‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 13 sur 161 · V.ii · texte numérisé non relu

V.ii

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cette pratique en donnant au niitriforle droit de fixer l’état civil do Valwnvus (1).

L œuvre du rachat des captifs au milieu des invasions des Barbares sollicita surtout le zèle des riches chrétiens et amena des prodiges de dévouement et de générosité sans cesse renouvelés.

Mais l’Eglise organisa l’assistance des pauvres et par cette organisation elle lutta contre la misère avec une grande efficacité (2).

Les apôtres créèrent eux-mêmes l’ordre des diacres destiné plus spécialement à l’assistance temporelle et à côté d’eux ils instituèrent les diaconesses, veuves ou vierges, qui remplissaient toutes les fonctions des ordres contemporains voués à la vie active. L’évêque continuait à avoir la surveillance de ces nombreux services. Il ressort en effet de maints textes des actes des martyrs que la liste des pauvres secourus ou des confesseurs exilés était soigneusement tenue à jour (3).

Les ressources avec lesquels les Églises pourvoyaient à ces dépenses considérables étaient : 1» les oblations'faites pour le saint sacrifice ; 2<> les dons volontaires faits par les fidèles parmi lesquels il y avait des cotisations périodiques ; 3® enfin les revenus des biens qu’elles commençaient à posséder.

Ces cotisations périodiques, à l’instar de celles usitées dans les collefiia ienuiorum, n'étaient pas obligatoires et elles disparurent quand 1 Eglise eut des biens en certaine quantité. On le voit par un passage de saint Jean Chrysostôme : « A cause de votre dureté, dit-il, l’Eglise possède des maisons, des champs, des immeubles: .. Pourquoi n’est-ce plus comme au temps des ap(Hres? Parce que nos pères prévoyant votre cupidité, craignant que vous ne laissiez périr de faim les chœurs des vierges, des veuves, des orphe-

(1) C. Theodos. t. de Expositis, et concile de Vaisons en 442, canon 10, d’Arles en 4îJ2, canon 51.

(2) Sur forganisalion chrétienne de la charité v. Tollemer, Les Origines de la eliarité chrétienne (2e édit. Paris 1884). r . de Champagny, La Charüé chrétienne dans les premiers siècles de l'Eglise (Paris, 1856). Ratzinger, Geschichte der Kirchlichen Armenpflege édit. Freihurg in Rreisgau, 1884, in-8«).

(3j De Rossi, De Origine, historia, indicibus scrinii et BihUo thecœ sedis apostoliccc, Roma 1886, p. xxiietxxiv.

lins, ont été contraints de constituer un patrimoine aux Églises... Si chacun de vous donnait une obole, il n’y aurait plus de pauvres... »

« Savez-vous, dit-il ailleurs, combien l’église d’.Antioche, dont le revenu total représente réunis celui d’un riche et celui d’un homme de fortune moyenne, fait vivre quotidiennement de A’euves et de vierges? trois mille. Ajoutez les prisonniers qu’elle nourrit dans la prison, les malades qu’elle entretient dans l’hôpital, les pauvres valides, les étrangers, lesmutilés qui reçoivent d’elle des vivres, des vêtements sans épuiser ses ressources. Si dix hommes seulement voulaient faire ce qu’elle fait, il n’y aurait pas un seul pauvre » (1).

La charité des chrétiens ne se cantonnait pas dans ïe cercle étroit de chaque communauté. Les Eglises se secouraient les unes les autres (2) : les païens eux-mêmes étaient l’ohjet de la charité des fidèles. Par ce caractère volontaire et spontané la charité chrétienne aAait une étendue et une action qu’aucun système d’assistance publique n'aura jamais. Mais autant que possible chaque Eglise cherchait à se suffire à elle-même et à secourir ses pauvres, sauf dans les calamités exceptionnelles.

