‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 4 sur 161 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

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des mœurs, c'est ce qu'il est impossible de contester. D’abord les familles de chrétiens piatiquant sérieusement leur religion étaient fort nombreuses ; puis le niveau des idées en matière de moralité était, au iv^ siècle, bien différent de ce qu’il était au premier ou au second. La correspondance d’Ausone, qui est un païen, celle de Sidoine Apollinaire, qui est un chrétien vivant dans le monde jusqu’à plus de quarante ans, celle de Paulin de Noie, nous montrent des intérieurs de famille très respectables et qui contrastent avec ceux des siècles précédents. Le retour à la vie rurale contribuait évidemment aussi à l’amélioration morale des hautes classes. Les esclaves étaimit généralement bien traités et il n’est plus question dans aucun texte de cette époque des atrocités, de 1 époque classique. Salvien lui-mème le reconnaît et il n est pas suspect de voir en beau les mœurs de son temps (1).

Il laut lemarquer que les graves désordres signalés par les pères du iv® siècle visent surtout la population des grandes villes qui, après Constantin, s’était convertie en masse au Chi istianisme, mais n avait pas pour cela beaucoup change.

Salvien parle av ec de tels détails de la fréquence de l’adultère dans les hautes classes, de la multiplication des lieux de prostitution dans les vdlles de l’Aquitaine et de la Septimanie qu on ne peut pas repousser son témoignage absolument. Il en était de même à Carthage et à Rome (2j. Des femmes de noble naissance y fréquentaient de véritables maisons de passe. Saint Jean Chrysostome a décrit les fêtes scandaleuses de la Majïima à Antioche (3). Nous pouvons nous représenter ces grandes cités chrétrennes de nom avec tous les vices qui régnent dans les capitales modernes. Les calamités des invasions devaient seules purifier ces mœurs païennes.

v judicieuses observations de Fustel de Coulanges sur

1 ainétioration des mœurs au v« siècle, Revue des Deux-Mondes lo octobre 1880. ’

(2) Salvien, de Guhernalione Dei, lib. VII, c. IG et suiv. Les mœurs des cités africaines pleines de courtisanes faisaient horreur aux vandales, à l’en croire.

(3) V. Les 7ïiœurs byzantines cl\iprès Saint Jean Chrysostome, par lîené hdi\o\\teÆssais de littérature et d' hi soir e, lSQi.

IV. Les empêchements de mariage pour cause de parenté furent un des points sur lesquels l’Eglise eut le plus à lutter contre les mœurs anciennes. Dans tout l’Orient, en Egypte et même dans la Grèce, les mariages entre frères et sœurs, oncles et nièces étaient pratiqués fréquemment (1). Les mœurset le droit desRomains condamnaientces alliances (2). Mais sous Claude une brèche fort grave avait été portée à cette discipline : en tout cas, les mariages entre beauxfrères et belles-sœurs et entre cousins germains étaient permis.

Ils furent prohibés par la législation de l’Église, et les empereurs chrétiens firent peu à peu passer ces prohibitions dans le droit civil. Constantin 11 défendit absolument te mariage entre oncle et nièce ainsi que ceux entre beauxfrères et belles-sœurs. Théodose défendit celui entre cousins germains ; mais Honorius admit qu’un rescrit du prince pourrait les autoriser (3).

Au VF siècle, la prohibition s’étendaitjusqu’au 6' et au 7® degré comptés à la manière du droit civil, c’est-à-dire en additionnant les générations des deux côtés. Après saint Grégoire le Grand, l’Église adopta l’usage germanique de compter seulement les degrés d’un côté (4), ce qui doubla presque l’étendue des prohibitions en ligne collatérale.

Elle obéissaitencela à une pensée sociale que saint Augustin a très nettement exprimée dans la C’ïVe de Dieu, lib. XV, c. 16. (( Au commencement du monde, quand il n’existait qu’une seule famille, Adam et ses enfants, les hommes devaient épouser leurs sœurs. Plus tard, le lien de parenté devint un obstacle dans l’opinion commune et dans les légis-

(1) y. Le droit civil et les instittuions sociales à Sparte, par Claudio Jannet, 2« édit., Cf. Socrates, Vita Constantini Magni, ni, 36, et Sozomenes, Hist. Ecoles, v. 2 et les auteurs cités par Godefroid, dans son commentaire sur le titre de Nuptiis incesiitosis du Code Tliéodosien ; Code .Tustin, 1. 8, de incestis et inuli-

lib, nuptiis et de adiiUer. 1. 18, de donationib. ante nuplias,

(2) Virgile, Œneid, VI, 623-624 ; Tacit, Armâtes. Xff, 4.

(3) GocleTbeodos. de nuptiis incestuosis 1. 1. et si nuptke ex resc7Ûpto petantur. Code Justin, de incest. et inutilib. nuptiis. S. Ambros. Ep. 60 ad Palernum, c. 8., cf. le Synode romain tenu sous le Pape Siricius (384-398).

(4) S. Gregor Magii. Epistolar. XI, 64.

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