ÉTAT DE LA POPULATION, EN FRANGE DU XIV^ AU XYI^ SIÈCLE
Quel était l’état de la population en France pendant les XIV®, XV® et XVI® siècles ? H y faut distinguer quatre périodes très différentes. Jusqu’à la guerre de Cent ans et la peste de 1348, la population rurale s’était accrue considérablement. Reprenant l’opinion soutenue par Montesquieu et Dureau de la Malle, on peut démontrer que les campagnes de certaines provinces, et notamment de la Normandie, de l’Ile-de- France, de la Champagne, des Dombes, de l’Auvergne, du Quercy, de l’Orléanais, de l’Anjou étaient plus peuplées qu’elles ne le sont aujourd’hui. C’est ce qu’attestent une multitude de terriers et de dénombrements mis au jour par l’érudition moderne. Dans d’autres provinces, comme la Bretagne et la Provence, la population parait au contraire avoir été moins dense qu’elle ne l’est de nos jours.
L’Académie des sciences morales et politiques s’est occupée de cette question dans sa séance du 9 février 1878. M. Raudrillart, ayant, dans ses études sur les classes agricoles en Normandie, reproduit les conclusions des travaux spéciaux sur cette province de MM. Léopold Delisle et Robillard de Reaurepaire, a soulevé une vive contradiction de la part de M. Ilippolyte Passy, qui a prétendu qu’au temps de Philippe de Valois, l’état de l’agriculture et des arts industriels permettait à peine à dix millions d’habitants de vivre en France.
Introduisant un élément nouveau dans le débat, il convient d’examiner ce qu’on peut appeler les possibilités de la po])ulafion au moyen âge, et on reconnaît ainsi que la France pouvait alors, dans l’ensemble, nourrir une population rurale égale au moins à celle d’aujoui'd’hui, soit environ vingtdeux millions et demi d’habitants. Sans doute l’agriculture ne possédait ni les plantes fourragères, ni la pomme de terre, mais les territoires nouvellement défrichés avaient une fertilité semblable à celle des sols vierges du Nouveau-