A l époque de saint Jean Chrjsosti'tme des établissements particuliers pour secourir les différentes sortes de souffrances s’étaient formés et se montraient au grand jour. Avant Constantin il put sans doute exister quelques maisons de secours dans les très grandes villes, mais ce n’est qu’à la fin du siècle qu’elles prirent une grande extension.

Julien (3) essaya vainement, avec les revenus des temples, d’organiser des hôpitaux païens pour enlever aux chrétiens je monopole d’une charité inconnue jusque-là (4).

(1) S. ,lean Chrysostôme. In Matth. hom. S5 3, 4 et 70

(2) Julien Epistol. 49, ad Arsacem pontif, et Sozomène, Jlist. Ecclesiastica v. 15.

^ (8) Au ne siècle, l’Eglise romaine secourt l’Eglise de Corinthe, V. lettre de Denys de Corinthe dans Eusèbe, Eik. Ecclésiast, iv. 23 ; au me, elle secourt l’Eglise de Gésarée et rachète ses canlifs. saint Ifasilc Epistol. 70.

(4) S. .lérome. Epistola 26 ("G édit. Migne), constate l’étonnement causé aux païens par les premiers hôpitaux des chrétiens. G est à tort qu’on a prétendu que les anciens avaient eu des hôpitaux près les temples d’Esculape. Les oixidia dont parle Pausauias,

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C'est eu Orient que s'élevèrent les premiers hôpitaux sous les noms de Xenodochia, Ptochia. On y donnait l’hospitalité aux voyageurs et l’on y recueillait les malades, les pauvres abandonnés, les orphelins. Saint Basile de Césarée émerveilla ses contemporains en fondant dans sa ville épiscopale un grand établissement charitable comprenant des services distincts pour les vieillards, les mendiants, les lépreux (1), Certaines maisons spéciales liii’ent fondées ensuite, comme l’indiquent les expressions de OrphanotropJiia, Xosocomia, Jirephotrophia, Geruntocornia. Cependant il est peu à croire que la spécialisation ait été rigoureusement observée dans ces temps comme elle le fut à partir diixii»^ siècle.

Ces nouvelles institutions se répandirent avec une grande rapidité dans le monde entier. A la lin du iv® siècle et au commencement du v% on eu trouve à Rome, à xMilan, en Sardaigne, en Afrique (2j. Il y en eut bientôt dans chaque ville épiscopale ; ce fut comme le développement normal de l’oflice des diacres et des diaconesses.

Les riches particuliers se faisaient une gloire de les fonder et de les doter. Plusieurs saintes contemporaines de saint Jérôme transformèrent leurs palais en asiles pour les vieillards (3) .

X la tête de chaque hôpital était un prêtre nommé par l’évêque, appelé dispensator, el assisté par des diaconesses (4).

D’après un document du vi® siècle de l’Eglise d’Orient, les citoyens de chaque cité choisissaient un des prêtres pour être l’administrateur général des pauvres, et il habitait dans

1. Il 27. 2, étaient des auberges. V. Ilatzinger, p. 139 et Ilaeser Geschichle chrislicher Krankcnpflege und Ptleaerschaflen, Berlin, 1837, p. 3 et siiiv.).

(1) Sozomen. Hist. Ecclésial, IV, 17, VI, 34. S. Basile. Epistol, 94, 17G. S. Gregor. Ayssen. In laudibus f raids BasilL

(2) S. Ambros. deofficiis, II, 15. S. Augustin, sermo 350, de vUa el morib. clericor. suor. 10, S. Gregor. Mag. Epistola. IV.

(3) Ratzinger, p. 141, qui renvoie ii S. Epiphan. Adv. Hœreseos. S. Jérome. Epist. 84, de vila Fabiolœ. Epist. 54 Ad Panima-

; Diicange Famil. Bysant. Conslanlimp. Christ mia,

Çi) Palladius, Vila S. Joami. Chrysosto^ni. S. Ghrysost. homiliaXVI in \»-ad Timoth. c. 1. Ratzinger, p. 143 et Code Theodos. Ç. de Episeopis ecclesüs el clericis, 1. 43.

le Xenodochium. A Constantinople il portait le titre d’Econome et avait un rang iiniiortant dans le clergé (1), mais cette organisation administrative varia suivant les temps et les Églises (2).

