‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 3 sur 161 · I-NÏHODU(JTIÜN · texte numérisé non relu

I-NÏHODU(JTIÜN

gnages historiques nous montrent si vivante. En Allemagne, les redevances féodales étaient payées au son des instruments de musique et avec des danses symboliques; l’Angleterre, était connue sous le nom expressif de merrij IhnQBüud. Dans la h rance contemporaine, au contraire, malgré l’accroissement incontestable du bien-être matériel, la joie n’éclate presque plus parmi les populations rurales.

8» L’expansion de la charité sous toutes ses formes, voilà certes le plus beau trait de cette grande époque, mais cette charité découle uniquement de la vie surnaturelle que le christianisme a développée dans les âmes.

Sans doute quelques législations locales sanctionnent des devoirs de charité dans 1 intérieur de la cité, de la corporation, des tîefs, mais c’est en somme une exception. A la différence des rêveurs humanitaires, jamais l’Église n’a confondu le devoir de justice et le devoir de charité. Au devoir de justice correspond un droit exigible réciproque. Dieu seul est le créancier dans les obligations de la charité. Jamais dans un véritable ordre social chrétien on ne verra affaiblir la justice, ce grand ressort des sociétés.

9° La fin dernière des individus est la raison d’être des sociétés terrestres. Par conséquent le principe formulé par Platon que les citoyens avec leurs enfants et leurs biens appartiennent à 1 État, principe reproduit par les philosophes panthéistes de nos jours (1), a toujours été condamné par 1 Église, de même que la formule des jurisconsultes césariens ; « Quod principi plaçait legis habet vigorem. »

Tout autre estson enseignement ; la société est faite pour les individus, le pouvoir pour le bien des peuples, les États ne sont que des organes dans la société humaine, l’autorité vient de Dieu et non d’une délégation des hommes, et dans ce titre sublime elle trouve une limitation efficace. Si le pouvoir des princes et celui des républiques, selon les différences des constitutions historiques, est de droit divin dans un sens relevé, les libertés publiques, elles aussi, sont de droit divin ; aussi ne peut-on porter atteinte aux droits de l’Eglise, de la famille ou des associations qui n’ont rien

(1) L Etat, dit Hegel est la substance générale, dont les individus ne sont que des accidents et des modes.

de contraire à l’ordre. De cette doctrine résulte le respect absolu de la propriété privée par l’État, et notamment la limitation des impôts que l’Église proclame encore dans la bulle In cœna Domini, cette dernière et grande manifestation de son intluence sociale qui eut le don de défrayer pendant deux siècles les colères des légistes gallicans et autoritaires.

10^ L’Eglise admet toutes les formes de gouvernement et le moyen âge présente une remarquable variété d’institutions politiques, depuis les démocraties rurales des provinces basques et des cantons suisses jusqu’aux républiques aristocratiques des cités italiennes et aux monarchies limitées. L’absolutisme seul, telqu’ilexistait àByzance, tel qu’il devait reparaître après le xvi'^ siècle, est repoussé par sa doctrine. Mais l’esprit de ces gouvernements si divers est le même. Tous reconnaissent en réalité la même base. Cette base est que le pouvoir vient de Dieu et non du peuple ; que son sujet est déterminé par des faits humains, conquête, tradition, contrat quelquefois, mais qu’une fois déterminé il est sacré et qu’on ne peut sans crime se révolter contre lui. La notion de la légitimité, du droit qu’a le titulaire du pouvoir de défendre sa possession du pouvoir, le devoir moral des sujets, laféauté, voilà les principes universellement admis et qui assurent aux états européens une stabilité qui contraste avec les révolutions incessantes du monde antique et celles du xix® siècle.

Le droit historique se présente comme la (Iddarnlion du droit divin mais jamais avec les adulations et les sacrilèges confusions qui se produisent au xviC siècle, en Angleterre sous Jacques D’’, en France sous Louis Xlll et Louis XIY.

~Tous ces gouvernements, quelle que soit leur forme, quelle que soit leur origine historique, ont les mêmes limites dans le respect des droits de l’Eglise, des droits mutuels de leurs sujets et des droits acquis des ordres de l’État. La résistance à l’autorité légitime quand elle abuse, est à peine excusée dans quelques circonstances extrêmes. D'autre part l’exercice du droit de révolte contre le pouvoir usurpateur est entouré de limitations et de réserves pour ne pas compromettre à la légère le bien commun, la stabilité économique de la société pour laquelle les princes et généralement tous les pouvoirs sont ordonnés. C'est grâce aces sages principes que les constitutions des peuples du

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moyen à};e s(‘ sont cnnslammenl transformées sans rupture et se sont montrées éminemment progressives .

1 1'^ Pendant les âges cdirétiens c’était un principe inconleslé, quoique souvent violé dans la pratique, que les relations des étals entre-eux étaient soumises à la morale ordinaire, au Décalogue. La raison d’État, l’intérêt national n’étaient jamais invoqués pour justitier une agression. Chaque cité, quand les guildes de marchands et les corporations de métiers en eurent pris le gouvernement, chercha à se fermer aux produits des autres villes et à leur concurrence, mais ce n’est qu'au xv*’ siècle que les antagonismes d’intérêt devinrent le principe de la politique nationale. Jusquelà grands et petits états vivaient à côté l’un de l’autre à l’abri du droit des gens, avec le Décalogue pour code international. Les fausses idées de l’équilibre européen et de l'exclusivisme national qui furent les causes de tant de guerres, appartiennent à une épo(|ue ]>ostérieure dominée par de tout autrc's idées.

