CHAPITRE VI
nétaires (jui conliimèrent les ravages exerces, particulièrement par les protestants, dans les Ini'ns d’Eglise, les usurpations d’une partie de ces biens par un grand nombre de seigneurs voisins, les aliénations si considérables dont il vient d’être parlé, achevèrent d’amoindrir, dans une proportion plus forte encore, le patrimoine du clergé.
La diminuation du pouvoir d’acquisition de l’argent atteignit tous les revenus ecclésiastiques autres que les dîmes. Une étude minutieuse sur le prix des messes basses et des obits, montre que le clergé inférieur subit, dans sa condition, des vicissitudes analogues à celles dont les travailleurs avaient été victimes. Ce fut aussi la cause de la misère aux dix-septième et dix-huitième siècles de tant de curés dont les revenus n’atteignaient même pas la portion congrue fixée d’abord à oOO livres, puis à 700, en 1670.
Le revenu net total du clergé, en IbfiO, d’après le témoignage de l’ambassadeur vénitien (’arrero, ne montait pas à plus de ïSmillions defrancs (valeur intrinsèque). En l-'iSl. d’après Eroumenteau,il n’était plus que de 57 millions 1-4(8,000 francs Il fut encore réduit, on l’a vu, dans les années suivantes.
Après Henri IV, il n’y eut plus de nouvelles aliénations de biens du clergé. Mais, sous Louis XIV, ils furent chargés de contributions si lourdes qu’ils ne purent pas augmenter considérablement. Aussi doit-on regarder comme sincères les ebitfres de 57,827,689 livres, relevés en 1755, et de 62 millions de livres en 1763, constatés par l’agence générale tlu clergé de France, déduction faite élranycr, c’est-
à-dire des provinces annexées depuis le seizième siècle.
Les augmentations de valeur que l’oii constataen 1790, proviennent beaucoup moins de l’inexactitude des déclarations de certains gros bénéti<ûers, que de la plus-value réelle qu’avaient éprouvée tous les revenus agricoles dans les dernières années de Louis XV et sous Louis XVI. Ainsi s’explique le chitfre total de 110 millions (y compris les provinces annexées) auquel l’a porté pour 1789 M. Claude Léouzon- Leduc, dans son t'^avail si rcmarqualde publié dans le Joia^iKil des Economistes. Il faut en elfet admettre avec Tocqueville et Lavergne, ([ue, dans cette dernière période de l’ancien régime, le progrès économique fut beaucoup plus rapide que dans les cent cimjuante années précédentes, c’està- dire depuis la moii d’Henri h' jus(|u’à la fin de la guerre de Sept ans.
LA CRISE DU XVl® SIÈCLE
Du reste, ce patrimoine du clergé, si sagement administré, et que nos anciens rois avaient su conserver, ofirait une réserve précieuse au pays. C’est avec ces ressources habilement ménagées que la France avait pu, sans périr, traverser la grande crise de la guerre de Cent ans, puis celle des guerres de religion. Au dix-septième et au dix-huitieme siècle, le crédit du clergé ébait bien supérieur a celui de l’Etat, et, comme sous Charles IX et Henri HI, le trésor public ébait heureux de pouvoir faire des emprunts par son intermédiaire et avec sa garantie.
Au moment de la Ré\"olution, fidèle a ses précédents patriotiques, le clergé otîrait de se charger des 1,200 millions de la dette publique. Mirabeau et les sectaires qui dominaient l’Assemblée nationale, éludèrent cette proposition, pour évoquer quelques mois après le spectre de ba banqueroute, afin de faire confisquer les biens du clergé. Ce fut le prélude de bien d’autres confiscations. Elles créèrent des intérêts révolutionnaires, solidaires de l’œuvre de destruction accomplie ; mais la fortune de la France y périt.