CHAPITRE VII
des points sur lesquels on constate le mieux la persistance des traditions romaines à travers tou lie moyen âge.
De bonne heure lesadministrateursdes monh' avaient compris l’avantage qu’ils avaient à accepter comme espèces les titres de crédit émis les uns par les autres (riscontri). On trouve lapreuve, en 1584, de cette pratique que de nos jours la loi a imposée aux banques nationales des États-Unis, et que les banques d’Écosse onl adoptée spontanément. La manie réglementaire des vice-rois espagnols les poussa, à la suite de quelques lraudes,a défendre celle acceptation réciproque, qui créait 1 unité de circulation fiduciaire. Les nionti tournèrent cette prohibition dans la mesure du possible, en établissant entre eux des comptes courants, c’est-àdire des opérations de clearing.
Les mon/< napolitains disposaient de sommes excédant les demandes de prêts faits [>ar l(>,s pauvres. Ils en faisaient profiler leurs déposants habituels, en leur faisant, en certains cas que les administrateurs discutaient chaque fois, des avances gratuites età découvert appelées accomodazioni. De nombreux règlements furent édictés là-dessus, et on
voit que ces accomodazioni étSiienl faites surtout à des négociants. *
Toutefois deux mesures imputables au gouvernement empêchèrent les monti de rendre au commerce les services qu’au dix-huitième siècle la banque d’Angleterre et celles d’Amsterdam et de Hambourg lui procurèrent. Pour faire honneur àla monnaie du souverain (!!j on leur défendit d’accepter en dépôt les monnaies étrangères, ce qui, empêcha de constituer à Naples cette monnaie de banque, qui, à Amsterdam et à Hambourg, faisait prime sur les espèces métalliques. En second lieu, l’escompte des lettres de change ne lut pas pratiqué, parce qu’en 1022 lecardinal Zapatta, viceroi pour l’Espagne, imagina de grever d’un impôt de 20 grains les lettres de change sur l’étranger et de dix celles sur l'intérieur, ainsi que tous les contrats d’assurance. C’est seulement en 1778 que ces mesures furent rapportées. Mais 1 avance était prise par les autres villles commerçantes, et Naples ne devint jamais une place de change.
La fortune des monti s’accroissant ou se reconstituant sans cesse, ils en usèrent pour subventionner une foule d’œuvres de bien public : ils vinrent notamment au secours de la municipalité dans les années de disette, et lui avancè-
LE CRÉDIT POPULAIRE EN ITALIE 895
renl les fonds nécessaires à l’achat des grains. Il Banco di ISapoii, nous le verrons tout à l’heure, continue encore ces excellentes traditions. Malheureusement celte action bienfaisante resta concentrée dans la ville de Naples. Les monti n’eurent pas de succursales dans les provinces. La stagnation des affaires dans l’ensemble du royaume, alors que la capitale avait une population si nombreuse et tant de richesses, en fut la conséquence. Le gouvernement commençait à se préoccuper de cette situation seulement dans les dernières années du dix-huitième siècle ; c’était bien tard.
Les deux monts-de-piété dont nous venons de parler n'étaient pas les seuls. En 1587, l’hôpital la Casa sancta dell’ Annunciata, qui existait depuis 13Ü5, se lit autoriser à recevoir des dépôts, à émettre des titresde crédit(a/iOÉ^mamj et àpretersur gage. G était un moyen pour 1 institution d’augmenter ses ressource.s. et en meme temps elle répondait au vœu du public.
En 1389, t’uspedale degV încurabiÙ fit de même et érigea un inont sous le nom de Santa Maria del Popolo.V.n 1635 le municipe de Naples y déposa ses fonds libres en compte courant. A chacune des institutions se rattache un ensemble de souvenirs jffiari tables et pieux que-M. Eugenio Torlora a soigneusement recueillis. Les familles de la noblesse et de la bourgeoisie napolitaines retrouvent leur titres et les souvenirs honorables de leurs ancêtres dans ces vénérables archives. Leur histoire détaillée ne peut pas trouver place ici. Notons seulement la fondation, en 1591, du monte San Ele- ^io, puis en loîf/, du mont des San (liacomo e Vittoria, auquel vint, en dernier lien s’ajouter celui du Sanctissimo Sala vatore QXi 1640. Mais comme la Casa sancta dell’ Annunciatdisparut en 1725, c est à sept qu’il faut fixer le nombre des
monts-de-piété dont la fusion devait constituer il Banco di Napoli moderne.
Dès la fin du seizième siècle, la plupart de ces établissements avaient si bien développé leurs affaires, que les ban- • ques privées disparurent à peu près complètement. La confiance du public s était détournée d'elles. Ce résultat était fâcheux en un sens. Cependant il ne faut pas le juger au point de vue moderne. On ne peut oublier que, pendant tout le dix-septième et tout le dix-huitième siècle, les grandes banques étaient partout en Europe des banques d'État, dans les collres de.squelles les gouvernements puisaient plus ou