‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 103 sur 161 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ral est atteint, lorsque les hommes ne veulent pas accepter les inégalités de richesse, et les principes de stabilité sur lesquels repose la société politique et civile.

Le protestantisme, en ébranlant ces principes et en suscitant dans l’Europe entière des guerres aussi dévastatrices que prolongées, a aggravé toutes les difficultés économiques particulières à ces temps ; il a empêché leur solulion pacifique et préparé enfin le triomphe général de l’absolutisme.

Quelles sont donc les causes du protestantisme ? N’allons pas les chercher, comme le font ceiiains socialistes allemands, dans la transformation des rapports économiques du moyen âge. C’est méconnaître les responsabilités qui pèsent sur certains princes et sur les hautes classes de la société européenne. Ces causes sont essentiellement religieuses et morales.

Au quinzième siècle, les mœurs domestiques étaient profondément altérées. Née en Italie, la corruption de la famille avait atteint la France, l’Allemagne et l’Angleterre ; on en trouve la preuve à la fois dans la rapide propagation de la siphylis, et dans le caractère licencieux de la littérature.

La raison s’affaiblit aussi, témoin l’importance que prennent au quinzième siècle la pratique des arts occultes et l’astrologie. Les protestants s’acharnent à la chasse aux sorciers et se livrent en même temps a l’astrologie ; jusqu a ce que deux jésuites viennent, par leurs sages écrits, rétablir les règles du bon sens sur ces matières.

La persistance des anciennes hérésies, sociales autant que religieuses, de Wiclef en Angleterre et de Jean lluss en iîohênieet en Allemagne, explique comment la prédication des novateurs religieux rencontra tantd’adhérents dans ces pays, ainsi que les’conséquences extrêmes qui en furent si promptement tirées par les paysans de Souabe elles anabaptistes de

Westphalie.

Mais VHumnnisme, la nouvelle hérésie des lettrés, prépara surtout les esprits à se jeter dans les voies du rationalisme. L’humanisme a, pour caractère extérieur, le culte et l’admiration exclusive des œuvres de l’anticpiité. Sans doute les chefs-d’œuvre littéraires et artistiques de la Grèce et de Rome devront toujours tenir une grande place dans la formation intellectuelle. Depuis saint Jérôme et saint Augustin jusqu’à ces moines qui passaient leur vie à copier les manuscrits des auteurs anciens, et aux Frères de lo, vie conwiune

LA ClUSE DC XV1« SIÈCLE

qui, au quinzième siècle, en .Allemagne et dans les Pays- Bas, se consacraient à l’enseignement des humanités, l’Eglise a toujours compris admirablement l’utilité de l’étude des chefs-d’œuvre de l’antiquité et elle peut revendiquépour sa devise le beau vers d’André Chénier :

Sur (les pensers nouveaux faisons des vers antiques

L’humanisme dépassait cette sage mesure ; sa thèse était que les pensées, les institutions, les hommes de l’antiquité étaient absolument supérieurs à ceux des Ages chrétiens, et qu’on y trouvait le type d’une perfection absolue.

De là, le mépris de toutes les institutions politiques et sociales traditionnelles, de là, l’admiration sans réserve de l’histoire, toute de convention, des répuldiques grecque et romaine. Le Discours sur la servitude volontaire de la Boétie est un exemple de l’aliénation mentale où tombèrent certains esprits livrés à cette étude exclusive.

Si ces théories anarchistes étaient irréalisables, l’opinion publique n’en était pas moins préparée à accepter l’absolutisme de l’Etat. Sous l’influence des humanistes, l’idée de la légitimité du droit disparaît complètement en Italie au quinzième siècle. On n’admire plus que le succès dù à la forceouà la ruse, l’habileté des heureux ou la hardiesse

des conspirateurs qui réussissent. Le Prince, de Machiavel, est le produit naturel de ce travail des esprits.

Ce sont les humanistes qui inspirent la suppression des Mijstèresde la passion, représentés par les confréries populaires et qui faisaient la joie du peuple, en Italie et en France, comme en .Allemagne et en .Angleterre. En France, un arrêt du Parlement, de 1548, les interdit, alors qu’ils étaient en pleine faveur et produisaient encore des œuvres dramatiques de liante valeur. Ce fut un coup indirect mais très profond, porté aux croyances populaires et aux mœurs chrétiennes. .

Dans les œuvres de la plupart des humanistes, l’homme seul, considéré objectivement dans ses perfections physiques et ses aptitudes intellectuelles, ou dans le rôle qu’il joue sur le théâtre du monde, apparaît comme le grand objet de l’intérêt. De Dieu, de la vie future, de la lutte religieuse intérieure, il n’est plus question. C’est .M, Dersot lui-même qui le dit

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