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CHAPITRE IV

Au milieu île ces malheurs, la civilisation progressait, et peu à peu les habitants de Sisteron se portaient vers le commerce, qui pendant longtemps avait été abandonné aux Juifs etaux Italiens. Comme c’était le passage des marchands qui allaient en Italie ou en venaient, toutes les populations de la haute Provence s’y approvisionnaient, et on n’y comptait pas moins de dix foires par an. « En apprenant aux « gens du pays l'art de s'enrichir par le commerce, les lla- « liens leur apprirent aussi à mieux apprécier l’importance « sociale de cette profession ; ces étrangers étaient en gé- « néral des hommes honorables, etparmi eux un grand nom- « hre appartenaient àla classe de la noblesse. En les vovant « ainsi, suivant les lois de leur jiays, trafiquer sans déroger, « nos genlilhommes, la plupart trop pauvres pour résister « à l’influence de pareilles idées, sentirent bien vite s’affai- « hlir le préjugé ijui leur fermait le chemin de la fortune (c par le négoce, et ils tinirent jiar s’y jeter comme à l’envi. « Dès le jour où les nobles ne craignirent plus de devenir « marchands, les marchands se crurent en droit de devenir « nobles et ils en prirent la qualité. La révolution fut comf1 plète ; elle s'opéra d’autant plus rapidement qu’elle y (( trouva les esprits préparés. Depuis longtemps les guerres « étrangères avaient porté un coup mortel à l'ancienne no-

« blesse ; les grandes familles disparaissaient La vérité

« est qu’à celte époque tout ce qui tient au commerce est ou « se dit noble. On ne voit que nobles marchands, nobles « apothicaires ; c’est à qui fera partie de cette classe d’hom- « mes alors incontestablement la première^... Ce n’est pas « seulement à Sisteron que la noblesse vit ainsi son exis- « tence se modifier. On trouve les mêmes indications dans « les écritures des anciens notaires d’Arle.s, de Marseille,

U d’Avignon Le siècle suivant ayant interrompu le cours

« de ces idées en ramenant la noblesse se retremper dans le « sang des batailles, la vanité nobiliaire ne voulut plus re- « lever que de son épée ; elle oublia ce qu’elle devait à une « profession qui ne pouvait plus s’accorder avec ses préten- « tions(l). »

Pendant le xiv*’ et le xv® siècle, le prix moyen du blé fut, pour la charge de 128 kilogr., de 19 fr. 20 c. (le prix le plus

(1) V. JIùl. polit, t. I., p. 110 à 117, t. 11., p. 49G et 728.

élevé fut de 28 francs, le plus faible de 15 francs), et, pendant le XVI®, de 8 fr. 72 c. (valeurs intrinsèques); en 1898, un bœuf coûtait 145 francs (valeur relative) ; en 1432, il fut tué à la boucherie 3,158 bêtes de djfférentes espèces, coûtant au total 40,008 fr. 30 cent.; le bœuf, la brebis, le bouc étaient alors taxés à 21 centimes la livre, la vache à 17 centimes, la chèvre à 14 centimes, le mouton à 31 centimes. Le vin vaut à la même époque 5 francs la coupe de 32 livres (toujours valeur relative). En I308,l’émine de sel valait l fr.25 c., et au XV® siècle 3 fr. 75 c. A la fin du xviP siècle, l’administration en porta le prix à 23 fr., ce qui le mettrait aujourd’hui à 35 centimes le kilogramme.

A la veille du xvi® siècle, il importe encore plus de se rendre compte de l’état religieux du pays.

A Sisteron comme partout ailleurs, la féodalité et plus tard la mise en commande des bénéfices avaient introduit dans le clergé bien des désordres que les souverains pontifes et l’évêque, quand il était digne da sa charge, réformaient de loin en loin. Parfois et c’est ce qui arriva en 1431, le corps municipal s’adressait au pape pour obtenir la correction de ses pasteurs. L’esprit de famille était si développé dans ces communautés du moyen âge qu’on y traitait en commun jusqu’aux affaires de conscience.

Quant à la masse du peuple, elle paraît avoir conservé la foi et des mœurs pures. D'alleurs, les biens de l’Eglise ne tentaient pas sa cupidité. Les revenus de l’évêque et du chapitre étaient à peine suffisants, et dans tout le territoire on ne comptait que sept établissements religieux assez, pauvrement dotés. Les fondations charitables, qui s’étaient élevées jusqu’à onze, avaient dû dans le courant du xv® siècle se réunir en un seul hospice. En résumé, nous ne trouvons à Sisteron aucun signe avant-coureur du protestantisme. Mais sa situation comme place forte la désignait aux chefs du nouveau parti. Us tirent tous leurs efforts pour s'y établir, et c’est ainsi que de 1500 à 1599, nous voyons cette malheureuse ville prise et reprise par les protestants, les ligueurs et les royalistes.

Ce sont là les temps les plus tristes de notre histoire, car ces guerres ne furent pas seulement un trouble passager dans sa violence. L’anarchie introduite dans les esprits fut telle que personne n’eut plus souci des libertés publiques : dès lors, c’en fut fait de cette constitution libérale fondée

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