile souveraine qui représentait cette adorable image.
414 GRANDES DAMES d'aUJOUUD'hUI
D'abord, il y a quelques années, Pérignon : un poème de grâce, ce portrait souriant, dans les transparences duquel semble flotter une envolée d*amours. Et, pour souligner davantage cette physionomie enchanteresse, il en a fait la reine des Ondines en passant à son cou ce splendide collier de perles qu'elle adore, qui ne la quitte jamais, ni le jour ni la nuit, et qui, à tout instant, caché sous les plis do la soie, dort sur cette poitrine marmoréenne, à laquelle il emprunte un peu de son éclat.
Puis, après lui, Bonnat. J*aime moins ce portrait, trop sec et trop dur pour cette beauté lumineusement italienne. La fameuse pelisse de zibeline qui renveloppe met une note trop sombre à Tensemble. Ces ombres ne sauraient convenir qu'aux cheveux blonds de quelque tîUe de Norvège.
Mieux d'ailleurs que tous les peintres, Musset Ta traduite, cette femme devinée. Le poète des Andalouses dut la voir dans un rêve, lorsque Dieu, dans les Limbes, songea à pétrir son âme de la plus légère flamme qui brillât au Paradis, follet charmant qui devait éclairer ce corps de déesse.
Lui seul a compris ces yeux de velours où danse un rayon de soleil, ces cheveux noirs, le « manteau de roy i>, qui est la pourpre souveraine de la beauté, et ce charme étrange, cet éclat et
LA COHTBSSe POTOCKA
celte séduction de la femme d'Orient, alanguie et passionnée, amoureuse de faste, folle de luxe, fantasque, L-apriciouse et bonne comme une enfant.
Elle avait bien le sentiment de sa propre beauté lorsqu'elle s'habilla en Bohémienne, au bal de la princesse d© Sagan : jamais Je ne l'ai vue si jolie.
D'ailleurs les ajustements ne lui font pas défaut! Tous les couturiers tour à tour l'ont habillée, et les notes formidables soldées par le comte Potocki chez tous les faiseurs connus et inconnus sont légendaires. La comtesse ne sait pas résister à un chiffon nouveau. Elle commande sans compter, et l'argent, dans ses jolies mains, pèse moins que le grain ailé d'une folle avoine. Aussi sa garde-robe contient plus de toilettes qu'il n'y a de jours dans l'année ! Quelquefois elle ne les met pas du tout. N'importe ! elle en a eu la fantaisie, elle J'a satisfaite; son caprice n'en demande pas davantage.
Tant pis après tout si le mari, parfois, quels que
soient ses millions, trouve que ces caprices dépas-
jf«Bnt un peu les bornes de son indulgente fai-
■ blesse ! La jeune femme, en vraie Napolitaine, est
trop insouciante pour s'en inquiéter beaucoup.
Insouciante des gronderies, sachant bien qu'elles ne sont guère terribles, elle lest également de ces mêmes fanfreluches qui les ont attirées et qui, lorsqu'elle les possède, pei-dent à ses yeu.K toute
valeur et tout intérêt. Mon Dieu ! elle égrènerait ses brillants comme le Petit Poucet semait ses cailloux. Et ses fourrures mômes, ses chères fourrures, douillettes et somptueuses, semblent moins précieuses entre ses mains que la loque dont il s'enveloppe, entre les mains d'un mendiant espagnol !
C'est ainsi qu'elle fit le désespoir des amies qui l'accompagnèrent durant son voyage en Algérie, par le peu de soin qu'elle prenait de son inséparable pelisse de zibeline, qu'elle laissait traîner sur le sable du désert, pelisse fabuleuse payée cependant . plus de quarante-cinq mille francs !
Les perles seules trouvent grâce devant son indifférence : son beau collier, dont la réputation est européenne, et qu'elle ne quitte jamais, l'identifiant à sa vie comme pour lui en communiquer une parQelIe, afin de lui garder son éclat.
Et cependant, quel que soit son attachement à son cher joyau, son indifférence se retrouve encore dans le peu de souci quelle met à le garder et à le dérober à toute convoitise. Dernièrement, allant prendre une leçon de musique dans un quartier excentrique, elle s'y rendait à pîed^ laissant de la façon la plus ostensible ghsser sur son corsage les anneaux éblouissants de ses belles perles. Et comme une amie lui faisait remarquer son imprudence : « Eh bien, dit-elle, si
l'on m'attaquait ou si l'on me volait mon collier, cela me procurerait peut-être une émotion ! »
Et la folle jeune femme, pour le plaisir d'une bravade et d'une témérité, n'hésitait point à risquer, non seulement ses perles, mais sa vie Luéme! Après ses perles et ses fourrures, ce que la comtesse Potocka préfère à toute chose, ce sont les fleurs. Elle les entasse dans ses appartements, en garnit tous les coins, transforme son salon en serre, et en pose jusque sous ses pieds en forme de coussins ! « Trop de fleurs, ^ dirait Chalchas ! Non pas ! c'est le cadre le plus gracieux qui convienne à une jolie femme, celui dans lequel elle apparaît le plus radieuse.