C'élail égalemeid, une p(>nsi''e générale (jue toute la chrétienté cnnslituait un corps commum dont les mend)res avaient env(>rs lui des devoirs de charité, d'hospitalité, d’intervention en faveur du droit. Les croisades furent la plus grande manifestation de cette pensée.

On cherche à resserrer les liens de cette ré})ublique chrétienne par l’établissement d'une autorité supérieure. La première fut celle de l’Empire, qui avait réuni les royaumes sous la suprématie de l’Empereur, non pas comme suzerain féodal, mais comme protecteur temporel de l’ordre public général, ainsi que le Pape l’était dans l’ordre spirituel.

Cette conception échoua par suite de l’infériorité morale et le grossier égoïsme de la plupart des empereurs, et la France sauvegarda l’indépendance des nationalités, avec la belle maxime : Lp Hnu phI Pin perpur pu son roifanme.

L’arbitrage du l’apte donne des résultats beaucoup plus utiles. Outre le pouvoir indirect qu'il avait dans lesmatières politiques intéressant la conscience, l’opinion générale de l’Europe lui avait décerné un droit d’intervention et de médiation dans toutes les querelles entre princes chrétiens. Le grand schisme d’Occident, qui détruisit pratiquement le fonctionnement de cette suprême magistrature, fut en cela comme en bien d’autres points la cause d’un grand recul dans la civilisation .

L’ordre social chrétien, tel que les nations européennes l’ont connu au xiiP siècle, est d’autant plus admirable qu’il a été créé par les forces morales, par le respect universel du droit, par l’association spontanée, laissée complètement libre, pourvu qu’elle ne fût pas contraire à l’ordre moral. Ce n’est pas, comme on l’a dit trop souvent, au moyen d’une réglementation universelle et systématique des rapports économiques par l’État, que ces grands résultats de paix sociale ont été obtenus.

En France, en particulier, la liberté économique est ancienne comme la liberté politique, et c’est une grande erreur de confondre les institutions spontanées du moyen âge avec le régime de réglementation habituelle qui l’a suivi : ce régime date seulement des derniers Valois. Des différences notables existaient d’ailleurs entre les diverses nations, malgré le fond commun des institutions.

La France jouissait du reste d'une liberté économique beaucoup plus grande que l’Angleterre et l’Allemagne, justifiant ainsi son beau titre de : Pays le plus plaisant du monde. Il en était de même de l’Italie et de l’Espagne.

Chez nous, la liberté d’aller et de venir existe pour tous ceux qui ne sont pas serfs, et le servage disparait de bonne heure dans les pays catholiques ; point de prohibitions de mariage par les communes, comme en Allemagne ; point de lois d’établissemenl.

La disposition des petits domaines est libre, et cependant la petite propriété s’accroît de jour en jour. Ée monopole industriel est interdit par les règlements primitifs des corporations et n’apparaît qu’à la lin du xiv*’ siècle. Les corporations, du reste, ne groupent que les ouvriers urbains des cités d’une certaine importance. L’industrie dome.stiijue, les usines seigneuriales, les fabriques collectives de la campagne, sont en dehors des corporations.

La liberté de l’industrie est proclamée comme la règle, là où il n’y a pas de corporations établies. Ainsi donc, le principe fécond de la concurrence industrielle n’a pas été inconnu au moyen âge. Four se produire sous des formes très

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diflerentes des formes actuelles, il n’en fait pas moins sentir son action. La concurrence dans l’intérieur de la ville existe sur les marchés, entre les ouvriers des corporations et les forains ; la concurrence internationale s'exerce dans les grandes foires qui ont, jusqu’au xv® siècle, une importance considérable.

Le moyen âge tout entier est une époque de contre poids, (Véqui-pondéralioti des forces sociales, pourrait-on-dire, résultant de la liberté d'association.

La ville avec ses corporations, est organisée en face des fiefs ruraux, avec leurs banalités et leur organisation du travail, reposant sur les biens communaux. Mais les corporations ouvrières sont essentiellement locales, et par là même placées dans un état de concurrence vis-à-vis des corporations des autres villes. C’est à peine si en Allemagne, au XV® siècle, on trouve certaines traces d’unions régionales des corporations du même métier.

