‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 32 sur 161 · LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ DU VII® AU IX® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ DU VII® AU IX® SIÈCLE

à sa délonse contre l’ennemi extérieur, satisfaire elle-méine à tous ses besoins économiques, et que tous les membres du môme groupe sont unis entre eux par un lien spécial, celui de la féanié.

Quand la société fut ainsi constituée, elle dilférait tellement des liges précédents que le moine qui rédigeait au douzième siècle le cartulaire de l'abbaye de Saint-Père, en transcrivant des litres datant d’environ cent cinquante ans, constatait que les noms des redevances et les états des personnes avaient changé, au point de n’étre plus intelligibles pour les hommes de son temps.

Le trait caractéristique de la première période du moyen îige, de celle qui s’étend du vi® au ix' siècle et précède la période féodale proprement dite, c’est l'absence d’homogénéité, aussi bien dans les races (}ue dans la pensée politique.

Le souvenir du monde romain est encore présent, et il s’impose aux préoccupations des. peuples ; c’est plutôt en arrière queles regards se portent, etdes tentatives sont laites pour reconstituer le vieil empire tombé.

Mais c’est en vain que la pensée des peuples s’attarde, ((ue Charlemagae fait vivre par son génie une œuvre éphémère, et que ses successeurs essaient de la soutenir, la société marche vers la vie féodale.

La cause interne du mouvement des peuples dans ces temps, c’est l’action de l’Église, (|ui pousse peu à peu la société vers l’unité et l’amène ii se créer une forme extérieure conforme à ses besoins ; toutefois l’action de l’Église n’est pas la seule à se faire sentir, à côté d’elle il y a des actions économiques (|u’il convient d’étudier.

La société, au vi® siècle, renfermait des classes ditférenles ; l’analyse des textes nous en révèle au moins huit distinctes : 1® les nobles germains ; '2® les hommes libres de (icrmanic organisés en marches un communautés agraires ; 3® les grands propriétaires l'omains ; 1® les petits romainset les petits propriétaires allodiaux germains ; 5® la classe servile attachée au sol, (lides, serfs germains, colons

romains, esclaves) ; G® les villes, avec les citoyens romains libres, et les débris de leur organisation en collèges d’artisans ; 7® l’Église, a'vec ses vastes domaines, peuplés de colons, ou occupés par des bénéficiers libres ; 8® enfin, les lises royaux, avec leurs colons et leurs esclaves qui ont une condition plus relevée à cause de la dignité de leur maître, idée qui n’avait pas été étrangère aux Romains mais que les Barbares développent considérablement.

11 importe de s’expliquer sur la situation des nobles {^rmains et des Germains organisés en marche.

Il existe, au début des sociétés, une sorte d’égalité dans les conditions extérieures de la vie ; on la rencontre chez les chasseurs et chez les pasteurs, dans les sociétés patriarcales. Mais cette égalité ne se trouve qu’à l’origine des peuples et non à leur déclin.

Ce genre d’égalité régnait assurément dans la Germanie primitive : cependant dès lors, au milieu de celte organisation en tribus, il y avait des races, nobles par le sang, par la royauté héréditaire, par le sacerdoce. Puis, à côté d’elles, il y avait une noblesse acquise dans les expéditions lointaines, où se formaient ces bandes qui, sous la conduite d’un chef, traversaient d’immenses espaces, brûlant et pillant tout ce qu’elles rencontraient.

Les deux types germains d’organisation sociale étaient les marches ou sociétés stables agraires, avec une constitution patriarcale, et les bandes guerrières formées volontairement, mais organisées avec une hiérarchie vigoureuse par les nécessités de la guerre.

Ces deux types .se retrouvent sur les terres conquises, mais tandis que dans la Germanie primitive la bande guerrière est l’exception, dans le monde romain envahi, c’est la bande guerrière qui domine.

Au commencement, un certain nombre de tribus voulurent continuer sur la terre conquise la vie patriarcale de la patrie, et y établirent des marches.

Dans les marches, tous les hommes sont égaux, chacun a son hof clos, avec ses dépendances, avec son inviolabilité absolue ; chacun a des jouissances égales, en principe, sur ces vastes étendues de terres, de forêts et d’eaux communes.

Autres sont les résultats des établissements des bandes guerrières. La bande se divise, mais il reste quelque chose

Page 1