LA PRINCESSE DE SAGAN
Ton voit chaque saison s'élever tour à tour de délicieuses habitations à l'anglaise, une véritable colonie en plein Paris. La première, la marquise de GalliflFet a pris possession d'un charmant pavillon au bout du parc. Ruinée par les folies de son père, la marquise a immédiatement trouvé acceuil et foyer chez la princesse, qui est bien la plus fidèle et la plus dévouée des amies, et qui s'est montrée pour elle la plus tendre des soeurs. D'ailleurs, pour resserrer les liens qui les unissaient toutes deux par un mariage de famille, c'est M"' de Sagan qui a inspiré à son frère cadet, le baron Franck Seillèrc, la pensée d'épouser M"® de Galliffet. Ce ménage s'est installé à son tour dans le giron de la toute gracieuse princesse. Puis la duchesse de Gramont, la duchesse de Mouchy, etc.
Donc, entourée de tout ce qu'elle aime et de tout ce qui l'adore, la princesse do Sagan se partage tour à tour entre la vie du monde et la vie de famille, opposant le calme du foyer au fracas des fêtes. Chaque dimanche, un dîner réunit à sa table tous ses parents. Les amis s'égrènent le long de la semaine.
A Mello, durant ses séjours d'automne, elle partage avec la jeune châtelaine le gouvernement de la maison et le droit d'hospitalité, sachant à propos mettre son grain de faste à l'existence
SRANDES DAMËfl O AUJOURD B
patriarcale adoptée volontairement par le. jeune ménage.
C'est ainsi que la princesse de Sagan, partout chérie et partout fêtée, marche triomphante sur les roses que sème la vie sous ses pieds de déesse. Elle est l'unique, l'enviée, l'adulée et l'adorée, et, à elle seule, elle est la personni fi nation de l'aristocralie moderne : elle est la Princesse.
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LA. DUCHESSE D'UZRS
La duchesse d'Uzès, fille du duo de Morlemart el de M"' de Clievigné, tient à la plus haute aristocratie. L'immense fortune qu'elle a jointe â celle des Crussol lui vient de sa grand'mére maternelle, M^Chcquot. Ceci est le seul coin de roture anté sur cette maison illustre. Mais l'honorabilité des Clicquot ne saurait faire tache à ce blason immaculé.
Quant aux d'Uzés, ce sont les premiers ducs de France, et il semble que leur passé soit écrit en
60 GRANDIS D.iltES D*AUJOURD*HUI
lambeaux de pierre sur les murs démantelés de cet antique manoir de Crussol qu'on aperçoit debout encore sur les lointaines hauteurs de TArdéche, lorsqu'on traverse en chemin de fer le bas Dauphiné.
Toute l'histoire de la province, les luttes sanglantes entre catholiques et calvinistes : les hauts faits de Lesdiguiéres, de François de Labaume- Suze, des Adhémar et du baron des Adrets montent au souvenir à l'aspect du vieux castel que^ comme celui de Grignan, la Révolution a jeté bas. Il y a une poignante majesté dans la sauvagerie de ces pans déchiquetés de murailles séculaires, en haut des collines arides. C'est saisissant, et, dans le vol rapide de l'horizon qui fuit, le voyageur recueille une bouffée de cette poésie austère qu'exhalent certaines ruines grandioses. Le lierre grimpe sur les pierres trouées des arceaux brisés. Aux confins du ciel, le soleil rougeoie, mettant un fond sanglant à ce spectre de grandeur. Cela s'élève et cela se brise. C'est le passé, avec ses gloires éblouissantes et l'ombre de ses chutes. C'est le fantôme de ce qui fut, éteignant à l'horizon ses grands bras noirs, assourdissant dans l'écho son cri d'agonie que siffle la bise et que mugit le Rhône dans l'implacable impétuosité de ses flots qui battent la rive.
On a blâmé beaucoup les Crussol de n'avoir point relevé ces ruines : les ducs d'Uzès, avec leur