Les écrivains qui prônent le système d’une organisation générale corporative du travail manufacturier, attribuent à tort leur conception au moyen âge. On pourrait même dire que le moyen âge est une épocjue d’anarcbie économique, à la condition de ne j>as oublier (|ue les principes de la morale commune à tous les peuples ebréliens, réglaient les contrats civils et les opérations commerciales. La société des xiii® et XIV® siècles, ne ressemble en rien, surtout en France, à cette systématisation unique de la société que les théoriciens allemands modernes appellent le Fédéralisme. Les diverses classes se sont, chez nous ainsi qu’en Italie et en Fspagne, • toujours pénétrées les unes des autres ; je n’en veux pour preuve que les faits précis rappelés par M . de Verneilh, dans son esiiuisse si intéressante sur l’At^èiiement des nourelles couches sociales dans l’ancien régime. La notion des Stande a pu se développer en Allemagne au xv® siècle, à cause de l’organisation spéciale du saint Empire , principalement dans l’ordre politique ; mais c’est là un fait spécial à ce pays’. Au point de vue économique, jamais les figes chrétiens n’ont conçu la pensée de faire diriger par la toute puissance de l'État la production et la consommation de la richesse, .lamais les gouvernements chrétiens n’ont assumé la tâche, aussi dangereuse qu’impossible, d’assurer « une juste répartition de la richesse entre les diverses classes de la société. »

Cette idée que l’on trouve à l’état d’aberration théorique chez quelques scolastiques, qui l’ont eux-même empruntée à Aristote, est tout à fait contraire au respect des droits acquis, qui était le principe juridique sur lequel reposait la société au moyen âge.

L’heureux état de pondération des forces sociales que nous signalions plus haut était dû uniquement à 1 exercice ininterrompu pendantdessiècles delacharité chrétienne. Elle avait à la longue rendu une partie considérable de la richesse commune aux pauvres ; et c’est là le phénomène qu’avant le Christianisme on n’avait jamais vu dans l’histoire.

Il ne faut pas prendre pour expression absolue de l’ordre social chrétien quelque conception de ce genre due à des écrivains écclésiastiques au milieu de la grande crise économique du XIII® siècle. L’honneur du clergé sera toujours d’avoir vivement sympathisé avec les soutfrances populaires et d’avoir reproché à la richesse son égoïsme avec une énergie propre à impressionner. On n’en peut pas tirer de conclusions contre le témoignage des faits positifs.

C’est à saint Louis et à Charlemagne qu’il faut bien plutôt demander la notion de l'ordre social chrétien. Or, comme l’a fait remarquer judicieusement M. Ouizot, en parlant de saint Louis :

« Sa conduite n’a rien de systématique, rien qui semble partir d’un principe général, et tendre vers un but unique, longuement prémédité. Il n’a entrepris de constituer, ni d abolir la féodalité. Malgré larigidité de sa conscience, et l’empire de sa dévotion — (n’est-ce pas plutôt à cause, dirions- • nous) — c’était, dans la pratique de la vie, un esprit remarquablement sensé et libre, qui voyait les choses comme elles étaient, et y apportait le remède dont elles avaient besoin, sans s’inquiéter de savoir s'il était conforme à telle ou telle conséquence lointaine. Il allait au fait actuel et pressant , il respectait le droitpartoutoii il le reconnaissait, mais (juand derrière le droit il voyait un mal, il 1 attaquait directement, non pour se faire de cette attaiiue un moyen d’envahir le droit, mais pour supprimer réellement le mal même, .le le répète, un ferme bon sens, une extrême équité, une bonne intention morale, le goiitde l’ordre, le désir du bien commun, sans dessein systématique, sans arrière pensée, sanscombi-

naison politique proprement dite, c’est là le vrai caractère du gouvernement de saint Louis (1). »

Charlemagne ne pensait pas autrement, etdans une occasion solennelle, quand, après son couronnement comme empereur, il demandait à tous ses sujets un nouveau serment de fidélité, il disait :

« Qu on publie, de manière à ce que chacun le comprenne bien, quelle est la grandeur de ce serment et tout ce qu il embrasse : car d ne faut point croire, comme quelques-uns l ont pensé jusqu ici, que la fidélité due au seigneur empereur, consiste seulement à ne pas attenter à sa vie, à ne pas introduire rennemi dans ses étals et à ne se rendre coupable d’aucune iiifidélilé, soit en y consentant, soit en ne la dénonçant point. Mais que tous sachent quelles sont les conséquences du serment prêté. Les voici :

« Que chacun veille à se conserver dans le service de Dieu, selon son intelligence et selon ses forces ; car le seigneur empereur ne peut pas s’occuper de la conduite de chacun en particulier »

Saint Thomas d’Aquin revient souvent sur cette idée fondamentale : « Les lois humaines laissent un certain nombre de fautes impunies îi cause de la condition imparfaite des hommes, <{ui fait que beaucoup de choses utiles seraient empêchées si tous les péchés étaient réprimés par des péna-

lités strictes (3). »

Nous voilà bien loin de la direction de toutes les forces de la société par l’Etat. Ce <iue l'Etat chrétien, représenté par Charlemagne et saint Louis n’a pas cru pouvoir faire, l’attendra-t-on de l’Etat moderne humanitaire ?

Oh : sans doute, le rôle d’un pouvoir chrétien est grand; il est même nécessaire. Il faut que le droit et la justice régnent aux sommets de la société pour que la haine et la convoitise ne débordent pas dans l'atelier de travail et dans les campagnes. Mais Charlemagne et saint Louis de nos jours ne feraient pas ce que des imprudents demandent à l’Etat, à savoir de prendre en mains la direction générale du travail et de tout soumettre à l’application d’une règle préétablie. Une pareille tàcbe n’est pas dans les i)Ossibilités de l’existence de riiumanité sur celte terre.