Bientôt, pour desservir ces hospices, il se créade véritables congrégations religieuses de laïques non mariés, de frères et de sœurs. Tels étaient les tîüO para/jolaii f ■dllachés au grand hôpital d’Alexandrie. (3).

Un des plus lourds devoirs imposés aux fidèles était l’hospitalité (4). Chaque chrétien était tenu de recevoir un ou deux voyageurs, et l’évêque, comme nous le voyons par la vie de Saint Augustin, recevait tous ceux qui frappaient à sa porte ; mais le voyageur devait présenter des lettres de recommandation de son évêque (5j.

C’était une sorte de passeport ecclésiastique. Cet usage explique comment les empereurs les plus pieux, à l’instigation même de saint Ambroise, purent prendre des mesures sévères contre les mendiants valides et les vagabonds (6). Le devoir de l’hospitalité facilita beaucoup le développement des pèlerinages, souvent fort lointains, et des foires qui se tinrent le jour anniversaire des martyrs. Il

(1) Canones arabicî concU Nicæn. 84. et C. Justin de episcopis I. 33.

(2) V. Ratzinger, op. cilat.

(3) C ïheodüs. de Episeopis et Clericis, 1. 42 et 4:3 (Theodose II en 416) et le commentaire de Godefroid. Les ministri dont il est question dans la 1. 17 Code Justinien de sacrosanctis Ecclesiis, sont vraisemblablement des frères servants. L’institution des Parabolani d’Alexandrie n’est pas un fait isolé. Dans la vie de •saint Masona, évêque de Merida,en Espagne, on voit des mimslri installés dans le Xenodochium et chargés de tous les soins médicaux et d’mlirmerie. Flores, Espana Sagrada (Madrid, 1736) t. XIII, p. 339.

(4) St Pierre, Epist. I. c. 4. Cf. Constitutiones apostolicœ, IL

(5) Pallad. Yita Chrysostomi. il. Posidonius, Vita Au-

gustini, 22, 22. Cf. pour Milan, mention d’un disnensator dans

I S. Ambros. etc 0/7ÎC iis 11, 13.

I .(•') V. Code Theodos. de mendicantis, loi de Gralien, Valenti-

nien Il et I beodose II en 382. D’a[)rès cette loi, spéciale à Rome d ailleurs, le dénonciateur du vagabond valide en acquiert la propiiété s il est de condition servile; sinon le vagabond est inscrit comme colon perpétuel. Cf. S. Ambros. de ofûciis il. 6. Basile Bomilia in psalin XlV,

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semble à lire les documents des iV’, v® et vi*’ siècles que les voyages, en dehors de ceux des fonctionnaires et des grands marchands, ôtaient beaucoup plus fréquents qu’à l’époque du haut empire. Par exemple à Noie, en Campanie, l’anniversaire de la mort de saint Félix attirait chaque année un grand concours de pèlerins de toute l’Italie (1). Rome et Jérusalem commençaient à exercer une puissante attraction sur tout l’Occident (2).

Les citoyens prenaient parfois à cette époque l’initiative de la fondation d’un hospice pour se soustraire personnellement à l’exécution de devoirs que l’extention de la chrétienté rendait très onéreux. Ainsi au temps de saint Grégoire le Grandies habitants dcLylibée en Sicile, pour n'avoir pas à recevoir les étrangers do passage, étaient convenus avec leur évêque de payer une somme déterminée pour que l'Église se chargeât de fournir à ces étrangers tout ce ([ui leur serait nécessaire (oj.

La législation favorisa les fondations.

