‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 113 sur 161 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De là, mie hausse des prix qui était surtout sensible en Italie et dans rAllemagne du Sud. Aous nous séparons nettement sur ce point de .M. Jansscn, l’illustre historien de la Uenaissance en Allemagne. Cet historien a eu tort de regarder, comme exprimant la réalité des faits, les pamphlets contemporains qui attrihuaicnl cette hausse des prix aux monopoles et aux grandes sociétés de commerce de Nuremberg, d’Ulm, de llatisbonne.

En France, les témoignages très précis de Claude de Seyssel et de Dumoulin établissent que, dès le règne de Louis XII, les prix s’élevaient sensiblement, mais cette hausse se produisait surtout dans le grand commerce international et dans les hôtelleries; les salaires et les prix du détail restaient lixés jiar la coutume ; du reste, l’échange ou troc en nature et les fermages acipiittésen denrées, étaient encore généralcmenten usage. Les grands propriétaires avcclcurs très nombreux domestiques vivaient des produits de leurs terres, comme les paysans propriétaires le font encore de nos jours. C’est ce ([ui explique comment, à cette époque, ils ne songeaient pas à se plaindre des prix extrêmement bas auxquels les céréales tombaient dans les années d’abondance, sauf à s’élever au quintuple quand la récolte était insuffisante.

Une grande jiartiede l’or et de l’argent provenant de ces divers centres de production ou recueillis dans les Antilles, dans le premier tiers du siècle, est absorbée [lar l’orfèvrerie, qui produit alors des œuvres dont on peut dire que l’art a autant sinon plus de valeur que la matière. iMais, quand les mines du Mexique furent exjiloitécs, à jiartir de 153-i, la proportion qui entre dans le monnayage s’accroît et les prix s’élèvent brusquement. Après l’ouverture des mines du l’otosi, en loio, et la découverte du traitement des mineraisd’argent par le mercure, l’afilux des métaux précieux s’accentue d’année en année avec une rapidité redoutable. M. Soetbeer évalue h 311,(100 kilog. d’argent, et <à S, .'110 kilog. d’or la pi'oduction moyenne annuelle de toutes les mines du monde, de 1345 à 1500 ; à 299.500 kilog. d’argent et à 0,840 kilog. d’or leur production de 1501 à 1580 ;à 418, 900 kilog d’argent et 7,380 kilog. d’or, la production de la période qui va de 1581 à 1080.

(Juand on étudie l’effet de ces masses énormes de métaux précieux sur un marché déjà pourvu par la production du demi-siècle précédent, on voit la hausse des prix s’accélérer

LA CRISE DU XVU SIÈCLE

en France et en Angleterre, à partir de 1500. Mais on constate aussi qu’elle atteint son niveau normal dans toute l’Europe vers 1580-1583.

A partir de ce moment, quoique la production des mines américaines ne cesse pas et s’élève même, les excédents ajoutés au, stock monétaire sont absorbés par le développement croissant des entreprises industrielles et des échanges eommerciaux, surtout par la substitution très rapide des paiements en argent aux paiements en nature, dans les rapports ruraux. La dépréciation des métaux précieux sera désormais fort lente, jusqu’à la découverte des placers aurifères de la Californie et de l’Australie.

Si en France les prixeontinuent à hausser après 1585, ilen faut accuser l’arrêt de la production agricole occasionné par les guerres civiles qui désolent notre pays ; c’est une cause de cherté qui vient s’ajouter à l’effet <le la dépréciation de l’argent.

Les convulsions sociales déchaînées par le protestantisme sur l’Europe, ont donc aggravé la crise monétaire : l» par l’arrêt dans la production et la diminution de population qu’elles ont causés ; 2** par l’obstacle qu’elles ont apporté, pendant un demi-siècle, au développement des nouvelles entreprises manufacturières et commerciales ; 3*^ enfin, dans une certaine mesure, par la suppresion de l’emploi industriel que l’orfèvrerie religieuse offrait aux métaux surabondants, et parla fonte de tant de vases sacrés et d’objets d’art. Dès le règne réparateur d 'Henri IV, une baisse bienfaisante se produit sui‘ les prix en France et les ramène au niveau qu’ils avaient quinze ans auparavant.

L’or et l’argent qui arrivaient d’Amérique en Fspagne n’y restaient guère et ce pays fut précisément appauvri par l’excès lie ces richesses si convoitées. Les prix y haussèrent plus tôt et beaucoup plus que dans le reste de l’Europe ; ce fut la mort de toutes les industries du pays. Les salaires y étant le triple de ce qu’ils étaient en France, en 1568, l’Espagne était envahie par une immigration considérable de manouvriers limousins et auvergnats. Elle devait demander à la France une notable partie de sa subsistance et presque tous ses produits manufacturiers. Aussi ses piastres et , ses quadruples affluaient chez nous. La France était alors le premier pays manufacturiei’ de l’Europe ; au lieu d’être envahie [lar les lielges, les Allemands, les Suisses, les Catalans, les Diémoii-

âi4

Page 1