(1) UisLuire de la civilisation en Fvance, 14‘> leçon.

(2) Sutmna Theolofiica, 11“ 2* quicst. 7S, arl. 1.

L’Eglise a toujours adapté son enseignement social aux nécessités économiques des temps. Le Christianisme ne s’est jamais solidarisé avec aucun système social, comme le brahmanisme l’est avec celui des castes ; il s’est accommodé du servage, du régime des fiefs, des corporations ou des monopoles locaux résultant des banalités, des divers modes d’impôts, pareeque ces institutions répondent aux besoins des temps. Tant que la condition juridique du serf a porté atteinte à ses droits naturels, que son droit à contracter mariage, à entrer dans les ordres, à devenir propriétaire, a été plus ou moins diminué par les lois barbares ou par les coutumes, l’Eglise a poussé énergiquement à l'abolition du servage. Maisquand ces droits ontété parfaitement reconnus par les lois et les coutumes nouvelles, et que le servage n’a plus constitué qu’une condition civile placée à plus ou moins de distance de la noblesse comme la bourgeoisie, quand, en un mot, sa signilication a été purement économique, l’Eglise est complètement restée étrangère à l’achèvement de la grande transformation sociale à laquelle elle avait donné l’impulsion avec tant d’énergie. Au contraire, dans ce qui touche à l’ordre moral, à la famille, à l’unité et âl’indissolubilitédu mariage, elle montre une sévérité que rien ne peut ébranler. Le contraste de la conduite de l'Eglise dans ces deux ordres de choses est un grand enseignement.

L’ordre social chrétien est immuable dans sapartiemorale, mais change d’expression juridique selon le temps ; il accepte la liberté du choix des professions et des procédés de travail, la grande industrie et les associations de capitaux, la liberté des échanges et des communications. Un certain nombre de faits nous apprennent comment l’Eglise, dans ces matières, a toujours résisté aux exagérations auxquelles un certain nombre de penseurs se laissaient aller. Au xiv'^ siècle une grande controverse s’éleva sur la question de savoir si les constitutions de rente ne tombaient pas sous le coup de la prohibition du prêta intérêt. Beaucoup de bons esprits le soutenaient ; mais les Papes Calixte III et Martin V proclamèrent la légitimité de ces contrats. Le trinus conlractus qui aboutit à permettre le prêt à intérêt, pourvu que le capital soit employé reproducti veinent, a été approuvé par la plus saine partie des théologiens. De même, dans la vente à terme, entre négociants, il a été admis que le prix pouvait être plus élevé (ju’au complant, (juoi(jue cela ait été longtemps contesté.

Enfin au xvi<* siècle, Léon X et le concile de Latran ont approuvé l’institution des monts de piété, fondés par le frère Bernardin et qu’une nombreuse école de canonistes avait déclarée immorale.

Il ne faut donc pas regarder les conditions économiques des temps modernes comme inconciliables avec l’existence d’un ordre social chrétien, ni se laisser aller à maudire certains progrès matériels à cause des difficultés qu’ils entrainent avec eux. Il faut s’inspirer des pensées si sages et si élevéesde l’illustre cardinal Pecci, aujourd’hui S. S. Léon XIII, dans ses lettres pastorales sur la civilisation, où il a si bien mis en relief ce perfectionnement matériel du monde qui est évidemment dans les vues de la Providence, mais qui impose des devoirs encore plus grands aux hommes de notre temps.

Dans une brochure sur la quintessence de la question sociale, qui a eu un certain retentissement en Allemagne, on a dit que l’essence de la Révolution, c’était la machine et son introduction dans les ateliers. Plût à Dieu que la Révolution ne fut pas autre chose 1 Mais c’est précisément parce qu’elles s’attaquent essentiellement à la religion révélée et à la justice dans l’ordre politique, que les sociétés modernes ont tant de peine à résoudre des difficultés économiques qui entraînent des souffrances avec elles, mais qui se sont reproduites bien des fois dans le cours des temps.

La perturbation économique causée par la découverte de l’Amérique et du Cap de Bonne-Espérance a été au moins aussi profonde que celle amenée par ce qu’on a appelé l’ère des machines, et cependant l’ancienne société a su la surmonter, parce qu’elle avait des principes de vie morale, qui sont malheureusement profondément ébranlés dans les temps actuels.

Aussi bien, quand on en étudie de près l’histoire, on voit que le règne de l’ordre social chrétien ne se présente pas avec le caractère d’une période longue et continue de paix sociale et d’harmonie. 11 s’épanouit à certains moments, subit des atteintes, puis triomphe de nouveau, selon que la société s’écarte ou se rapproche des principes fondamentaux. Toujours il est le prix des elforts d’une génération courageuse, le triomphe d’un grand règne chrétien.

En ce qui touche spécialement les rapports sociaux, il

est faux de s’imaginer que le mouen-àge a été une époque de paix absolue. Dès 1 époque de Louis le Débonnaire, il est question de conjurations de serfs dans la Frise et ce prince est obligé de les réprimer. Au x*'- siècle éclate en Normandie une insurrection sanglante ; puis, ce sont dans les siècles suivants les mouvements des Pastoureaux sous saint Louis, la Jacquerie au xiv® siècle ; après la peste noire, les rois de France, d’Anglerre, d’Espagne, l’Empereur d’Allemagne sont obligés de réprimer la turbulence des ouvriers des villes.