Les empereurs Valentinien et Marcien décidèrent que les legs faits aux pauvres ne seraient pas considérés comme faits à une personne incertaine (4). Léon et Anthemius donnèrent qualité à l’évêque pour recueillir les legs et fiiiéicommis de ce genre et tranchèrent toutes les difficultés qui pourraient se présenter dans leur exécution. Les hospices de diverses sortes furent en outre déclarés personnes civiles et leurs biens participèrent à tous les privilèges des biens d'Eglise (o), notamment à leur inaliénabilité (b).’

(1) V. S. Paulin de Noie, Natalis III et VI.

(2) V. sur les anciens pèlerinages les indications recueillies dans

BicAionnaire des antiquités chréüen7ies,L.M>>.UIlinerarmm Burdiqalense ad Jei'usalem, qui date de cette époque, estime sorte de guide pour les pèlerins. Dans les InscfAptio?is antiques de Lyon, publiées par Boissieu (p.593), l’épitaphe d’un neyotiatqr nommé Agapus met au nombre de ses vertus son assiduité à visiter les tombeaux des saints, loca sanctovum assidue visitavit : l’inscrijition est de l’an (lOl .

(3) S. (îregor. Magn. Epistola. X. 28.

(4) God. .lustin. de Episcop. et cleincis 1. 24.

(3) Ibid. I. 28 et.de sacrosanctis eeclesiis 1. 14, 1. 15, 17.

(C) Une constitution d’Anastase (God. Justinien de sacrosanctis Eeclesiis, 17) exigeait pour l’aliénation et l’hypothèque desbiens des hospices le concours des pauvres eux-mêmes : 7'equi-

" TA REFORME SOCIALE PAU LE CHRISTIANISME 8o

Mais Févêque restait toujours l’administrateur suprême de ces biens, quelle que fût leur afïectation particulière. Les Papes luttèrent à la fois contre les empiétements des magistrats civils et contre les tendances à l’indépendance des administrateurs de ces hospices, quoi qu’ils fussent ecclésiastiques. Saint Grégoire le Grand veut qu’ils rendent leurs comptes régulièrement à l’évêque et non aux magistrats civils, nonobstant une loi de Zénon et d’Anthémius (1) qui attribuait au préfet de la ville et aux moderatores dans les provinces le droit de les ouïr. Pour affirmer la juridiction ecclésiastique, il veut que les administrateurs de ces établissements soient toujours des clercs (2).

Les calamités qui accablaient l’Empire inspirèrent à plusieurs empereurs le dessein de faire contribuer le trésor public au soulagement de tant de misères. Constantin peu après son avènement, voulant couper court à l’exposition des enfants, promulgua une loi par laquelle il donnait à tout chef de famille, qui ne pouvait pas nourrir ses enfants, le droit de réclamer du fisc des aliments (3). Cette mesure dépassait évidemment les facultés du trésor et elle fut bientôt abandonnée. Dés 329, Constantin autorisa les parents à vendre les enfants qui venaient de naître (4).

Les empereurs Valentinien, Valens, Théodose et .Vrcadius assurèrent l’existence de médecins chargés de donner gratuitement des secours aux pauvres dans les villes (3).

Voilà tout ce qu’on peut signaler comme organisation de Vassistance publique. La tradition administrative de l'Empire païen obligeait les empereurs chrétiens à continuer dans les deux capitales le déplorable système des distributions gratuites de vivres qui entretenaient l'oisiveté de leurs citovens.

Tout autre était le principe de la charité chrétienne. L’Église entendait secourir efficacement tous les êtres hu-

ritur prœsentia pro Ptochiis adminîstratoris et ininislroruni et Pauperum, alisolument comme celui des Possessores était requis pour l’aliénation des biens des cités.

(1) Code Justinien, de Episcopis et elericis 1. 32.

(2) S. Grégoire le Grand, Epistolœ IV, 27 XI, 27 XIV. 2.

(3) C. Theodos., de alhnentis quœ inopib. 1. 1 et 2.

(4) G. Theodos., do his qui sanguinole^itos , 1. 1.

(5) G. Theodos., de professorib. et medicisl. 8, 9, 13.

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