CHAPITRE VI
colonies donna un essor momentané aux manufactures du sud ; mais, comme Séville et Cadix étaient les seules autorisées à commercer avec rAmérique, le reste du pays n’en profita pas. La Catalogne notamment fut complètment ruinée.
Il en fut de même du royaume de Castille, à la fin du règne de Philippe II. Les flots de métaux prt'cieux avaient traversé l’Espagne, en la laissant jilus pauvre ([n’auparavanl, enrichissant seulement les étrangers qui y étaient venus comme capitalistes, ouvriers, cultivateurs, marchands.
Les efforts extraordinaires que dut faire l’Espagne avec ses millions d’habitants, pendant un siècle entier, pour lutter contre la France, l’Angleterre, les Pays-Bas et les Ottomans, dont elle seule arrêta l’essor, furent la principale cause de son épuisement. L’expulsion des Morisques lui fit en outre perdre le sixième de sa population . Notre siècle, qui assiste à l’expulsion brutale des Chinois des Etats-Unis d’Amérique, pour des motifs semblables mais beaucoup moins impérieux, n’a pas le droit d’accuser le fanatisme espagnol. Les Morisques étaient restés musulmans de croyances et de mœurs; toutes les tentatives pour les fusionner avec le reste de la population par îles mariages ihixtes avaient échoué : ils étaient en communication suivies avec les Turcs : aussi le peuple espagnol ne faisait qu’obéir à une nécessité d’existence nationale, en les chassant de son teri'itoire .
L’Espagne fut surtout ruinée par les erreurs de la politi- (|ue économique la plus inintelligente qui ait jamais été. Ün développa artificiellement le pâturage de préférence à la culture des céréales, par la servitude de la meata qui livrait aux troupeaux toutes les plaines du Sud et de toutes les provinces centrales. D’un autre côté, les fixations arbitraires du prix des céréales en rendaient la production ruineuse.
La grande propriété se développa par la constitution de vastes seigneuries dans la partie de l’Espagne reconquise. Le régime seigneurial était |)lus doux en Espagne ([ue partout ailleurs : le servage n’y avait existé presque nulle part au moyen âge : la lilnudé d’aller et de venir était formellement garantie aux paysans f/Jcc/œ/’os),etles droits des communes rurales étaient énergiquement protégés,
au seizième siècle, par le conseil de Castille. Mais avec la
LA CRISE Uü XVC SIECLE
diminution du nombre des tenanciers et le développement abusif du pâturage, ces seigneuries aboutissaient à constituer de vastes Latifundia cultivés par des paysans vivant dans les bourgades. Ils sont encore aujourd’hui la plaie et le danger social de l’Andalousie.
Les cortès de Castille, ([ui sous Charles-Quint et Philippe II avaient une grande influence sur la législation économi- (jue, demandaient constamment des mesures pour arrêter la hausse des jirix. Personne en Es[)agne, pendant tout le xvP siècle, ne se donta quelle avait pour cause l’abondance excessive de la monnaie. Les cortès cherchaieiiL par dessus tout, à restreindre les exportations : elles obtinrent une ordonnance de Charles-Uuint défondant la fabrication des draps fins en Es|)agne et obligeant les marchands à importer des draps de Flandre. Il n’est pas étonnant qne toute industrie ait été tuée dans le pays.
On ne doit pas reconnaître grande compétence aux assemblées parlementaires en matièreécononiiiiue. Les cortès de Castille en avaient d’.autant moins qu’elles étaient composées exclusivementd’///^/«/</rM‘, c’est à-dire de nobles pauvres, voués exclusivement à la carrière des armes et aux fonctions publiques et systématiquement étrangers au commerce ef à l’industrie. Les ri* venus des Hidalgos consistaienten quel([uos redevances foncières ou en rentes sur le trésor [lublii;. Ces renies avaient été multipliées énormément et la plus grande partie th; celles qu’avaient souscrites les étrangers avaient fini par être.racbelées à vil prix par les nationaux.
Or, depuis 1303, fout Castillan, sans distinction de classe, pouvait constituer nn majorai, même pour un revenu fort minime. Les habitudes d'oisiveté, et avec elles le célibat, les mariages tardifs, prévalurent de i»lus en plus dans la nation. La Catalogne et l’Aragon, qui au contraire pratiquaient la liberté de tester, conservèrent beaucoup plus de vitalité dans leurs classes movennes.
Le Portugal avait extraordinairement prospéré, jusqu’à sa réunion à l’Es|)agne ; car, dans ses établissements des Indes, il trouvait l’aliment d’un commerce très lucratif, et
il avait eu la sagesse de ne pas intervenir dans les luttes du
reste de l’Europe. Ses exportations en Espagne pétaient considérables. Après 1388, il fut soumis au détestable régime économique qui prévalait en Castille, et n’acquit môme pas