Les grèves ne sont pas non plus aussi étrangères au moven âge qu’on se l'imagine. Les villes de l’Itali.e au xiv«* siècle

ont eu des mouvements populaires semblables à la Commune.

Enfin, ce qui prouve que le régime des corporations d’arts et métiers ne suffisait pas à résoudre toutes les difficultés sociales, c’est que, à la fin du xiv*^ siècle, les ouvriers s associent en dehors des patrons dans le compagnonnage, institution dangereuse que l’Église a cherché à moraliser,

mais qui a peut-être été le véhicule des plus funestes traditions du mal.

Les intelligences sont à certains moments presqu’aussi ébranlés que les rapports sociaux. Les hérésies des Potarins, des Vaudois, des Albigeois, des llussites. des Wikleffistes, qui se produisent du xiP au xv* siècle, sont des hérésies sociales autant que religieuses.

Et cependant la société du moyen-âge a surmonté ces difficultés et a triomphé dans ces luttes.

A chacune de ces invasions du mal elle a opposé des remèdes appropriés aux temps nouveaux. Au xP siècle c est 1 admirable institution de la tvèce de Dieu ; au xiii* siècle, ce sont les tiers-ordres de saint Dominique et de saint l'iMnçois, qui, en pénétrant la vie civile viennent réparer les maux causés parles Albigeois; ce sont les confréries ouvrières, qui se placent à coté du compagnonnage et lui servent d’antidote.

Ces retours au bien ont été possibles parce que la société avait conservé le pouvoir religieux, la liberté de l’Église, l’admirable- force d’expansion de la charité et du dévouement ; elle avait conservé aussi la notion de la légitimité du pouvoir civil, au lieu de prendre pour point de départ cette négation totale qui est le vrai caractère de la Révolution, à

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savoir que l’homme est sa lin à lui-môme, et qu’il ne peut y avoir d’autorité dans l’ordre civil, que celle qui résulte de la volonté des hommes eux-mêmes. Ce sont là des principes destructeurs de tout ordre social qu’un illustre penseur a justement appelés « les faux dogmes de 4789 », et avec lesquels aucune réforme n’est possible.

Deux grandes époques de découragement se sont produites depuis rétablissement du Christianisme. Après la chute de l’Empire romain, tout paraissait perdu ; il semblait que l’Évangile eût été impuissant à régénérer la société dans l’ordre civil. Saint Augustin meurt dans Hippone assiégée par les Vandales, saint Ambroise voit périr assassiné Gratien qu’il avait élevé pour l’Église et pour le trône. Et cependant, avant un siècle, les barbares se sont convertis. Clovis reçoit le baptême et inaugure dans notre pays le règne social de l’Évangile. Les rois visigoths et les rois anglo-saxons rivalisent de vertus. Nous arrivons à l’époque de Charlemagne. Après sa mort, l’empire carlovingien s’écroule, et avec lui, les espérances entrevues d’une société chrétienne. Un diacre de l'église de Lyon, Florus, fait entendre ces cris de désespoir, qui semblent écrits d aujourd hui ;

« Tous anciennement uriis par les liens de la concorde, maintenant que l’alliance est rompue, tous nous serons tourmentés par de tristes dissentions. Quelle sera la lin de tous ces maux ? Où s’arrêtera la colère de Dieu ? Mais c est à peine si quelqu’un s’en inquiète, c’est à peine si, en s en aftligeant, il laisse éclater sa douleur. On se livre aux plaisirs, au milieu des plaies d’un royaume qui succombe, et l’on donne le nom de paix à ce qui ne présente aucun des

biens de la paix. » ,

Malgré ces douleurs, les évêques et les moines du siècle n’ont pas cessé de travailler et de prier. Ils ont repris 1 œuvre de la civilisation, et comme résultat de leurs efforts, le grand règne de saint Louis fait éclater dans toute sa splendeur l’ordre social chrétien. C’est 1 apogée de l histoire , jamais l'humanité n’a été plus grande, parce que jamais elle n’a été plus soumise aux lois de Dieu et de 1 Église.

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I. Echec (le la réforme sociale lenlée par Auguste. Insuffisance de la philosophie pour arrêter la décadence du inonde antique. — 11. Comment l'Eglise n’altaijua pas les institutions civiles existantes. — III. Réforme de la famille, amélioration des impurs domestiipies. — IV’. Les empêchements au mariage. — V. Amélioration dans la condition des esclaves. — VI. Les affranchissements chrétiens. — VII. Réhabilitation du travail manuel. — VIII. La suppression des professions parasites et hontèuses. — LX.Le repos du dimanche et des fêtes. — .X. Notions nouvelles sur le régime et les devoirs de la propriété. — .XI. Prédications contre le luxe. Les devoirs de charité. — .Xll. .Moralisation du commerce. Interdiction du prêt à intérêt. — XIII. Les œuvres de charité de l’Église. — L’assistance des pauvres et des malades. Le rachat (les captifs. — XIV. Fondement moral donné à l’obéissance, au pouvoir civil. Amélioration des rapports politi(|ues. — .XV. Pourquoi le Christianisme n’a pas sauvé l’empire romain. — XVI. Les hérésies des cinq premiers siècles et leurs conséquences sociales.

