‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 48 sur 161 · I II · texte numérisé non relu

I II

dans le Nivernais. Au premier abord, la liberté de l’individu y semble sacriliée ; mais en délinitive, les intérêts de tous sont tellement les intérêts de chacun, la représentation des diverses conditions sociales est si bien assurée, que la dignité et la moralité de la masse y gagnent "notablement, sans que le libre essor des individualités éminentes y soit comprimé. Ce leur est un point d’appui plus encore qu’une entrave. Avant donc de donner (iueb|ues exemples de i êglementations municipales de Sisteron, disons bien haut que la réglementation imposée de loin à tous par une administration irresponsable ne doit y chercher aucun précédent.

Au xiv^ et au xv'^ siècle, les vins du pays étaient assez recherchés. Non seulement l’importation des vins étrangers était sévèrement prohibée, mais encore le conseil veillait « à la bonne réputation du crû en défendant sous de fortes « peines tout ce qui aurait pu en altérer la (pialité. Il (( fallait vendre son vin chacun chez soi et sans l’intermé- « diaire des taverniers. On ne pouvait en exposer en vente « deux espèces de la même couleur à la-fois, ni les mélan- « ger, ni les verser seulement dans le même vase, etc. » Les vins de Sisteron ont, depuis rabandon de ce système, complètement dégénéré. Par contre, la (juantité en a augmenté notablement; ce dernier résultat s’explique par la liberté de planter la vigne partout où l’on veut, tandis qu’autrefoison ne pouvait convertir une terre en vignoble (lu’ai)rès avoir prouvé quelle étai t impropre à la production du blé ( I ).

Le conseil intervenait parfois dans des matières encore plus délicates. Lu 1.L4S, a la suite d’une peste, « les bras <( inan(|uaient a 1 agriculture ; on se disputait les ouvriers.

« Et cette lutte entre le pauvre et le riclie finissait toujours « par tourner au détriment de celui-ci : « xXbus d'autan l plus <( ciiçint, porte la délibération, (jua si l’on n'y veniédic ce (( sciait déshécitcT les citoyens peu foctunés, yui, ne pouvant « faire travailler leurs terres, seraient contraints de les aban- « donner. » Pour y ol)vier, le conseil, après avoir taxé le « prix de la journée, Soumit tous les propriétaires sans « distinction a l’obligation de n’employer pour leurs cul- « tiires d’autres ouvriers que ceux (ju’ils tiendraient de la « main même des commissaires spécialement chargés du « soin de cette répartition. De leur côté, pour faciliter

(1) Jlist. polit,, t. Il, p. ■'loi et suiv.

UNE MUXICIP.VLITÉ DU MIDI DE LA FUAXCE

« l’opération, les cultivateurs furent tenus de se rassembler « tous les matins sur la place et séparément, chacun sui- « vaut le genre de travail auquel il était propre. Toutefois « plus les ouvriers se virent en plus petit nombre, plus ils « sentirent combien ils étaient devenus nécessaires. Nepou- « vant se soustraire à la taxe de la journée qui était fixée « à 2 sols fr. 50), ils s’en dédommagèrent en se faisant «( nourrir, et leur exigence à cet égard ne conne'ssait pas « de bornes. On enjoignit alors aux habitants de ne plus « rien fournir en nature, et aux cultivateurs de s’astreindre « rigoureusement aux termes du règlement sous peine d’une (( journée de travail (1). » Après la peste de J72U, la même situation amena les mêmes mesures. M. de Laplane a publié (2) le règlement fait à Aix par les procureurs des pays et communiqué par eux aux communautés. On y trouve de précieuses indications sur les valeurs du temps.

Toujours par suite des mêmes idées, la communauté se croyait obligée à festoyer les étrangers de distinction qui traversaient la ville, à assurer les divertissements des habitants, à veiller sur leurs mœurs (par exemple en leur défendant de dépenser plus d’une pièce d’or à l’occasion des baptêmes), enfin en pourvoyant à l’instruction des enfants, sauf, bien entendu, les droits de l'évêque.

Etat matériel et moral de la société au XV'^ siècle et au commencement du XVIe — L'état social que nous venons de décrire était évidemment fondé sur d’excellents principes. Cependant la population allait sans cesse en diminuant et en s'appauvrissant. En 1503, les 1,224 allivrés de 1327 sont réduits à 151 1 C'est que la sécurité faisait absolument délaut à ces temps; et cela suffisait pour paralyser les meilleures institutions. Pendant tout le xtvc et le xv« siède, la Provence avait été désolée par les pestes, les guerres locales, les incursions des grandes compagnies. Sisteron, placée aux défilés des Alpes, était plus particulièrement exposée a leurs ravages, et il ne faudrait pas juger par son exemple de la situation générale; d’autant plus, qu’outre ce désavantage, le peu de fertilité de son territoire et l’absence de toute industrie ne lui permettaient pas de réparer ses pertes comme d’autres villes plus favorisées.

(1) llist. polit., (. I, p. 180.

(2) Hist. polit., 1. II, pièces juslificaüves.

Page 1