CHAPITRE I
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pas s’étonner de voir le divorce toujours en vigueur, le mariage demeurer un contrat purement civil, les gladiateurs et les scenici rester attachés de force à leur profession, en sorte que saint Augustin devait dire : aliæ sunt leges Cæsaris aliæ Christi.
L’arianisme qui domina la plupart des empereurs de cette période, contribua à maintenir cette politique équivoque et à paralyser l’action de l’Eglise. Gratien fut le premier prince dont la législation fut franchement chrétienne et il était trop tard (t).
XVI. Le Chritianisme n’avait pas seulement à compter avec le culte officiel et les vieilles superstitions païennes. Les mystèresmithriaques avaient été pendant le haut empir.e un des cultes les plus répandus ; car ils répondaient à la fois au goût du merveilleux et aux instincts dépravés de cette société. Rien ne ressemble plus à une loge maçonnique moderne qu'un spelæiim mithriaque ; les épreuves, les grades ont bien des rapports. C’est le même mélange de profession de pureté extérieure et matérielle avec une corruption profonde et secréte. Au iii'' et au iv« siècle, le culte mithriaque se pose comme le vrai rival du Christianisme, et au milieu du v^ siècle, c’est encore à lui que recourt le paganisme expirant pour livrer son dernier combat (2j.
.Nombreuses furent les infiltrations entre le mithrianisme et le gnosticisme. Le Cliristianisme rencontra là des ennemis secrets qui devaient survivre à son triomphe officiel.
En .Asie, cette vieille terre des idées et des religions, dès le III'’ siècle le contact avec les sectateurs de Mithra et des gnostiques avait répandu dans beaucoup de communautés chrétiennes une partie de leurs erreurs. Le mariage, la propriété, l’usage des alimeutsgras, étaient regardés comme des œuvres mauvaises contre lesquelles les uns protestaient ouvertement, auxquelles les moins parfaits se soumettaient par une hypocrisie extérieure. Le concile de Gangres con-
fl) Sur rinlliiencc <le l’arianisme cl ses connivences avec le parli païen sous les successeurs de Constantin, v. le beau livre de Mgr. ilminard ; Hisloire de anlnt Ambroise (Paris, 1871).
(2) V. le poème sur la révolte de Flavien contre Théodose publié dans la Bibliothèque de l’Ecole des Chartes de 1867 et dans Bullelino di archeoloqia cristiana de 1868, analysé par .M. P, Allard, V Art païen sous les empereurs chrétiens, p.l40.
damna toutes ces erreurs, et quatre écrits de cette époque qui, réunis ensuite sous le nom de Constitutions apostoliques, ont joui d’un grand crédit dans les siècles suivants, furent principalement consacrés à les reluler par le raisonnement et par l’autorité. Encore au temps de saint Augustin, les apostoliques ne recevaient pas dans leur communion les fidèles qui étaient mariés et propriétaires (1).
Mais à celte époque le grand adversaire du Christianisme était le manichéisme.
Sorti de la Perse, le manichéisme avait pris sous le règne de Dioclétien une assez grande extension, non seulement dans les provinces orientales, mais même en .Afrique, pour que cet em})ereur prît contre sa propagation des mesures révères basées sur rimmoralité et le caractère antisocial de sa doctrine (2).
Dérivé du gnosticisme, le manichéisme avait été constitué doctrinalement par trois personnages, Scythiacus, Térébinthe et Manès, qui paraissent avoir été initiés aux pratiques théurgiques des Brahmanes et des Bouddhistes (3). La doctrine manichéenne reposait essentiellement sur 1 existence de deux principes coéternels, le principe du bien et celui du mal, égaux en puissance et dont la lutte est l’explication de l’histoire du monde. Manès donna à celte doctrine un caractère syncrétiste emprunté au gnosticisme par lequel il put séduire plus facilement les chrétiens ignorants. 11 maintenait dans ses enseignements un certain équilibre entre les éléments empruntés au (diristianisme et ceu.x empruntés a la religion niadzéenne ; car il cherchait a taire des adeptes desdeux côtés. Les manichéensfurentcondamnés également par la législation des deux pays. Les empereurs chrétiens renouvelèrent et aggravèrent les peines portées dans 1 édit de Dioclétien ; mais l’application de ces édits était souvent
(1) S. .\uguslin. De hœresibus, 40.
(2) V. cet édit dans le Code Grégor., titre XIV. Sur les difficultés chronologiijues que soulève ce texte dont l’authenticité est d’ailleurs certaine, v. P. .Allard, Histoire des Persécutions, t. IV, p. 92 et s.
