CHAPITRE II
trayaient à cette obligation. Saint Augustin se borne en somme à exhorter les chrétiens à donner à l’Eglise non seulement une part des fruits des champs, mais aussi des produits du commerce, de l’industrie, des professions libé- ' raies. Mais il n’urge pas. En Gaule quelques années après, saint Gésaire d’Arles est déjà beaucoup plus pressant; mais c’est seulement vers la tin du vG siècle que le second concile de Tours et le second concile de Mâcon sanctionnèrent rigoureusement l’obligation de payer les dîmes (l).
Quant au patrimoine foncier, l’élément le plus important des biens des Églises, il avait été constitué peu à peu par les legs et les donations des fidèles. Avant Constantin les Eglises avaient souvent adopté la forme de collegia tenuioriim qui leur permettait de posséder des lieux de réunion, des cimetières et même des biens productifs, maisons, terres ou rentes. Plusieurs des possessions de l’Eglise romaine, domaines, maisons, cimetières, dataient des trois premiers siècles. Une partie notable de ces biens fut conlisquée par Décius, puis par Dioclétien et Maximien.
La pleine capacité de recevoir des legs et d’être instituées héritières, fut accordée aux Eglises par Constantin. Julien la leur enleva. Mais après sa mort elle leur fut rendue (2).
Elle fut ensuite étendue aux élablissements hospitaliers et il fut fait un très large usage de cette faculté par les lidèles de toutes les conditions : de là, la variété dans la composition des patrimoines des Eglises. ’ A coté de fundi entiers, de massm constituées par la réunion de plusieurs fundi, de salins aussi vastes que ceux du fisc, on trouve de petits héritages, libéralité des humbles (3).
(1) ConstituUones AposloUcœ, II, 23, 33, VII, 29 et VIII, .30. S Aumistin, Ennrrationes in Psalmum CIII sefmo 3 cap. 9 et in Psalmum C\L\1 cap. 16-17. (Los deux sermons de decmis que l’on trouve souvent dans les (ouvres de S. Augustin sent en réalité de S. Césaire d’Arles.) (lassiaii. Collatio .\XI, c. 1, 2, 8. S. Chrvsostom. In Math, homilki. 64 et concile de Mâcon de 383
(2) Julian. Episl. X, 5. S. Tirégoirc de ^laz. 111, Socrate* 1. III, Sozomène, V, 2. C. Théodos. do Episcopis et Ecclesiis,
(3) V. le liber cens uiun de l’Eglise Romaine édité par Paul Fabre (1890, Paris), et Etude sur le liber Censuum de l'Eglise Romaine par le même (Paris 1892).
l’église et la CONSTITCTION sociale aux et VI® SIÈCLES 113
Les grands évêques qui ont formé a cette époque la discipline ecclésiastique, ne recevaient pas indistinctement tous les biens légués à l’Eglise. Saint Grégoire le Grand et saint Ambroise ne voulaient pas faire entrer dans son patrimoine les biens donnés par ceux qui les avaient mal acquis ou les biens provenant de confiscation. Souvent aussi saint Augustin et saint Ambroise refusèrent des legs (?xcessifs qui méconnaissaient les droits légitimes des lamilles, ou au moins ils les réduisirent spontanément malgré le droit strict
qui était en leur faveur (1).
Aux clercs avides qui lui reprochaient de laisser son Eglise dans la pauvreté, saint Augustin répondait : « Je reço\& les oblations saintes et pures. Mais si un homme irrité contre ses enfants les déshérite à sa mort, ne dois-je pas penser ii ce cjue je ferais s’il était vivant? Je déviais le itconcilier avec ses enfants. Si un homme déshérite son lils pour doter l’Eglise, qu’il cherche un autre évêque pour accepter son testament ; j’espère bien qu’il n’en trouvera pas un seul (2). » Le 4* concile de Carthage défendit aux évêques d’accepter des successions litigieuses.
A l'imitation de ce qui avait lieu pour les temples païens, quelques allocations avaient été attribuées sur les feinds du Trésor public aux minisli‘(3s du culte chrétien , niais elles étaient fort rares et disparurent promptement au milieu de l’épuisement des linances publiques (3).
Quelques abus, dont Saint Jérome a reconnu la réalité,
(1) S. Gregor. )<la.gn. Pastor curœ pars III admonit. 22, S. Ambros. Exposilio Evangelii. sec. Lucam. VIII, 76-77, 4® concile de Carthage canons 18. 19. S. Ambroise, Epistola 82 ad Marcellum. Possidius nous dit de S. Augustin dans sa vie c. 24 : « Erequentius quoque dicebat securins ac tutius Ecclesiam legata defunctis dimissa habereriuam hereditales forte sollicitas ac damnosas, ïpsaque legata magis ojfereiida quam exigenda.» — S. Augustin de vita et moribus clericor. suor, c. 3. et Sermo XLIV, 10, 11 conseille de donner à l’Eglise dans les testaments
seulement une part d’enfant. . /r. • , 7 tx-
(2) Sermo de diversis 49. — S. Grégoire le Grand (Epistot. IX. 26 et 40), ordonne de rendre au petit-fils devenu pauvre d’une (lonatrice la maison donnée par son aïeule, quoique la donation fut parfaite et que la maison eut déjà été portée dans le Polyptique
de TE^lisc. •
(3) Loi de Valentinien au code Theodos. do Sacvosonctis Ec-
clesiisy 1. 12, § 3. Cf, S. (Irégoirc le Gr., Epistolœ, V. 44.
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