CHAPITRE VII
LE CREDIT POPULAIRE EN ITALIE
premières institutions de crédit ouvertes à tous dans .des conditions déterminées. Il est bien vrai, comme il le dit, que Venise n'a eu sa première banque publique qu en 1586 (Ij. La fameuse Maison de Samt-Geort/es, à (lénes, ne paraît pas avoir fait d’opérations de bamjue proprement dites longtemps avant cette époque (2).
Mais les villes d’Allemagne, Lubeck, Francfort, Nuremberg, Strasbourg, Bâle, avaient eu dès le milieu du quinzième siècle des banques municipales.
A Strasbourg, le trésor de la ville était en coni])te courant avec les banquiers municipaux et leur versait ses fonds libres, que la banque prêtait ensuite aux commerçants (3). Nous disons ceci en passant pour ne pas laisser s’accréditer une notion erronée. La priorité, qui appartient aux villes allemandes en fait de banques publiques, n’enlève rien au mérite des Italiens, car l’insuffisance du développement des banques privées avait seul amené l’intervention du magistrat municipal. Il avait fallu donner des privilèges spéciaux et un monopole aux concessionnaires de ces banques ou tables de changeurs, pour que les citoyens fussent assurés de se procurer du papier de change, pussent déposer leurs fonds libres et faire des payements au moyen de délégations.
Tout cela, dès le treizième siècle, les banquiers tlorentins et vénitiens le faisaient spontanément et librement. Laissés à eux-mêmes, sans aucune intervention du pouvoir, ils formaient de grandes maisons ayant au loin des succursales dirigées par des associés. Ils avaient (;réé dans toute l’Europe un réseau de comptoirs tel, que le marchand 41orentin ou vénitien était assuré, qu’il fût en Angleterre, en France,
(1) Blanqui, dans son ifzstoiVe de l'économie politique, dit ii tort que Venise eut une banque publique, le Monte Vecchio, dès 1170; ce n’était qu’une association de créanciers de l’Étal, qui percevaient en commun les revenus assignés au payement de leurs renies et faisaient sur les livres du Monte les transferts de leurs titres de rente.
(2) Voy. Bodin, Réponses aux paradoxes du sieur de Malestroit. Paris, 1368,
(3) Sur les banques municipales allemandes, voy.Hanauer, Etudes économiques sur l’Alsace ancienne et moderne, 1. 1, p. 551 et suiv . . 579-o82 ; Janssen, Geschichte des deutschen Volhes, 1. 1, p. 385; Pauli, Lubeckische Zustœnde, t. II, p. 107.
en Allemagne, en Espagne, ou dans l’Orient, de pouvoir toucher l’argent qui lui était dû dans son pays ou d’y faire ses payements. Au quinzième siècle, les Médicis n’avaient pas moins de seize comptoirs établis dans les principales places de commerce. Ce fut là certainement une des causes de la prépondérance commerciale et de la domination financière que ces étrangers exercèrent dans tous les États féodaux de l’Europe.
Ils ne faisaient pas directement l’escompte des efïets de commerce, car la législation canonique sur l’usure y faisait obstacle ; mais l’escompte se trouvait compris tacitement dans Vinteî'esse, perçu à titre de change sur une autre place (1).
Le transport de l'argent d’un lieu à un autre, le travail que représentait ce transport, justifiait la perception d’un intérêt par le banquier. Telle était l’origine historique delà dis- Iiosition de notre codede commerce, quiexigeaitque la lettre de'change fût payable dans un lieu autre que celui d’où elle était tirée. Les banquiers italiens recevaient aussi les fonds disponibles qu'on leur confiait sous le nom de dépôts, mais en réalité pour les faire fructifier dans les opérations de banque et de commerce auxquelles ils se livraient. Ceux qui avaient ainsi des fonds chez un banquier en disposaient au moyen de mandats qu’on appelait, à Venise, fedi. Ce n’était pas autre chose que les chèques (2j qui ont été réinventés en Angleterre, à la fin du dix-huitième siècle, et qui ont été introduits dans notre pratique commerciale en 1865 comme une grande innovation. Il était entré tout à fait dans les habitudes'vénitiennesde faire et de recevoir ses payements au moyen de virements de partie. Les personnes au courant des affaires de banque le savent, l’importance prise par les
(1) Voy., sur ces pi’océdés, Bourquelot. 3/ewoz/*es sur les foires de Champagne, 1 vol. in-4°.
(2) Les Vénitiens ne peuvent mênu' pas revendiquer l’antériorité absolue en fait de pratique des chèques. Au onzième siècle, les marchands arabes tiraient des chèques sur les banquiers de Bassora, chez qui ils avaient une provision (Voy. le Sefer-Nameh o\\ relation d’un voyage en Palestine, analysé dans le Journal des Savants de 1882. p. 641.) — Nous sommes convaincus que l’organisation du grand commerce et de la banque telle ([u’elle existait dans l’empire romain, a survécu à l’invasion des Barbares et a persisté durant toute la première partie du moyen Age.