CHAPITRE VII
Mais voici en quoi les monts-de-piélé napolitains avaient une portée économique tout autre que les institutions actuelles du même nom. Ils étaient de véritables banques de dépôts, c’est-à-dire recevaient toutes les sommes qu’on leur coniiait, s’engageant à les rendre à vue. Ils remettaient au déposant un titre négociable par voie d’endossement qu’on appelait fedi di credilo ou apnca bancalis dans le latin baroque des jurisconsultes dupays. Les monti recevaient, dans ces conditions, jusqu’aux petites sommes, et faisaient ainsi bénéficier les plus humbles d’un mécanisme très perfectionné de crédit. Pour les sommes au-dessous de 10 ducats, le titre émis prenait le nom de polizzino. Un véritable compte courant était ouvert aux dépo.sants, et ils pouvaient payer au moyen d’un ordre adressé au rnonie, qu'on appelait madré fede et qui était asolument semblable au chèque. Il devait être daté et signé par le tireur. Le moule payait le porteur, ou bien, si celui-ci avait un compte ouvert, il opérait, sous sa responsabilité, un rfe partie. Dès le quinzième
siècle, les banquiers florentins établis à Naples usaient de ces procédés de crédit. Lesmonh’ se les étaient appropriés et leur avaient donné une extension considérable par la confiance plus grande qu'ils inspiraient, et surtout en les mettant à la portée de tous.
On conserve, dans les archives d’iï Banco di I\apoli, des fedi di credilo émispav \e Sacro monte di pieté en 1573. En 1599, le monte fit inscrire, sur le fronlon de l’édifice qu’il élevait, ces distiques latins qui indiquent fort élégamment ses deux principales opérations :
Felfri. Comme au début les monts-de-piété eussent pu dévier de leur but charitable, la bulle de Jules II en faveur de celui de Bologne s’exprimait ainsi : « Tenerelur nions mutuare pauperibus et eçjenis incolis civitalis Bononiœ ad euni pro lempore recurrentibiis, et non ludi aul negotiationis causa id pelentibiis. » — Plus tard, dans cette même ville de Bologne, en 1693, un mont particulier, le mont Saint-Antoine, fut ouvert dans le but de venir au secours des fabricants et des ouvriers qui travaillaient le chanvre, de manière qu'ils ne fussent pas obligés de vendre à perte leurs marchandises et pussent acheter de nouveau des matières premières. Les banques poi)ulaires de M. Schulze-Delitsch ont, on le voit, des précédents lointains.
Forsan abest niisero signala pecunia civi Algue ilium interea tempora sœva prémuni, Numnioruni liuic operi ingéniés cuniulamus acervos ; Pignore deposilo guod pelil inde darnus.
Si guis anial brevibus caule persolvere chartis Aul lirnel insidias furis el arma domi, Congerite hue aurum, placidos el carpile soninos, Ferme securos civibus esse licel.
Un citoyen malheureux manque-t-il d’argent et est-il pressé par la dureté des temps, nous avons ici d’immenses déimts de numéraire et prêtons contre un gage les sommes demandées.
Si quelqu'un aime à faire ses payements en billets qui n’embarrassent pas par leur poids, ou redoute les voleurs et les hasards de la guerre, il n’a (pi’à porlcr ici son or et à dormir en paix ; nous assurons la sécurité à la fortune de nos concitovens.
Les monti n’allouaient pas d’intérêt aux déposants à vue; c est la pratique suivie actuellement par la banque de France. La règle en cette matière est (ju’un établissement de crédit sérieux ne doit pas dépasser le taux de 1 pour lOü dans 1 intérêt qu'il bonifie aux dépôts de cette catégorie ôl). A une époque où la sécurité matérielle faisait si fréquemment défaut, ces services de caisse rendus par les monti avaient une utilité très-grande. Nous avons déjà dit que ce sont là les services que de plus en plus le commerce tend à demander aux banques modernes. Lesécritui’es desbanques faisaient pleine foi en justice et valaient comme titre authentique : leur intermédiaire n’en était que plus recherché dans les transactions privées. Il en était ainsi, nous l’avons dit, dès le treizième siècle à Florence et à Gênes, et c’est un
(1) La Banque d’Ecosse fut la première à payer en 1696 un léger intérêt aux dépôts à vue. (Vov. A. M'izniewski, Histoire de la Bangue de Saint-Georges. ln-8o, Paris, 1865, p. 11.)
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