‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 143 sur 161 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

virements à la banque de France depuis quinze ans est considérée comme un très grand progrès financier. Eh bien, au quinzième siècle, les Vénitiens y étaient déjà arrivés (l). Voilà de quoi faire réfléchir les gens qui regardent le moyen âge comme une époque de stagnation de la pensée humaine et d’inertie économique !

Tout ce développement de l’appareil des banques s’était fait dans la liberté et par elle (2). Florence pratiquajusqu’au dix-septième siècle la liberté des banques la plus absolue, A Venise, à latin du<[iiinzième siècle, on commença à imposer aux banquiers l’obligation d’un cautionnement et on leur interdit certaines opérations commerciales regardées comme trop aléatoires. En réalité, dans le courant de ce siècle, les banques vénitiennes durent assez ressembler aux banques nationales des États-Unis, telles qu’elles ont été organisées en 18(>3. Leur historien, M. Nasse, le savant j)rofesseur de Bonn, n’a pas remaiajué que la plu})art de ces mesures réglementaires étaient imitées de la législation catalane. Barcelone et dans la principauté, les banques avaiimt attiré tle très bonne heure l’attention des pouvoirs

(t) Voy. le remarqual)lc travail deî\t. Nasse, de Bonn, Z)ns yc?ielinnlsche BanJncesen in XIV imcl XV Jahrhiuulert. dans les Jnhvhücher f'ürnalional Œkonomie und Slalistik d’ilildehrand et Conrad, féna, année bS8U, l. 1. — Cf. Bernizi, Storia del commercio a del banchieri di Firenze 1200 al 13'io. Firenze, 1808 ; et Bohlmann, D/c MlHhscfiaflspolilih der Florentine}' Renaissance. Leipzig, 1879.

i'2) Les êcrilnres des banquiers avaient le privilège de faire foi en justice, de constituer des créances ou de libérer d’une dette. G’élait la une tradition de l’empire romain ; les banquiers étaient, sous certains rapports, des fonctionnaires i)ublics. Le fait de la persistance en cette matière d’une jurisprudence si différente de tout le système dii moyen âge en fait de preuves et d’obligations, indique MU en Italie au moins les anciens collèges de banquiers {conso)'tia comme les a[)pelle Juslinieii; s'étaient continués sans interruption et avaient donné naissance aux corporations de hancliieri, d’nr- //cw/r/r//, que nous trouvons à Venise et à Florence, où ils formaient l’un des arts majeurs Ainsi (pie les notaires de ces temps-là, ils remplissaient des fonctions jiubliques- sans être des fonctionnaires et sans être érigés en titre d'office, comme ils le furent au seizième siècle. C’est un des aspects les plus intéressants de l’organisation corporative du moyen âge, si souple parce (ju’elle reposait sur la tradition.

publics (1). C’est une preuve de plus de la commiinication d’idées qui existait entre les peuples au moyen âge.

A la fin du seizième siècle, à Venise et, à son exemple dans toute l’Europe, on tendit à déprimer les banquiers jirivés et à ériger les banques de payement et de compensation en institutions d’État. Ici encore Venise imitait Barcelone. Dans cette grande cité commerçante, tout en laissant les banques privées faire des opérations de change et vraisemblablement se livrer au j)rêt commercial, en MOI la grande guilde de marchands, (jui formait le corps dirigeant delà municipalité, avait institué dans la bourse où elle se réunissait une caisse de dépcjts destinée à recevoir non seulement les fonds libres de la municipalité, mais encore ceux (jue les particuliers voulaient bien lui contier. Ceux-ci en avaient si bien profité, que la plupart des payements à Barcelone se faisaient en banque n.\x moyen de 'virements de partie. Sous l’influence de cet exemple ([ue les voyageurs italiens .de l’époque recommandaient hautement, en 1361, le Sénat vénitien avait misla (|uestion en délibéré. Tl y eut une discussion entre les partisans de la liberté et ceux du système des banques d’État qui, par l’ampleur des aperçus, est digne de celle qui précéda au parlement anglais l’acte de Peel de 1844. Michel Contarini plaida si éloquement la cause de la liberté et de la pluralité des banques, que les nouveaux projets furent rejetés ; mais ils triomi>hèrent en 1386, et le banco del Rialto fut constitué, sauf à être, en 1610, réorganisé sous le nom de banco del Giro. Tous les payements d’une certaine importance durent s’y faire. Les Vénitiens s’en prenaient à laliberté, bien mal à propos, de la décadence (|u’entraînait pour leur commerce la découverte de l’Amérique et de la nouvelle route des Indes.

En 1393, la commune de Milan fonda la banque de Saint- Â7nbroise sur des bases identiques (fi).