(3) Les idées des manichéens sur la métempsycose, le mélange de parcelles du piâncipe bon et du principe mauvais dans les plantes et les animaux, leur respect pour la vie de ces derniers et l’abstention (le toute chair imposée aux c7us, indiquent des emprunts faits au Bouddhisme.
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paralysée par des influences locales. Le règne de l’empereur Anastase, dont la mère était manichéenne, fut particulièrement favorable à cette secte.
Les idées suivantes donnaient au syncrétisme manichéen
une puissance de séduction qu'on ne saurait nier, puisque saint Augustin fut pendant de longues années leur adepte.
Il y a une égalité de puissance entre les deux principes du bien et du mal; — la matière est l'reuvre du principe •du mal et toutes les œuvres de la chair, par consé(pient le mariage, la propriété, le pouvoir civil, la culture de la terre, sont mauvais en soi; — racconq)lissement de ces œuvres
du mal est d’ailleurs fatale : les hommes v sont nécessaire-
mentlivrés. Des purilicatioiis extérieures, le renoncement à manger de la viande et à la génération constituent la perfection, et tout est permis aux parfaits.
Conséquents avec ces doctrines, les manichéens cherchaient dans l’usage du mariage à prévenir autant que possible la génération ; leurs élus se livraient à tous les désordres, et saint Augustin raconte des scènes de prostitution sacrées dans l’obscurité qui rappellent les mystères impurs de l’antiquité et la fête des bougies pratiquée encore chez les Druses (1). L'eucharistie était, dans leurs réunions, l’objet de souillures immondes qu’on retrouve dans les sabbats du moyen âge et dans les turpitudes de certaines loges contemporaines (2).
L'initiation à la secte comprenait deux grades : les auditeurs vivaient de la vie commune, se mariaient, étaient propriétaires et mangeaient de la viande ; les é/us, après le baptême, renom-aient à la procréation des enfants, à la propriété, à l'usage de la viande et du vin ; ils étaient nourris et servis par les auditeurs : ils étaient impeccables, pourvu qu’ils observassent certaines purilications.
(1) V. les doemncnls qiie mms avons piildics en apiiendiee dans notre élude sur /e.s Précurseurs de la F ru ne-Maronnerie (in-S<>, Palmé, 1887).
(2) S. Augustin de Moribus Ecclesiœ Catholiea^ et Manichœorum eide hceresibus, n‘> IG, et libri adversus Faustuni. S. Epiphane, Advers. Hœreseos, cliap. 76. S. Léon le (Irand Fpistol.x\. Cf., la Xovelle de Valenlinien HJ de l’an iio (titre xvii), qui mentionne une enquête faite à Home par le Sénat en présence du pa[>e S. Léon.
LA UÈFORME SOCIALE PAR LE CHRISTIANISME 9o
Autant que possible les manichéens cherchaient a rester confondus dans la société chrétienne. Us pratiquaient extérieurement ses rites auxquels ils donnaient un sens secret. Manès s’était en efl'et donné comme le Paraclet annoncé par Jésus-Christ. Us formaient en réalité une société secrète dont les membres se soutenaient exclushement les uns les autres avec beaucoup de générosité, mais qui relusaient le moindre secours au pauvre étranger à leur secte Des mots de passe et des attouchements, — le signe de la main, celui de la bouche et celui du sein — leur servaient de
moyens de reconnaissance. Us avaient parmi eux une hiérarchie modelée sur celle de l’Eglise catholique, des diacres, des prêtres, des évêques, douze docteurs tigurant les apôtres, et au-dessus d’eux un pape (1).
Ces erreurs monstrueuses menaçaient gravement la moralité publique, et c’est à bon droit que la législation criminelle de l'Empire depuis Dioclétien les assimilait aux
magi et aux ?nale/iri (2).
(( Le manichéisme n’a jamais dominé dans aucun pays, dit Champagny, mais partout sa séduction a été ressentie : il a eu des adhérents jusque dans l Inde et dans la Chine d’un côté, de l’autre dans l’Egypte, l’Afrique, l’Italie,^ la Gaule, l’Espagne. En aucun siècle il n'a été la religion d un peuple, mais pendant plus de mille ans, il a occupé une. place plus ou moins cachée, presque toujours assez consi- « déraille, dans le sein de toutes les nations » (3).
L’Espagne fut à la lin du iv<* siècle et plus de cent ans après, troublée parles prise! llianistes qui, tout en se prétendant chrétiens, avaient adopté les erreurs manichéennes comme par voie d’inliltration ;au commencement duvii'siè de, il V en av’ait encore en Italie dans les patrimoines de l’Eglise romaine. En 503, un concile de Hraga devait encore
les condamner (4).
(1) S. Augusiin, 7)c /iaœc.s/èus no 40.
(i) Code Grégorien, lil). xiv, L J^constll^lllon de Dio^ --8j.