I. La ruine de l’Empire avait commencé plus d’un siècle avant Constantin et la société était déjà dans une décadence irrémédiable quand le pouvoir suprême passa aux mains d’empereurs chrétiens.

La grande réorganisation administrative d’Auguste avait pour base une réforme sociale. Il avait voulu rétablir la famille, restaurer l’autorité des maîtres sur les esclaves, faire de la cité romaine le prix offert à tous les hommes libres qui se classeraient honorablement dans la vie civile. Mais cette réforme avait complètement avorté, parce que les principes moraux sur lesquels elle reposait étaient trop faibles pour la porter.

La conception du droit naturel formulée par Cicéron et

44 ' ‘ ^ ' . t ' * * CÜAPITHK 1

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par les, S^oïcierjs ïïa ai^nf, 4té adoptée par les jurisconsultes ; mais lés sah'ctions elTicaées lui faisaient défaut pour dominer’ies'ùnies. Puis* elle présentait de graves lacunes en ce qui toiidic là parefé de^ mœurs, les rapports de famillle, la charité, la cohditidn (ies esclaves. Il faut une grande ignorance des faits chez un écrivain comme M. Courcelle-Seneuil pour qu’il ait pu dire que « l’influence delà théorie du droit naturel formulée par les Stoïciens a été en somme plus étendue, plus constante et surtout plus bienfaisante que celle du Christianisme » (1).

Ce sont les jurisconsultes pénétrés de cette doctrine qui ont écrit Servus nulliim capiit habet. Les quelques ménagements que les esprits éclairés conseillaient envers les esclaves, procédaient d’une idée analogue à celle de la Société protectrice des animaux. « Cum omnia in serviun Hceanti écrivait Sénèque, esite nliquid quod in hominem liceve commune jus animantium vetet » (2).

Les princes et les administrateurs qui prodiguaient les distributions gratuites aux citoyens oisifs en restèrent presque toujours à l’endroit des pauvres et des soutirants, à la cruelle maxime de Plaute : « C’est rendre un mauvais service à un mendiant que de lui donner de quoi boire et de quoi manger : c’est perdre ce qu’on donne et pour lui c'est prolonger sa misère. » « La pauvreté rend les gens ridicules, » disait encore Juvénal (3). Sénèque n’est pas moins dur : « La compassion est un vice de l’àine que réprouve le sage malgré le préjugé vulgaire (jui en fait une vertu (4) ! »

Assurément il ne faut pas nier la valeur de la philosophie : elle est, comme l’a dit Tertullien, le témoignage de l’àme naturellement chrétienne. Le droit romain a le grand mérite de s’ètre incorporé d’une manière pratique les préceptes de la philosophie sur l’égalité juridique des hommes et sur leur liberté naturelle ; il a dégagé du vieux symbolisme

(1) Inlroduclion à la tradiiclion de V Ancien Droit, considéré dans ses rapports avec l'histoire de la société primitive et avec les idées modernes, par Siminer Maine ; Luillaumin, 1874,

p. XIX.

(2) De Clementia. I, 18. Sur le Jus animantium, v. Ulpien. Dig. De Justitia et Jure i'r. 1, §3.

(3; Trinummus, ad. ii, sc. 2. — Salir.

(4) De Clementia. II c. 4 et 3. Platon, Delà Hépublique,\, III, enseigne (ju’il ne faut pas prolonger la vie des êtres débiles.

formaliste, qui lui est commun avec toutes les anciennes législations, une théorie des conventions qui est la plus haute application de l’idée de l’acte volontaire et qui s’est par là même imposée à tous les peuples civilisés. Mais ce serait dépasser la mesure que de voir dans les écrits des jurisconsultes une préparation éranqélique, encore plus de prétendre avec M. Duruy que les institutions de l’Empire allaient toujours en s’améliorant et que sans Constantin une ère de liberté civile et de bien être populaire aurait lui pour la société romaine.

L’atroce sénatus-consulte Silanien, qui viole tous les principes de justice à l’égard des esclaves, est contemporain des écrits de Sénèque et des discours de Dion Ghrysostome sur l’égalité native des hommes. La jurisprudence développe la distinction entre les honestiores et les humiliores, qui méconnaît l’égalité devant la loi et réduit à rien l’extension du droit de cité, à l’époque d'Ulpien et de Paul, les jurisconsultes aux vues les plus larges. Enfin la législation administrative de Dioclétien sur Yorigo vient supprimer les avantages les plus précieux de la liberté civile pour les classes inférieures et moyennes.

Cependant la civilisation officielle se complaisait de plus en plus en elle-même.

Le préambule de l’édit de maximum de Dioclétien répète presqu’à chaque ligne le mot à'Humanitas. C’est là l’inspiration des princes dans leiirs mesures les plus arbitraires. L’expression de Civilitas, dans le sens de civilisation, date aussi de cette époque. Constance appelle son temps beatissirniun sæculum. A la veille de la chute de l’Empire, les empereurs Arcadius et Honorius justifient par la moderatio nostri sæculi une faveur qu’ils accordent aux Juifs (1).

