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LA COMTESSE DE POURTALËS

La comtesse de Pourtalès, dont le superbe été rayonne sur la société parisienne, — continuant le radieux printemps qui fut l'éclat le plus gracieux de ce Décaméron célèbre, la gloire de la cour impériale, — est le type accompli de l'élégance comme de la beauté : — « L'élégance faite femme, » disent ses amis , — avec sa taille svelte, élancée, modelée à souhait, ses épaules marmoréennes, sa démarche de reine et de nymphe, son fin visage, dont les traits délicats et lo regard bleu

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transparaissent sous ce voile de « lys et de roses », qui était, au xviir siècle, le teint des jolies femmes.

Des cheveux blonds, d'un bel or cendré, forment le diadème de ce visage charmant dont Tovale pur s'éclaire au reflet des beaux yeux : et c'est la plus belle couronne qui pût être posée sur cette tête fine de patricienne, Tune des plus adorables physionomies qui soient écloses en la seconde moitié de ce siècle.

Intelligente avec cela, et ayant employé toute la seconde moitié de sa jeunessç à démentir le sobriquet de « Dindonnettc », véritable antiphrase appliquée, durant la première, à cette jolie femme, par le cercle do rieurs qui devait plus tard former cette très célèbre et très docte confrérie des € Loutons et des Loutones », dont M"' de Pourtalès fut Tune des plus éminentes adeptes : souveraine eu cette fantaisie, aujourd'hui oubliée, et pourtant si caractéristique, comme elle le fut partout où elle apparut, partout où, pareille à une pourpre royale, la traîne onduleuse de sa robe emperlée passa ainsi que la fuyante vision de la grâce et de la beauté.

La comtesse de Pourtalès est dépourvue peutêtre de ce brio à fracas, de cet esprit vif et fringant de répartie qui fait les renommées d'une heure, Et c'est pour cela que quelques superficiels, inca-

pables de la comprendre, la méconnurent. Mais d'une intelligence sérieuse, d'un jugement sûr^ d'un tact parfait. Toujours le mot juste et toujours l'à-propos sur les lèvres comme en sa conduite. Menant sa barque avec la sûreté d'un pilote, et la conduisant au port mollement bercée, sans cahot et sans orage, avec cette sérénité rare qui fait les destinées heureuses.

Mondaine par-dessus tout, nulle mieux qu'elle ne connaît la société, ses préjugés, ses mensonges, ses partis pris et ses réticences. Aussi .se dirige-t-elle , au milieu des coteries diverses, avec une sagacité et une prudence incomparables : — « Elle possède le génie de la maîtresse de maison, > — disait naguère Tun de ses amis. Et c'est vrai.

Panachant sa société avec un art suprême, elle sait en effet complaire à tous, mêler les gens et les milieux pour obtenir un ensemble intéressant et gai, un salon où l'on s'amuse, sans rien perdre des traditions ni de la tenue parfaite, sans cosmopolitisme froissant, sans éclectisme outrecuidant ou choquant ; cela sans exagération d'aucune sorte, évitant par-dessus tout l'abus de ces mélanges exotiques d'un goût douteux, qui comportent en leur amalgame malsain le germe de mort pour toute maison qui s'en laisse envahir.

Dès son entrée dans le monde. M""*" de Pourtalès

posséda cet instinct du savoir-faire. En plein apogée napoléonien, c'est-à-dire à cette époque psychologique où Tempire, battant son plein, n'avait pas d'ennemi plus implacable que ce Faubourg, dernier débris du royalisme, où le bon ton était la bouderie, où il semblait de toute correction de traiter à coups de goupillon tout transfuge passé à la cour nouvelle, — elle eut cette adresse suprême d'allier l'un et l'autre : à la fois Tune des femmes les plus aimées de 1' « entourage » , l'une de celles que l'empereur montrait avec le plus d'orgueil aux souverains étrangers, lors des fêtes d'apparat qui réunissaient aux Tuileries l'élite de l'élégance et de la beauté, en la personne des plus jolies femmes de Paris, — et gardant dans l'aristocratie, à laquelle elle empruntait la crème de son intimité, la place exceptionnelle à laquelle la désignaient son rang, ses alliances, ses sympathies, ses amitiés, ses relations et ses attenances. Il semble môme qu'elle mît à ce tour de force une sorte de coquetterie. Et c'est sans ^, doute i)oussée par ce goût de bravade commun à

toutes les jolies femmes que, durant ses séjours à Compiégne, elle se plaisait à recevoir dans ses appartements particuliers des femmes qui n'eussent jamais mis le pied dans les salons impériaux.

Il est vrai qu'elles pénétraient dans ceux de la

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comtesse par les petits escaliers. L'empereur n'ignorait rien , l'impératrice enrageait. Mais les apparences étaient sauves, et il fallait bien pardonner à la belle émancipée que ohacun se plaisait à revendiquer pour sienne.

La comtesse de Pourtalés est née Mélanie de Bussières. Elle appartient â une vieille famille de Lorraine. Sou frère, le comte de Bussières, ne s'est jamais marié. Une étroite intimité le lie à la belle comtesse, dont il fut touJoursTami le meilleur et le guide le plus sûr. Le comte de Pourtalés, descendant d'une vieille famille du canton de Neufchâtel tient son titre du grand Frédéric, qui le donna à l'un de ses aïeux.

Comment le comte de Pourtalés assez indifférent en matière de drapeau, — le sien étant celui de l'Helvélie, — amena-t-il sa jeune femme A faire cette demi-infidélité au » Faubourg », où sa place se trouvait toute marquée, pour passer à ce camp impérial si brillant, et pourtant si discrédité auprès de tout ce qui se piquait de quelque aristocratismeî Sans doute ce qui brille attire les jolies femmes, et, le premier pas franchi, tant de lilets dorés entourèrent celle-ci, elle fut si bien fêtée, encensée, engeôlée, adulée, qu'elle ne put échapper à ces rôts charmants.

Quoi qu'il en soit, ce fut M"' la princesse de Mettemich qui, — prise d'une sympathie très grande

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pour cette jeune femme, sa vivante antithèse, — aussi prudente qu'elle était hardie, aussi convaincue de sa beauté qu'elle-même était sans prétentions, — fut pour ainsi dire sa marraine. Elle « l'inventa » ; elle en fit la beauté du jour; elle Teût imposée à tous les récalcitrants, — si son charme personnel ne s'était chargé de les conquérir.

C'est à cette amitié sûre que la comtesse de Pourtalès dut ses premiers succès. C'est à ce t marrainage » peut-ôtre qu'elle emprunta sa personnalité. Tout cela, elle l'aurait acquis sans doute toute seule, mais avec du temps et de la patience. La jeune ambassadrice lui épargna l'un et l'autre en lui tendant dès l'abord sa main mignonne et loyale. L'idée ne lui vint pas qu'elle put en être jalouse. De semblables petitesses n'entraient pas en son âme droite et fière. Ce sont des sentiments qu'elle ne connut jamais et dont elle n'imagina même pas l'existence. Elle n'eut d'ailleurs point affaire à une ingrate : l'amitié de ces deux femmes a survécu à l'empire , à ses grandeurs et aux années printanières ! Toutes deux étroitement liées, — Tune l'incarnation do l'immortelle beauté, l'autre du charme et de l'intelligence, jeunes toutes deux d'une jeunesse qui semble devoir s'éterniser, à jamais fixée sur leur front charmant, — ce sont vraiment les deux amies dans le

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