‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 117 sur 161 · ALTÉR.VTION DE LA CONDITION DES OUVRIERS AU XVI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

ALTÉR.VTION DE LA CONDITION DES OUVRIERS AU XVI® SIÈCLE

La prospérité, le bien-être de l’ouvrier ne dépendent pas précisément de l’élévation du chittre de son salaire, mais du rapport entre ce cbitl're et les objets de première nécessité.

Par une rare bonne fortune que pourra lui envier plus d’un collectionneur, un de nos amis a trouvé un exemplaire unique, peut-être, d’une plaquette qui reproduit, d’après plusieurs « cocheri et anciens comptes '), le prix comparatif de la journée d’ouvrier, du blé, de la viande, du beurre, du vin, etc., par période il’envii’on vingt-cinq ans, à partir de 1377 jusqu’en lb3ü. Nous voyons dans ce curieux document qu’au début du quinzième siècle, la journée d’un maître ouvrier était de six sols et celle d’un manœuvre de ([uatre sols six deniers. (Le sol valait 24 deniers. ) A ta même date le blé valait huit sols le mencaud fcette mesure représentait un peu plus d’un demi-hectolitre). Un mouton valait quinze sols.

Le manœuvre pouvait donc, avec deux journées, acheter un demi-hectolitre de blé, et, avec moins de quatre journées, un mouton tout entier. La position du maître ouvrier était bien plus confortable encore.

Avec nos journées de 5 francs pour le mameuvre et de 10 francs pour le maître ma(;on, nos ouvriers sont donc bien loin de l’aisance de leurs ancêtres du quinzième siècle qui gagnaient, en deux jours, assez pour se payer un mouton, et le reste à l’avenant.

.Mais au xvi® sècle, il en futautrementen France et en Italie, comme en.\llemagne eten .\ngleterre. Les salaires en argent augmentèrent dans une proportion très inférieure à celle du

prix des subsistances, en sorte que l’ouvrier à la tin de la grande crise du seizième siècle ne pouvait acheter avec son gain journalier guère plus delà moitié de ce qu’il achetait un siècle auparavant. Un pareil résultat est dû à des causes très complexes, comme on va le voir.

Le quinzième siècle avait été dans toute l’Europe l’ûge d’or du travailleur. Presque partout il était arrivé à la liberté civile et il hénéficiait de la raréfaction de la main d’œuvre, qui avait suivi la grande peste de 1348. En France, ajirès la guerre de Cent ans, le travailleur rural était recherché comme manouvrier aussi bien que comme colon ; de là des salaires très élevés. Cependant, il ne faut rien exagérer ni croire que, même au quinzième siècle, la position matérielle des ouvriers fût de tous points supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Le travail était moins régulier à cause des guerres, des famines, des pestes qu’il ne l’est actuellement malgi-é les crises de surproduction. Le taux très bas à cette époque, ainsi que dans les siècles suivants, des gages payés aux domestiques contraste avec l’élévation des salaires; c’est un signe de l’irrégularité des emplois offerts au travail. (Jnoiqu’il en soit, les salaires commencent à diminuer un peu avant la découverte de l’Amérique: puis leur baisse s’accentue rapidement à chaque quart de siècle jusque vers lubO, où ils sont au plus bas. Un érudit distingué, M. Kobillard de Beaurepaire, attribue cette diminution à l’augmentation de la population : cette observation est vraie et se fortitie quand on remarque l’importance que l’on attachait sous les règnes de Louis XII et de François l®*" à développer le travail des femmes, comme le prouve un curieux document de 1329 publié par M. .\ntoinedu Bourg dans son remarquable travail sur les Corporations ouvrières de Toulouse. Mais les altérations des monnaies et la manière dont les métaux précieux sc distribuèrent dans les diverses classes de la société, iniluèrent bien plus directement sur la baisse des salaires.

A cette époque les salaires, les prix de faisons et beaucoup de prix de vente au détail, quoique inllucncés par la loi de l’offre et de la demande, étaient lixés par la coutume. Us ne se modifiaient que fort lentement ; ils ne variaient pas annuellement suivant la cherté ou le has prix des subsistances et ne présentaient pas les différences locales que l’on observe aujourd'hui. Or, quand la monnaie en cours était diminuée, de valeur intrinsèipie l’ouvrier, qui continuait à recevoir la

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