Elle tient d'ailleurs cette passion de sa mère, — en secondes noces, duchesse Régina, — qui, dévote comme une Italienne, consacre à I ce goût élégant. Elle s'est faite la » sacristaine « de la chapelle espagnole de l'avenue de Frif land, et elle dépense une fortune à la garnir de fleurs. L'autel de la Vierge surtout, son autel préféré, est transformé par elle en un immense bouquet qu'elle renouvelle tous les jours.
On connaît les équipages de la comtesse Potocka, et on les admire tous les jours au Bois. Je no crois pas que Paris en ait vu de plus beau.\.
Quant à son hôtel, majestueusement assis ainsi
418 GRANDES DAMES D*AUJOURD'hUI
qu'un palais semi-oriental, avenue de Friedland, à doux pas de rArc-de-Triompho, il a été tout récemment construit pour la comtesse par le comte Potocki, qui, en véritable grand seigneur, voulait à sa femme une demeure digne d'elle.
Mais comme, après sa femme, ce que le comte Potocki aime le mieux en Funivers, ce sont ses chevaux, c'est la partie de riiôtel qui leur est attribuée qui est la plus réellement remarquable. Sacrifiant tout aux écuries, les vastes salons du rez-de-chaussée, volontairement négligés, n'ont jamais été meublés : sans doute parce que, haïssant le monde, le comte a voulu enlever à sa jeune femme toute possibilité de donner des fêtes, ainsi qu'elle l'eût peut-être secrètement rêvé.
Aussi, lorsqu'il y a trois ans tous deux voulurent inaugurer leur hôtel, ce fut par un déjeuner donné dans ces écuries invraisemblables qu'ils pendirent leur première crémaillère. Jamais déjeuner d'ailleurs ne fut plus fastueux! Et l'on comprend la très réelle ostentation qu'ait pu inspirer à ce grand soigneur le plaisir de montrer que Ton peut transformer la chose du monde la plus vulgaire — une écurie — en une salle somptueuse, presque féerique.
Un palais aimexé à un palais : telles on peut qualitier ces écuries uniques! Et la surprise fut grande lorsque les invités en franchirent le seuil.
Jamais d'ailleurs fête plus originale ne fut mieux ordonnée. La magnificence s'y accordait avec la plus sage correction. Au milieu des boxes — il y a là place pour dix-huit chevaux ! — se dressait une table étincelante, toute surchargée de fleui's, qu'entourait une armée de valets en culotte courte, poudrés à frimas.
Puis, après avoir savouré un déjeuner exquis, on admira le cadre, qui lui donnait plus de saveur.
Tout ici appartient au grand siècle : et Ton se croirait à Versailles, aux écuries des pages.
Je cite d'ailleurs une description très exacte qui fut, à cette époque, publiée par le Gaulois :
€ Derrière les chevaux, des panneaux avec vasques en marbre rose, d'où jaillit l'eau. Lorsque le repas des chevaux est terminé, on garnit de fleurs les susdits bassins de marbre.
Stalles et boxes sont en acajou garni de cuivre poli, fort simple, avec le pilaica du comte, c'està-dire à ses armes.
Au-dessus de chaque cheval, une plaque indique son nom, sa famille, la date de sa naissance. Murs et mangeoires sont de marbre rose, comme les vasques.
Derrière les stalles, sur les pailles, cmq tresses aux couleurs du maître, —jaune et bleu,— maintenues à chaque extrémité par des boîtes en cuivre poli. Les mêmes couleurs se retrouvent dans Tha-
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billement des chevaux, couvertures et carrés. Les licols sont de cuir noir avec boucles de cuivre et fronteau bleu et jaune. Les longes, en cuir blanchi. Voilà la toilette complète pour rester à la maison.
Huit boxes sont situés aux extrémités de Técurie. Dans le sous-sol, il y en a trente, qui communiquent avec la cuisine, que dirige un lad chargé d'être le Trompette, ou cuisinier chef des nobles animaux.
Puis, voici la salle de lavage. Tous les systèmes d'hydrothérapie s'y trouvent réunis : bains de vapeur, douches froides, chaudes, douches écossaises, etc. La baignoire d'argent de Tex-président de la Chambre, dont on a tant parlé, est un bibelot médiocre à côté de cette vaste installation.
Veut-on habiller les chevaux pour sortir, voici la sellerie de gala, tout en boiseries d'acajou, ornée do gravures anglaises et de la collection complète des portraits photographiés dos hôtes de récuric. Puis les harnais de toute sorte, les brides, les selles, fouets, cravaches. Tout cela, bien entendu, s'éclaire le soir au gaz, qui fait étinceler les cuivres et les aciers.