Ces exemples furent suivis àpeu près dans toute l’Europe. Les professions de ban([uiers et de changeurs, qui jusque-là

(1) Voy. Capmany, Meiiiorias histoi'ias sobre la marbm, commeo'cïo, y ai'les de Barcelona,-^\o\. in-4o. Madrid, 1779, t. I, partie II, cfiap. iv.

(2) Voy. A. Vietti, Il debito publico nelle provincie che han)io fo)'}}ialo il p}'îmo regno d’Ilalia. Milano, 1884, in-8o, p. 107 et suiv.

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avaient joui delà liberté, ou tout au moins formaient des corporations autonomes, furent considérées en quelque

façon comme des fonctions publiques, que le prince avait à concéder et à patenter.

Quelle était la raison d’un si grand changement dans la manière d’envisager la banque ?

Deux causes poussaient à cette transformation : avant tout, c était la confiance croissante que l’on avait en ce temps-là dans la réglementation par l’Etat ; d’autre part, la concurrence économique qui commençait à se produire entre les nations avec une amplitude inconnue au moyen âge, et a nécessité d user du crédit dans le commerce, amenaient les [umvoirs publics à se préoccu|>er de la dispensation régulièiH' et é(|iiilablenïeiit ouA erte à toutes les personnes solvables de cet élément indispensable des affaires. Nous ne prétendons pas assurément nier la supériorité d'une organisation libre du crédit : les exemples contemporains de 1 Écosse, de 1 Australie, des PAats-Enis, du Canada, sont trop connus. La véritablement toute personne solvable peut trou- \ei le crédit i[u elle mérite, id se fairtï rendre les services de caisse dont elle a besoin au plus juste prix que comporte l’état du marché financier. A la lin du seizième siècle, on était loin de ces conditions ; le capital privé n’était pas assez abondant, les banquiers ne dispensaient le crédit qu’à leurs amis, comme le disait naïvement Contarini dans la discussion que nous venons de rappeler. Les grandes sociétés de commerce, qui dominaient les villes italiennes, aboutissaient en réalité partout a l oligarchie financière.

On s expli(|ue donc que quand les pays de l’Europe occidentale, la f rance, 1 Angleterre, l’Allemagne, entrèrent, au quinzième et au seizième siècle, dans ce grand mouvement économique et commercial, dont les villes italiennes avaient eu jusque-là le monopole, les autorités publiques se soient préoccupées d’organiser des banques et d’en régler le fonctionnement, de manière à fournir à tous les citoyens des s(>r vices sans lesquels les affaires ne sont pas pratiquement possibles.

\oila pourquoi, lorsque la vie économique nalionale se substitua a la localisation étroite des forces économiques dans la cité ou le fiel, qui caractérise le moyen âge, quand tous les peuples entrèrent plus ou moins dans les voies de la concurrence commerciale, nous voyons partout s’élever

LE CREDIT POPULAIRE EN ITALIE

des banques d’Ltat, des banques municipales, ou bien réglementer les banques privées, en faire l’objet de concevions, qui imposaient aux banquiers et aux changeurs certaines conditions en faveur du public ou parfois même limitaient leur nombre.

Avant que cette évolution dans l’organisation des banques fûtmêrne commencée, une nouvelle institution, les wionïsc?e-pie7é, élait sortie dans le dernier tiers du quinzième siècle d’un remarquable mouvement de réforme sociale, dfl aux Franciscains comme celui du treizième siècle, mais qui malheureusement ne se propagea pas beaucoup hors de l’Italie.

Tout le développement des banques ({ue nous venons de décrire ne prolitait qu’aux riches marcliands des grandes villes de commerce. Les seigneurs, la noblesse rurale, le peuple des campagnes, étaient dans toute l’Europe livrés à l’usuri' la plus cruelle. Les conditions économiques de ces . temps rendaient pour toutes les classes les recours au crédit Iieaucoup plus fréquents et liien plus impérieux que de nos jours. Les nobles et les bourgeois, appelés à prendre part à une expédition militaire, devaient, en vertu des principes du droit féodal et du droit communal, s'éciuiper et s'entretenir à leurs frais pendant un certain temps. Puis les famines et les interruptions de travail causées par les guerres imposaient aux artisans des chômages encore plus répétés que ceux d’aujourd’hui. L’abseuce d'épargnes les rendait

fort douloureux. Seuls détenteurs du numéraire, les Loin-

bards et surtout les Juifs exploitaient cette situation. Des esprits hardis etgénéreux s’étaient depuis longtemps préoccupés d’y porter remède. En 13i2G, Durand do Saint-Pourcain, évêque de Mende, proposait de constituer, dans chaque ville, un magistrat chargé de faire des avances à ceux qui en réclameraient, moyennant un certain intérêt. Selon lui, le pouvoir public avait le droit de légitimer la perception d’un intérêt à cause du service rendu à la chose publi-

saul

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