CHAPITRE VI
de ce siècle-ci. A la veille de 1789 la France était le pays manufacturier le plus puissant de l’Pnirope, et sa force maritime égalait au moins celle de l’Angleterre. Les guerres et les désordres intérieurs que lui valurent la Révolution et l’Lmpire, l’isolement commercial absolu dans lequel elle vécut pendant vingt-cinq années (1789-1813), laissèrent prendre de nouveau a l’Angleterre, pour la marine, l’utilisation de la vapeur, l’emploi des machines dans les industrie textiles, et de la houille pour le traitement des métaux, une avance qui a, depuis lors, condamné notre pays aune infériorité aggravée encore par le détestable régime linancier du second Empire et de la troisième République. En second lieu, la France, qui accueillait loyalement les étrangers, ne rencontrait pas chez eux les^ mêmes avantages. Henri IV imposait à l’Angleterre et a 1 Espagne l’observation de la réciprocité commerciale ; mais, sous la régence de Marie de Médicis,
1 Angleterre et la Hollande violèrent outrageusement les traités.
Les nations ne doivent pas rester isolées au point de vue industriel et, par conséquent, des traités de commerce sont indispensables, mais ces traités ne peuvent être conclus, avec avantage, que par un gouvernement qui a une bonne situation financière à l’intérieur, l’esprit de suite et, dans les relations internationales, un prestige incontesté. La bonne politique gouvernementale est la première condition d’une bonne politique commerciale.
En Angleterre, les premières grandes compagnies de commeice piivilégiées se formèrent au xvi® siècle ; la compagnie pour la ^loscovie date de 15.')5, et la fameuse compagnie des Indes fut créée en 1599. Jusque-là, le commerce anglaisavait ' letenu une partie de l’ancienne organisation du moyen <Vge. Deux grandes corporations, les Marrhamls de l'étape d'Angleterre et les Marchands aventuriers avaient le monopole de faire certains genres de commerce av'ec l’étranger, en ce sens que les marchands appartenant à ces corporations, mais agissant cependant chacun pour leur compte personnel, pouvaient seuls trafiquer sur les marchandises, et aller dans les lieux compris dans leur monopole. Ils devaient en outre, dans leurs opérations, se soumettre aux règlements édictés par la corporation. Cette organisation facilitait au gouvernemeul la perception des droits de douane, et donnait aux marchands nationaux une grande force pour éliminer du rnar-
LA CRISE Dt XM'' SIÈCLE
ché anglais leurs concurrents étrangers. Mais les effets de ce monopole, comme l’attestent des* témoignages contemporains très précis, étaient /ort nuisibles aux producteurs anglais, dont les denrées étaient achetées h vil prix par les marchands coalisés des corporations, et aux consommateurs anglais, qui surpayaient tous les produits importés.
Uuand il s’agissait d’entreprises lointaines et nouvelles, des marchands ne pouvaient réunir les capitaux et surtout courir les risques considérables qu’elle comportaient. On imagina donc de recourir à la société anonyme par actions avec responsabilité limitée pour chacun au montant de ses actions, déjà pratiquée par les Italiens et les marchands de l’Allemagne du sud. La Reine, les grands seigneurs souscrivirent largement à ces appels de fonds. On donna en outre à ces sociétés le monopole du commerce dans la ^Moscovie, dans le Levant, dans la Jtarharie, comme les vieilles corporations l’avaient pour les anciennes lignes commerciales.
La Hollande, le Daheiparck, la Suède eurent bientôt des institutions semblables. Les compagnies de commerce privilégiées furent l’instrument avec lequel les peuples du Nord développèrent leurs entreprises coloniales. La France ne resta pas en dehors de ce' mouvement. Henri IV avait fondé la compagnie de la Nouvelle-France et celle des Indes : mais son règne fut trop court ; les œuvres qu’il avait éhauchées ne devaient être reprises que par Richelieu, et surtout par Colhert,
Ce fut un malheur' d’autant plus grand, que nos marins et nos négociants, pendant tout le seizième siècle, avaient fait preuve d’un merveilleux esprit d’initiative, et avaient fondé des établissements sur tous les points du monde. Ils ne furent pas suffisamment soutenus dans leurs luttes contre les Portugais et les Espagnols, qui posaient dès lors les principes restrictifs du système colonial.
François P*" et Henri II les avaient abandonnés à peu près complètement, accablés qu’ils étaient par les difficultés de la lutte, à la fois économique et militaire, qu’ils avaient à soutenir contre Charlcs-Quint et Philippe H. Charles-Quint avait organisé une sorte de vaste confédération douanière entre tous les peuples soumis à sadomination ou à son influence. C’était une conception analogue a celle de Napoléon établissant le blocus continental, et aux projets d’union doua-