Au milieu, un rarissime traîneau Louis XV, en bois sculpté, avec des ors de couleur qui représentent un Triton soufflant dans sa conque. A la maison ce traîneau sert de jardinière, et c'est bien la jardinière la plus artistique du monde.
La sellerie de travail est en face ; elle se recommande particulièrement par son système de chauffage.
Les remises superposées communiquent ensemble par un ascenseur à voitures. Elles en contiennent environ soixante. Nous saluons le duc que la charmante comtesse Potocka conduit ellemême, attelé de ses poneys favoris, et la grande calèche de daumont à huit ressorts avec son attelage complet, — la perle de l'écurie ! — composé de sept chevaux noirs tous pareils, quatre pour la voiture, deux pour les hommes do suite, un pour le piqueur.
Une particularité de Tinstallation, c'est que le comte a une clef microscopique qui lui sert à ouvrir toutes les portes de son palais et aussi de ses écuries; lui seul a cette clef magique. Cependant pour pénétrer dans chaque partie, les gens de la maison ont besoin d'une clef spéciale.
Une cinquantaine d'hommes sont attachés aux écuries du comte Potocki. Le premier piqueur, Kerjégu, a son appartement, qu'il habite en famille. Ses subordonnés sont répartis dans deux dortoirs. Une cuisinière spéciale est affectée à leur nourriture.
D'un bout à l'autre, les écuries, selleries, remises du comte Nicolas Potocki sont le dernier mot de l'installation hippique, en l'an de grâce 1882.
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Si les grandes réceptions sont exclues du i budget de la comtesse Potocka, elle s'en d^doin- 1 mage par les déjeuners très élégants qui transforment chaque dimanche le palais Potocki en un i hôlel de Rambouillet dont la Julie est la plus gi-ft- ^ cieuse des amphitryonnes.
Car la comtesse Potocka n'est pas seulement unu jolie femme, l'une de ces frivoles dont les chiffons et les joyaux emplissent la vie tout \ entière. Pour aimer les belles choses et se parer & i merveille, elle n'en goiite pas moins le bel esprîl^ indiciblement attirée par tout ce qui tient A. l'art, à J l'intelligence, a toutes les supériorités des lettres'] nu du talent. Artiste elle-même d'instinct et d'ôdu- ] cation, elle est douée d'une très belle voix, et c'e une pianiste hors de pair. Avec cela des goûtai littéraires très déHcats qui en ont fait une admira- ■ iricô de Caro et une habituée de l'Académie, dont la gravité un peu vieillotte n'effraye nullement cette jolie femme.
Ce sont ces goûts également qui ont déteraiiné le choix de son intimité, dont les éléments appartiennent plus encore au monde des lettres qu'au livre d'or héraldique. Aussi semble-t-il étonnant à nombre de gens incapables de la comprendre que cette aristocrate, dont l'amie la dIus intime est ta duchesse de Luynes, reçoive à sa table, à coté de son philosophe préféré. Guy de Mao-
passant , son a romancier » de prédilection ; Bérault, son peintre désormais attitré; Coquelin, — dont le laisser aller spirituel la divertit pardessus tout, — et nombre d'artistes, de financiers, de riches industriels, gens de petite naissance, mais de goût parfait et de savoir réel.
Aussi, de toutes les villégiatures châtelaines, celle que préfère la comtesse Potocka est la belle propriété de M"* Singé, où elle retrouve Octave Feuillet, Ratisbonne, Fould, Caro,. et toute la coterie extralittéraire.
La comtesse Potocka est Tune des plus grandes charmeuses de ce Paris si fécond, où rayonnent toutes les jolies femmes de Tunivers. Un peu bizarre, par exemple, sa beauté de sphinx laisse une étrange impression d'énigme inexpliquée. Tour à tour grave ou gaie, enfantine ou sérieuse, d'une extrême familiarité, puis sans savoir pourquoi subitement hautaine; naïve quelquefois, rieuse tout d'un coup, elle se transforme brusquement. Un nuage passe dans le pli de son front, et la pensée se dérobe à l'instant où l'on croyait la saisir.
Un dernier détail qui la caractérise : sur son guéridon, à côté du fauteuil familier, est un knou au manche d'argent niellé, un bijou magnifique qui deviendrait terrible, si sa main déhcate en faisait une arme défensive. Elle veut, dit-elle, l'avoir
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toujours à sa portée pour corrigor l'audacieux qui oserait se révolter contre la loi souveraine de son caprice. Elle n'en a pas rencontré jusqu'ici, et je crois bien que le knout dormira d'un sommeil éternel, car la cour de la comtesse ne contient que des esclaves.
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