LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ DU VII® .AU LX® SIÈCLE
ainsi : « Que tous les -évêques, abbés, abbesses, grands propriétaires {opiimates), comtes et tous les fidèles qui tiennent des bénéfices royaux ou ecclésiastiques, nourrissent, chacun sur son bénéfice, les gens de sa dépendance. »
Cette obligation ne s’applique pas seulement à ceux (jui ont des terres bénéficiaires; des Capitulaires de 801) et de 818 obligent formellement tout propriétaire ànourrir les hommes soit de condition servile, soit libres, qui sont dans sa dépendance, ad se pertinentes, disent les textes.
Un pouvoir disciplinaire devait naturellement correspondre à ces lourdes obligations. En cette même année 806, un Capitulaire défend aux mendiants de parcourir le pays; c’est à chaque propriétaire à nourrir ses gens et à les empêcher d'aller mendier ailleurs. On peut définir d'un mol cet état social : c’est le patronage "obligatoire.
L'unité agricole est laiu7/a ouïe fiscus. Ces divisions territoriales sont formées par un ensemble de tenures souvent partagées en plusieurs morceaux de terre, mais qui se groupent autour d’un grand domaine, à l’exploitation duquel les tenanciers concourent par leurs corvées. Le domaine est le centre de l’exploitation ; là réside le maître et, à son défaut, un intendant ; là se trouvent le grenier, les étalons, les moulins et aussi la cour de justice avec la prison. La, résident les servi non casati et sont établis de nombreu.x ateliers industriels. Le domaine est appelé aussi chefmanse. villa capitanea, aula ou cniiis salica, il correspond à V/iof du Cermain.
De la villa capitanea dépendent des terres arables considérables, dont les travaux principaux sont efièctués par les corvées des tenanciers. Les cultures spéciales, et aussi le supplément de travaux nécessaire, sont exécutés par les servi casati retenus autour de la villa qI nourris par l’intendant (proacuda/'b). Les forêts et les cours d'eau, sauf des droits d'usage pour les colons et les serls des tenures, sont toujours réservés au domaine.
Les tenures ont des noms divers ; on les appelle d’abord dans la Xeustrie et la Bourgogne colonica ; j)uis cette appellalion est remplacée par celle de mansus, qui, usitée d’abord dans le nord et l’est de la France, s'est conservée jusqu'à aujourd'hui dans le midi avec l’expression de mas ; sur les bords du Bhin, on dit huba, qui n’est que la forme latinisée de bof. Ce serait une erreur de croire que leur contenance
168 OFAPITRE III
soit toujours fixée à 1:2 boniers ou 15 hectares 50 ares ; elle varie selon les localités et la qualité des terres. En principe, c’est une tenure suffisante pour fournir la subsistance d’une famille. Dans la description des fiscs de Saint Germain, on trouve (|uelquefois plusieurs ménages, qui ne sont point unis par les liens de la parenté, fixés sur un même manse ; on peut voir là l’origine des communautés taisibles. Sur l'abbave de Saint-Germain-des-Prés, nous vovons des demimanses et des quarts de manse, ce qui indiijue une augmentation dans la population et dans la fertilité du sol depuis l’époipie de la constitution des domaines. Le bétail est souvent fourni par le seigneur, comme l'indiquent un passage de la loi lombarde de Kotbaris et plusieurs anciennes chartes.
Les tenanciers doivent des redevances et des corvées. Ces redevances ne représentent jias exclusivement le prix de la jouissance de la terre. 11 en est, comme le cotsus, qui ont ce caractère, mais d’autres dérivent de l’ancien impôt romain comme VliosUlicinn ou le carnarium .
Le capadcurii, l’ancienne copilaiio Jiumana, (jui représente l’impôt personnel, doitètre payé en numéraire, et l’on comprend que les propriétaires y tiennent, car le numéraire est rare à cette époque. — D’autres redevances (jui, en principe, consistenten services, sont, d’après lePolyptique d’Irminon, convertibles eu argent, à la volonté des tenanciers. Un voit là un résultat du progrès delà culture et le commencement du mouvement qui aboutira à la conversion en redevances fixes en argent de tous les services et de toutes les redevances en nature. Le census, au contraire, prix du loyer de la terre, est toujours payé en nature, en bœufs, quelquefois en brebis, le plus fréquemment en porcs.
Cela indique que ces redevances ont été établies à une époque oïl l’élevage du bétail l’emportait sur la culture des céréales. Puis, une raison économique explique le maintien de ce mode de paiement: le marché des céréales n’existant pas, il est inutile de produire au-delà de la consommation. Les produits animaux, au contraire, se transportent facilement et se vendent de même.
Dans la colonie rurale certains manses sont tenus à de.s redevances spéciales, comme de la cire, des outils, des laines. Le principe économique de l'épotjue est (lue chaque terre doit se suffire à elle-même; il faut donc <}ue chacune fabri-
i LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ DU VII« AU IX® SIÈCLE 109
que tous les produits nécessaires aux besoins de sa population. Les services ou corvées des serfs consistent en labours obligatoires de certaines quantités de terre, curvadæ, et en journées appelées manoperæ. Pendant les corvées, les hommes sont nourris par le maître, ce qui, à cette époque, constitue souvent un avantage pour eux.
Pour les corvées accessoires, notamment pour l’entretien des vignes, on a recours aux hnspiies et aux servi no» casati. Dans le Capitulaire de Villis, les bénéficiers sont charr gés spécialement de l’élevage des chevaux et de l’entretien
des haras : c’est une sorte de service noble, et on le confie de préférence à de petits bénéficiers.
Enfin, autour des grands domaines et dans leurs dépendances, on trouve un certain nombre de petites exploitations données à cens ou à condition du partage des fruits. Ces dernières sont assez nombreuses dans les domaines de l’Église de Marseille.
Une observation d’économie rurale assez intéressante, c’est que les vignobles sont, pour la plus grande partie, exploités directement par le propriétaire au moyen des ^ journées des serfs tenanciers ou du travail des hospiies. Cela
tient à la nature du produit. Aujourd'hui encore beaucoup de vignobles en France sont administrés de la même manière.
Cette organisation rurale existait encore dans le Danemark au siècle dernier. Elle a abouti à la constitution de trois classes bien distinctes : celle des grands propriétaires, herre ; celle des paysans, bœnder, devenus propriétaires de domaines moyens de 50 à 20 liectares qui, autrefois, cons- I tituaient des Jiubæ dépendantes des grands domaines ; enfin
i celle des ouvriers ou cottagers, Immmen, qui correspondaient
^ aux serfs domestiques et aux hospiies du moyen âge.
« D’après la loi Scandinave, dit M. Tisserand dans ses Eludes économiques sur /e les seigneurs ne pouvaient disposer, à proprement parler, que d’une certaine étendue de leurs terres ; celles-ci constituaient autour de leurs châteaux de grandes fermes seigneuriales iherregaard) et ils avaient le droit de les exploiter en propre ou de les louer à volonté ; quant au reste de leurs domaines, ils étaient tenus de les louer aux paysans à perpétuité ou pour ^ leur vie et celle de leur femme, ils ne pouvaient ni les alié-
ner ni les réunir à leurs fermes pour agrandir celles-ci, ni
: aMgSy I ijipy