CHAPITRE VI
le pays, lieaucoup plus par l’arrêt apporté à la formation (les capitaux, que par la sortie des esjièces monétaires.
Les contemporains ne voyaient que ce derniei’ phénomène. .Mais il n en était pas moins vrai que ce dév'eloppement du luxe, lacilement siqiporté dans une époque de prospérité, était milieux, étant donné la dcstruclion des forces productrices et des industries nationales, causée par les guerres de religion.
Mais, c est surtout la situation politique et financière des Ltats européens qui poussait partout les gouvernements à accumuler des espèces monétaires dans leurs coffres, et à se
piéocciiperde maintenir leur circulation abondante dans le pays.
A la suite des grandes guerres du siècle, tous les Etats étaient ruinés. Ranke a montré comment des difficultés financières inextricablesavaient pousse Charles-tjuint à abdiquer, l’hilippe 11, malgré tous les trésors de rAmériijue, fut sur le pointde faire banqueroute aux créanciers de l’Espagne et laissa h son successeur cette triste besogne. En attendant il fit, sur la monnaie de 'cuivre, une opération semblable à celle que des financiers proposent aujourd’hui de faire sui 1 aigent ; il émit de la monnaie de cuiv’re en grande quantité en lui donnant, comparativement <à l’or, une valeur supérieure a celle que les lingots avaient sur le marché. Cela amena naturellement la disparition de toutes les espèces d’or et d’argent. C’est à cette occassion ipie le jésuitd Mariana fit son livre célèbre, où il démontra à nouveau que la monnaie est essentiellementunemarcbandisp.
En France, le génie d’Henri IV releva les finances nationales, et, si ce grand prince méditait de vastes projets politiques, il les faisait avant tout reposer sur une situation financière bien assise et sur le développement de la puissance économique intéi-ieurede la nation.
La politique de cette époque exigeait des sommes considérables ; car le grand moyen diplomatique consistait dans la distribution des présents et des jiensions aux hommes d’Etat des pays avec lesquels on traitait. L’armée, composée surtout <le gens enrôlés à prix d’argent, et la fortification des frontières comportaient, même en temps de paix, un hudget élevé. En temps de guerre, la supériorité devrait (jppartenirau prince qui aurait le trésor le mieux rempli . Sixte-Quint, comme llenii IV, comprenait que c’était la la première condi-
LA CRISE DU XVI® SIÈCLE
tion d’une politique vigoureuse. Miron, le fameux prévôt des marchands, a, dans un mémoire, opposé à la nouvelle organisation politique et militaire, l’ancien système de défense nationale du pays, sans forteresses et sans armée permanente, par la levée en masse des gentilshommes et du peuple. Mais Miron était un /lomme d’ancien régime ; le système de la nation armée n’est possible qu’avec un régime féodal fortement assis. Par conséquent, il était aussi impraticable au commencement duxvii** siècle, qu’il le serait aujourd’hui. Voilà pourquoi tous les gouvernements se préoccupent de retenir l’argent, ce nerf de la politique et de la guerre.
Henri IV, aux prohibitions douanières et aux lois somptuaires, entendait substituer une protection intelligente qui devait créer dans le pays les industries destinées à fournir les objets de luxe aux classes riches. Il n’y a dans ce cas-lk, aucun inconvénient à exagérer le prix de vente aux consommateurs, et, dans la situation particulière de la France à cette époque, il y avait de bonnes raisons pour recourir à ces procédés. En outre, Henri IV, qui comprenait tous les bienfaits de l’échange international, concluait avec l’Angleterre, la Suisse et l’Espagne des traités de commerce et de navigation, sur la base de la réciprocité.
Deux causes empêchèrent cette politique libérale de donner tous ses résultats.
A la suite des trente-six annéesdes guerres de religion, les industries manufacturières de la France étaient ruinées, et une avance considérable avait été prise par l’Angleterre. Les règnes d’Henri VIH et d’Edouaixl V'I avaient été pour ce pays une période désastreuse; mais avec Elisabeth, c’est-à-dire dès 1360, l’ordre matériel fut rétabli ; les monnaies furent ramenées à un titre loyal ; et si le peuple des villes et des campagnes fut opprimé de toutes manières, les intérêts matériels des capitalistes, des manufacturiers et des commerçants reçurent satisfaction, pai* l’adoption d’un régime commercial protectionniste très énergique. Ce fut la vraie cause de la force et de la popularité d’Elisabetb.
Or, c’est précisément en 136:2 que la France est livrée à l’anarchie pour de longues années, que la population décroît, que les capitaux se dissipent, que tous les arts de la paix sont négligés. Notre pays se trouvait, au commencement du dixseptième siècle, en retard de quarante ans sur l’Angleterre.
• La même situation s'est repi’oduile, au commencement