L’empire des mots vagues et sonores n’était pas moindre chez les hommes politiques et les lettrés du iii® et du IV® siècles que dans la presse et les assemblées publiques

du XIX*.

Le Christianisme apporta à cette société un certain nombre de nouvelles idées morales, et il leur donna immédiatement une réalisation pratique. Dès le temps des apôtres, les chré-

(1) Cod. Theodos. deJudœis I. 20 (412). Cf. Cassiodore, Var/ar, IX, 14; Orelli, Inscript. 1099.

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tiens, tout en remplissant les devoirs civiques et militaires, qui n’étaient pas incompatibles avec leur foi, formèrent une société séparée, vivant sur elle-même et par ses propres ressources. Ils devinrent au bout d’un siècle assez nombreux pour exercer, par voie d’intluence et de pénétration d’idées, une action efficace sur la société officielle.

Les fondations des Antonins au profit des enfants abandonnés, les rescrits de Marc-Aurèle en faveur des esclaves maltraités par leurs maîtres, sont de l’époque où Tertullien disait : « Nous sommes partout, nous ne vous laissons que vos temples, » Le règne d’Alexandre Sévère, si moral et si favorable aux associations ouvrières, fut inspiré par le Christianisme pour lequel ce prince avait une inclination sérieuse. Les deux Philippe étaient des chrétiens, quoiqu’ils n’osassent pas rompre avec la tradition officielle païenne. Leur règne fut des plus bienfaisants pour l’Empire (1).

En Gaule, lors de l’invasion de la bande germaine de Chroc, qui rappelait par ses ravages et sa marche foudroyante les Cimbres et les Teutons du temps de Marius, on put juger de l’influence qu’avaient prise les évêques. Ce sont eux qui partout organisèrent la défense des cités ou traitèrent de leur rançon (2).

Nous allons étudier successivement les principes de moralité privée et publique qu’apportait le Christianisme, leur réalisation dans le sein de la société chrétienne, et finalement leur pénétration dans la législation sous les empereurs chrétiens (3),

11. Le Christianisme ne prétendit pas changer tout d’un coup l’organisation sociale. Les apôtres furent les premiers h prémunir les fidèles contre les conséquences erronées

(1) V. sur le règne de ces princes, P. Allard, Histoire des persécutions, t. IL

(2) M. Paul Allard, dans la Revue des questions historiques, t. XL, (janvier 1887) a démontré que l’invasion de Chroc doit être placée à cette époque, et il raconte les nombreux actes d’intervention épiscopale. Cf. Histoire des persécutions, t. III.

(3) L’effort des chrétiens pour faire pénétrer dans la législation leurs idées morales s’est manifesté dès le règne de Constantin par les Institutiones de Lactance, v. notamment livres v et vi. Lactance à la différence des autres apologistes est un jurisconsulte. V. à ce sujet un article du professeur C. Ferrini dans la Rivista internazionale di science sociali (Rome) août 1894.

qu’on eut pu tirer de leur doctrine sur la liberté des enfants de Dieu et sur la fraternité de tous les hommes en Jésus- Christ,

« Esclaves, dit saint Paul, obéissez à vos maîtres terrestres comme vous obéiriez au Christ, dans la simplicité de votre cœur; ne leur obéissez pas avec un empre.ssement servile, qui ne cherche qu’à plaire aux hommes, mais du fond du cœur, pour faire la volonté de Dieu. Servez avec bonne volonté pour contenter Dieu, non les hommes. » Quand l’apôtre veut garder auprès de lui l’esclave fugitif Onésinie, c’est uniquement à la charité de son maître qu’il s’adresse M),

Saint Barnabé, saint Ignace d’Antioche recommandent aux esclaves et aux servantes de ne point devenir orgueilleux (2). Au commencement du iv« siècle encore, un concile frappe d’anathème celui qui, prœtextu divini cu/tus, exciterait un esclave à mépriser son maître et à ne point apporter dans son service la bonne volonté et le respect qu’il lui doit (3).

Pour réformer la famille et la société, le Christianisme agissait en condamnant absolument certains vices autorisés par les lois civiles et en propageant la pratique de ses conseils.

III. Le point capital de la doctrine chrétienne est le respect delà dignité morale chez soi et chez les autres.

Par conséquent les apôtres et les Pèresde l’Église mettent au rang des plus grands crimes la fornication, la sodomie, le commerce de l’homme marié avec ses esclaves.

Rien n’était plus nouveau pour le monde païen que cette vérité rappelée par saint Jérôme « apud nos quod non licet fejninis œque non licet virisel eadem servitus pari conditione censetur » (4).

Le mariage est, dès les temps apostoliques, un sacrement pour les baptisés et est entouré de solennelles bénédic-

(1) Ad Colossenses IV. 1. ad Ephesios VI. 3. ad Titum IL 9. 10. ad Philemonem.

(2) Epilre de saint Barnabé, c. 19 Espist. s. Ignacii ad Polycarpum 4.

(3) Concile de Gangres (vers 325) dans Labbo Concil, t. Il,

(4) Epist. 77 ad Oceanum de morte Fabiolœ. S. Ignace.

