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CHAPITRE VI

trine avait propagé sa secte en Allemagne et en Angleterre. Mais au seizième siècle elle avait perdu tout crédit. La responsabilité de rintrodiiction du protestantisme en Angleterre pèse uniquement sur Henri VI II et sa cour.

Ce Lit plutôt un accident que le résultat d’un plan préconçu. Aveuglé par sa luxure et sa cupidité, Henri VIH a été entraîné plus loin qu’il ne pensait. Au début, il ne cherchait qu’à intimider le Cape pour obtenir la dissolution de son mariage.

En 1334, les capucins eurent l’honneur d’être ses premières victimes et furent expulsés pour avoir refusé de reconnaître sa suprématie ecclésiastique qu’un parlement servile venait de proclamer. L’année suivante, le chancelier Thomas More et l’évèque Fisher payaient de leur tète leur lidélité à l’unité catholique. Dès lors, la terreur régna sur tout le pays, comme le constate Erasme dans une de ses lettres, et les confiscations se succédèrent sans interruption : on 1536, 380 petits monastères sont supprimés ; en 1340, ce sont les grandes abbayes : en 1347, le roi confisque les teri-es et les biens meubles (le tous les collèges, de toutes les chapelleries et chanteries, c’est-à-dire des fondations à charge iVohit, de toutes les confréries ou guildes ayant un caractère religieux. *

Quelques corporations de métier avaient survécu, grâce à certaine ambiguïté dans les termes de la loi : elles furent frappées dans la première année d’l,douard VI. Les riches Hverij companics de Londres purent seules échapper, en payant d'énormes compositions, à cette confiscation du patrimoine collectif des classes ouvrières. .Mais les corporations de métier, privées de leui' • biens et de leurs confréries, furent dès lors frappées de mort dans la plupart des villes.cc C’est une « pure spoliation accomplie par une faction sans scrupules « [)our satisfaire sa cupidité sous le couvert de la loi, s’écrie « avec indignation M. Toulmin Smith, le savant éditeur de « leurs statuts. Il n’y a jamais eu dans toute l’Europe de « plus colossale opération de vol. C’est la page la plus som- « brede l’histoire de l’Angleterre. »

11 se créa par là dans le pays, un intérêt protestant puissant, celui des acquéreurs de biens d’Eglise. Ils n’eurent de repos que quand Edouard VT eut intronisé le protestantisme. En vain, sous le règne réparateur de .Marie, le Cape Paul IV, amnistiant le passé, confirma-t-il toutes les

LA CRISE DU XVI« SIÈCLE

ventes et donations ecclésiastiques faites par les rois {irécédents, les acquéreurs ne se crurent en sûreté que quand ils eurent écarté définitivement Marie Stuart de la succession, et fait monter sur le tn'me Elisabeth, la tille d’Anne IJoleyn, que le vice de sa naissance rendait solidaire de leurs intérêts.

Les acquéreurs de biens monastiques jouent dans l’histoire d’Angleterre le même rijle que les acquéreurs de biens nationaux en France pendant les cinquante ans qui ont suivi 1789. Comme l’Assemblée nationale>n 1790, Henry VTll promettait au Parlement, en lui demandant d’année en année de nouvelles confiscations, de ne plus établir de nouveaux impôts, et d’éteindre le paupérisme en alfectant au secours des pauvres les biens enlevés aux monastères et aux guildes. Le résultat fut le même : une épouvantable misère du peuple et une banqueroute, (pii n’a été surpassée en calamité que par les émissions d’assigna ts de laTlépublique. Le tiers des terres et des richesses mobilières du pays fut ainsi confisqué dans l’espace de quinze ans et livré à de nouveaux propriétaires qui le reçurent en don du roi comme récompense de leur servile adhésion ou l’achetèrent à vil prix.

Les écrivains les plus compétents, comme Cunningham, de l’Université de Cambridge, et Thorold llogers, d’Oxford, l’établissent : cette redistribution du tiers de la propriété foncière poussa, jusqu’à l’état d’une crise agricole et sociale aiguë, le malaise causé ]»ar la substitution de l’élevage du bétail à la culture des céréali's. Les abbés et prieurs des monastères respectaient généralement l’ancienne organisation rurale et surtout les ilroits acquis des tenanciers, tandis que les nouveaux propi-iétaires, comme nous l’apiirend lasupp/icalion des pauvî'es commit nés écrite en 1346, prétendaient être dispensés de supporter les liaux et les tenu res a long terme concédés précédemment, et se livraient à des évictions en masse, poiii’ étendre leui’s pâturages. On peut citer à cet égard un document absolument topi(]ue ; c’est un rapport des commissions cliargées de procéder ;i la dissolution des monastères et demandant une exception en faveur des Hénédictines de Pallesworth, dans le comté de Warwick, « parce que, disent-ils, l’abbaye fait vivre 44 tenanciers autour d’elle et que, si on la supprime, il ne restei'a plus que six ou sept masures misérables » 7

L’usure dévorait les campagnes depuis que les nouvelles doctrines régnaient. Les écoles paroissiales jadis remplies

CEIAPITHE Vr

(réièves étaient désertes, à cause du mépris où étaient tombés les ministres de l’Eglise schismatique, et puis à cause delà misère des j)opulations rurales.il fallait que les enfants travaillassent pour payer les fermages élevés dus à leurs nouveaux maîtres, au lieu d’aller à l’école comme le disent, en propres termes, les documents du tem})s.

Les populations rurales se rendaient parfaitement compte de la cause de leurs maux. Des insurrections successives, qui éclatèrent de 1536 à 1531), dans toutes les parties de l’Angleterre, témoignèrent de l’attachement du peuple à la foi catholique : partout à leurs revendications économiques, les insurgés joignaient la demande du retour à l’ancienne Eglise et le rétahlissement des ahhayes.

11 est impossible de s’arrêter sur la première banqueroute d’Ilenry VIH en 15i2l), et sur les altérations des monnaies auxquelles ce roi et son successeur se livrèrent, de 1543 à 1556. Retenons seulement que la monnaie, qui contenait primitivement 11.!^ parties de métal pur, pour 0,18 d’alliage, tomba à 3 parties de lin sur 1:2, et que le poids en fut réduit de moitié. Les prix de toutes choses quadruplèrent en quelques années ; les ouvriers en furent surtout les victimes, })arce qu’ils avaient moins de moyens de se défendre que les grands commerçants. Elisabeth, en 1560, rétablit une monnaie de bon aloi, tout en s’arrangeant j»our gagner encore à cette nouvelle iqiération. 'l’outefois elle eut le mérite de ne plus toucher a la monnaie, et comme en pareille matière la stabilité c'st la chose ta plus importante, le cours des affaires put reprendre.

Les gens du peuple, au moyen Age, allaient et venaient à travers le pays beaucoup plus qu’ils ne l’ont fait dans les siècles suivants. De là une certaine extension du vagabondage, dont on se plaignait même avant le protestantisme. Le mal restait cependant limité à cause de l’organisation admirable de la charité. La paroisse, les guildes d’artisans et les confréries charitables dans les villes, enfin les abbayes répamlues jusipie dans les plus pauvres campagnes, assuraient un secours efticace îi toutes les misères. Les abbayes surtout, ]»ar leur large bosi)italité, empêchèrent le vagabondage de devenir dangereux pour la |)aix publique. Après leur dissolution il n’en fut ‘plus ainsi. En même temps la rapiile substitution des pâturages aux chaumières des laboureurs, et rintenni^jlion de toutes les aumônes dans la vie de

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