‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 147 sur 161 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Mais si les populations de Naples ne pouvaient pas s’aider elles-mêmes, le zèle religieux vint à leur aide, et la fondation successive de sept monts-de-piété améliora notablement leur situation économique.

En 1539, un groupe de pieuses personnes appartenant à la bourgeoisie et ayant à leur tète le père jésuite Salmeron, fondait il Sacro monte di pietà et commençait ses opérations en prêtant sur gage saiis intérêls au-dessous de 10 ducats. Au-dessus de ce chilfre, un intérêt minime était perçu. Il ne dépassa jamais 6 pour 100, même dans les moments de crise ; quelquefois il descendit à 2 pour 100 ; il fut habituellement à A pour KM) (1). Les prêts étaient faits pour une durée de trois années ! Le mont-de-piété de Rome, fondé aussi en 1539, reçut (luebjues années après de si grandes' libéralités et surtout fut si bien administré, qu’il put prêter gratuitement jusqu’à 30 écus, soit 100 francs, valeur intrinsèque. Au-dessus de cette somme, il percevait 2 pour 100 d’intérêt, et les gages étaient gardés dix-huit mois. Cela durait encore en 1798 (2).

Quel contraste avec nos monts-de-piété administratifs où l’intérêt perçu varie généralement entre 9 et 12 pour 100, sans qu’on puisse espérer dans leur organisation autre chose que d’insignilîantes réformes (3). C’est que, dans les montsde-piété italiens et particulièrement dans ceux de Naples, les fondateurs avaient formé une conirérie qui non seule-

aulrichienne ef espagnole aggrava encore le mal. Le royaume ne commença à se relever que quand il eut une nouvelle dynastie nationale. Le gouvernement économique des Bourbons de Naples (173'tà 1890) mériterait d’être mieux étudié. On lui tiendrait compte des efforts faits pour relever un peuple ruiné par une longue domination étrangère .

(1) ïortora, Il Banco di Napoli, t. 1, p. cxiv.

(2) Yoy. le beau livre de M. Léon Lallemand, Histoire de la charité à Rome . Paris, 1870, in-8°, cbap. x.

;3) L’élévation des frais d’administration dans le.s monts-de-piété ne provient pas seulement des traitements à payer aux employés, mais encore du fait que l’administration doit se procurer son fonds de roulement par des emprunts, dont le taux moyen estde3 pour 100 à paris. Ajoutez que les prêts faits pour de petites sommes sont onéreux, malgré l’élévation du taux de l’intérêt. Voy., dans l’Awnuaire statistique de la ville de Paris pour 1880, une excellente notice sur le mont-de-piété de Paris par l’honorable M. C4Ocbul.

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LE CREDIT POPULAIRE EN ITALIE

ment les administrait gratuitement, mais qui encore en alimentait le capital par ses contributions et en provoquait constamment l’accroissement en maintenant leur caractère pieux. Des dons considérables furent faits dès le début au Sacro monte di pietà, entre autres par la comtesse Carafa, par le cardinal Acquaviva : en 1503 ses prêts annuels montaient déjà à 200 000 ducats (850000 fr.).

En 1585, un autre mont-de-piété était fondé dans les mêmes conditions sous le titre de Monte dei poveri, avec le but spécial de prêter sur gages sans intérêt pour’ délivrer les prisonniers. Cette confrérie s’unit en 1586 à celle del A’ome di Dio, et augmenta ainsi considérablement son action. Ses membres se recrutaient en principe par le choix libre des confrères ; mais en lait on tenait à honneur dans les familles de la noblesse et de la bourgeoisie de faire partie héréditairement de la même confrérie, ce qui donnait à ces institutions une solidité et une influence considérables. Un des membres de la confrérie venait-il à tomber dans la pauvreté, il était assisté de préférence sur les tonds du monte, mais il était alors exclu de toute participation à l’administration.

Les résultats de ces deux fondations furent bientôt appréciables. Quelques années après, le gouvernement pouvait expulser les J uifs,sansrisquer,en se privant de leurs services, d’aggraver encore la situation des pauvres gens ; les deux monts-de-piété leur dispensaient suffisamment le crédit. A partir de 1549, le gouvernement put également prendre certaines mesures sur les banques privées, qui eurent pour conséquence de faire quitter le pays aux Génois et aux Florentins, et de mettre fin ainsi à l’exploitation financière de ces étrangers que l’on avait trop longtemps supportés.

Non seulement les deux monts prêtaient à un intérêt très bas, mais, au lieu de se borner à faire des avances sur les objets d’or et d’argent ou les vêtements, ils prêtaient sur tous les métaux, fer, zinc, plomb, sur les laines, les soies, les colons, les toiles, en un mot sur toutes les matières premières de l’industrie et produits naturels du sol. Ils remplissaient ainsi les services que rendent aujourd'hui en grand les docks et magasins généraux ; ils aidaient le petit commerce, la petite industrie, les petits propriétaires ( Ij.

(1) La pensée d’utiliser la nouvelle institution pour des opérations commerciales s’était produite dés le temps de Bernardino da

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