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lions. (1) Il est indépendant de toutes les lois civiles, puisqu’il ])eut unir ensemble des esclaves et des libres, et le divorce est flétri entre chrétiens, encore que le droit civil l’ait permis jusqu’à la chute de l’Empire.

Non seulement l’avortement, qui, quoique réprouvé par les lois, était absolument entré dans les mœurs, est sévèrement condamné (2), mais il en est de même de toutes les pratiques contraire à la génération (3). L’exposition des enfants qui était devenue trop fréquente est sévèrement condamné (i). Les familles chrétiennes sont nombreuses et Constantin peut abolir la partie des lois papiennes qui atïligeait aux célibataires des déchéances en matière de legs ; Théodose peut autoriser les donations entre époux, sans plus se préoccuper du nombre de leurs enfants (3).

Un remarquable relèvement du niveau moral se produisait dans les familles chrétiennes (6) : témoin le tableau ravissant du mariage tracé par saintBasile dans ses poésies. Ce qui y frappe surtout, c’est l'intluence croissante que prend la femme dans la famille, au fur et à mesure que le mariage devient plus chaste. Entre la description du rôle de l’épouse et de la mère, que fait le saint évêque de Gésarée et le gra-

(1) Tertullien de Prudentia : « IV Ideo penes nos occulta; (pioque caajunctiones, iftest non prius apiid Ecclesiam profes.sa;, jiixta inœcliiamet fornicaiioncni jiidicari periclitantur. » Cf. S. Ambroise. Eplst. 70 et 4e Concile de Cartilage, canon 13

(■2) S. Ambroise, Hexa/neron. V. accuse des femmes riches de se faire avorter par avarice. Gf. Tertullien Ad gentes, i. 15 et hpolog. 0.

(3) Lactance de Jnstituiiane divina, lib. VI, 20 et 23. S. Cvprien de Opéré et eleemosinis, c. 13, 15-18. Titus Bostrocu-s It-33. S. Augustin contra Faustum, 7 et de Moribus manichccoruvi, 05.

(4) S. Justin Apologet, t 27. Chrysoslome homilia 4 in illud Filins ex se nihil facit.

(b) Gode ïheodosien de infirmandis cœlihum poœnis et de Jure Uberorum, 1. 2 et 4. L’historien ecclésiastique Sozomène, (liv. 1, c. 9), en relatant ce changement des lois, fait cette réllexion ; « Constantin jugea qu’il était absurde de croire que les procédés législatifs humains pouvaient faire accroître le genre humain, alors que la nature, suivant l'ordre de la Providence, constamment reçoit de l’accroissement ou de la diminution. » Pendant tout le moyen Age, au moins jusqu’au xyfi siècle, on n’eut pas d’autres idées sur la ipiestion de la population.

(6) Saint Ambroise De Abraham, lib. i, c. 3, § G etc. 9, § 85.

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cieux dialogue d’Ischomaque par Xenophon, il y a une distance immense ; il nous semble être transporté au temps de saint Louis ou au nôtre, là où les thèses sur l’émancipation de la femme et l’égalité des sexes n’ont pas pénétré.

« On trouve dans les monuments des Catacombes de ces siècles la trace de cette transformation: ici, c’est un fond de coupe où sont représentés deux époux se tenant par la main, avec le monogramme du Christ ; là, Jésus-Christ, placé au centre du dessin, dépose deux couronnes sur la tête des époux. L’inscription complète souvent l’idée : au nom des époux elle ajoute VTvaïis. Cette idée de Dieu devait rappeler désormais les devoirs imposés, et l’on voit les inscriptions funéraires mentionner avec complaisance le témoignage du devoir accompli. On loue l’épouse très fidèle : conjugi /Idelissimæ ; l’épouse chaste : compari castœ ; l’épouse pleine de pudeur: conjugi piidicissimœ\ l’épouse qui vécut en paix avec 'son mari : mccum fecit... sine alla controversia. — (Juam niumiuam mecum discoi'dia ; celle qui vécut d’une vie irréprochable, toujours pleine de charme et de douceur : Quw rixit mecum inculpahiliter et cum Omni suavitate dulcissime ; celle qui par ses prévenances fit toujours régner l’harmonie dans son ménage : Quæ ejus ohsequio semper nobis coiwersit. Dans d’autres inscriptions, l’éloge porte sur l’assiduité aux devoirs purement matériels de la vie, car le Christianisme a ennobli le travail, et on vante l’épouse qui mena une vie laborieuse : Rufuiæ quæ mecum laboravit ; celle qui aida son mari dans ses labeurs: Laborum soda ; celle qui fut mère et nourrice : matri et nutrici dulcissimæ. On célèbre également et là femme épousée vierge et l’homme qui s’est marié en étant jusque là resté vierge. Pour les désigner, on a du inventer un mot. Virginius et Virginia senties noms de l’époux et de l’épouse demeurés vierges jusqu’au jour de leurs noces. Voilà les mentions qui, dans les inscriptions chrétiennes, remplacent le pompeux étalage des titres et le cursus honorum » (1).

Que le Christianisme ail amené une amélioration notable

(1) Del’Epinois. Revue des questions historiques, t.II, p.2G8. Les Catacombes de Rome.

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