Z9Ü CHAPITRE VI
Parmi les divers expédients linanciers du temps qui avaient pour but de pourvoir ^lux besoins extraordinaires, il faut citer : la loterie, les engagements du domaine, la Banque établie à Lj'on en 1543 et qui prenait de l’argent à 8, à 10, à 13 et même jusqu’à 20 0/0 par un mécanisme analogue aux émissions de Bons du Trésor.
A partir de 1543 les constitutions do rentes perpétuelles, sur le moflèle des Monti italiens, grevèrent lourdement les budgets annuels et commencèrent à créer cette classe des rentiers qui, comme le remarquèrent dès lors quelques hommes perspicaces, vit sur le produit du travail de tous, sans travailler elle-même, et trop souvent alors que les capitaux qu’elle a fournis ont été détruits sans retour et par conséquent ne concourrentplus à l’œuvre actuelle de la production.
Mais la vénalité et la multiplication excessive des charges furent la grande plaie de ce temps. Un préjugé fondé sur l’ignorance des saines notions économiques, faisait considédérer cet expédient comme préférable à une augmentation d’impôts. Le bon Claude de Seyssel dit naïvement que la France est le pays où il y a le plus d’offices de justice et de finance, ce qui permet à de nomlircuses familles de vivre honorablement et tranquillement de leurs produits.
La bourgeoisie, avec le remarquable esprit de perpétuité de la famille et de transmission intégrale du patrimoine qui régnait chez elle, avait saisi d’instinct le parti qu’elle pouvait tirer de cette création d’une nouvelle espèce de propriétés. Il faut tenir compte de cet état d’esprit d’une partie du public, pour ne pas condamner trop sévèrement Henri IV', qui rendit définitive, en 1604, la vénalité des offices, en y ajoutant l’hérédité. L’hérédité, voil.'i pi'écisément ce que tant de gens souhaitaient pour asseoir définitivement leur famille dans la hiérarchie sociale 1 .Mais les contribua-bles, le peuple, la grande masse anonyme, étaient sacrifiés par un pareil système. Il ne faut donc }>as s’étonner des plaintes très .vives qu’il souleva dès son apparition.
Malgré ces plaintes et ces dénonciations parfois violentes des abus, quand on lit les publicistes du xvie siècle, on est frappé de leur attachement aux institutions nationales. Depuis Claude de Seyssel, sous Louis .\1I, jusqu’à Bodin, sous Henri III, (h.qiuis Moulaigne jusipi’au jilus obscur historien municipal, tous célèbrent ;i l'envi la constitution natimiale
LA CRISE DU XVI® SIÈCLE
de la France, et la proclament la plus parfaite qui ait jamais existé.