‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 76 sur 161 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Monde. Le régime des eaux était plus régulier et plus abondant ; les massifs forestiers, peuplés souvent d’essences supérieures à celles qui plus tard ont prévalu, fournissaient

au bétail et particulièrement aux porcs une copieuse nourriture.

Mais surtout l’homme du xiv^ siècle, quoique très vigoureux et suftisainment nourri, coiitait moins à entretenir que l’homme du dix-neuvième siècle. Le régime était plus simple et moins compliqué qu’ actuellement, par conséquent la vie était moins conteuse Le luxe régnait dans une haute classe peu nombreuse, mais la constitution sociale du temps préservait de ces entraînements les habitants des campagnes et les bourgeois des villes,

Enlin voici un fait capital qu’il ne faut pas perdre de vue : la propriété noble et roturière était extrêmement divisée, beaucoup plus qu’elle ne l’a été après la guerre de Cent ans et surtout après les guerres de religion. Une quantité considérable de produits bruts ou céréales était mise à la disposition des cultivateurs et pouvait nourrir sur place une population très nombreuse. La part des produits prélevés généralement en nature par le propriétaire noble, était consommée sur place, et par conséquent retournait sous forme de salaire aux habitants de la localité.

Le côté faible de cette constitution économique était l’absence de produit net : les capitaux ne se formaient pas. Un n exportait pas de produits, par conséquent, on n’avait point de ressources à demander à l’importation en cas de disette, et elles étaient très fréquentes alors, une année sur trois en mojenne ! La population était ainsi constamment sur la limite extrême des subsistances.

Les 14 millions de population urbaine qu’a aujourd’hui la france, n étaient représentés, au moyen âge, que par deux ou trois millions d'habitants au plus. Paris avait au quatorzième siècle 300,000 habitants, mais les autres villes étaient très peu peuplées. Mettons-nous en garde contre les chillres tantastiques donnés par les chroniqueurs pour la population de certaines villes. Ils sont (lèmentis par les documents administratifs du temps. — La guerre de Cent ans amena une épouvantable dépopulation. Sous les règnes réparateurs de Charles Yll, Louis XI et Charles VIll, il fallut procéder au repeuplement du t<u-riloire, en appelant des culons a qui on ollrail des conditions très favorables.

LA CRISE DU XVie SIECLE

De là le bas prix de vente et de fermage de la terre pendant la fin du XV® et le xvi® siècle, prix très inférieurs à ce qu’ils étaient au xiii®et à ce qu’ils sont redevenus sous Louis XIII.

Les villes, qui avaient, à l’abri de leurs murailles, conservé toujours un centre de population, reprirent les premières leur ancienne prospérité, et même, à partir de ce moment, elles exercèrent sur les campagnes une attraction causée par les nouveaax emplois qu’offrait le développement des arts manufacturiers.

La grande propriété commence à se manifester à cette époque ; mais à côté d’elle les petites exploitations rurales, sous la forme de censives, ou de baux à rente foncière, continuaient à former le trait dominant de la constitution rurale. La Brie, la Sologne et le Gatinais notamment étaient, au XV® siècle, des pays de petite culture. Les ruines causées par les guerres de religion, à la fin du xvi® siècle, devaient frapper d’abord les cultivateurs et faciliter l’accroissement des domaines achetés par les bourgeois des villes.

Tous les témoignages des xvi® et xvii® siècles constatent la nombreuse population de la France sous les règnes de Louis XII et de François 1®*’. Elle n’était pas cependant aussi nombreuse dans les campagnes que sous Philippe VI. Mais les villes étaient plus importantes : Paris avait 400,000 habitants, Lyon 120,000. Des excédents de récolte sur les grands domaines permettaient, dans les années d’abondance, une certaine-exportation de céréales.

Ce qui est certain, c’est que sous Louis XIII, où la population était de 10,318,000 habitants, la France était moins peuplée que sous Louis XII. Un curieux passage de Claude de Seyssel montre la prospérité matérielle et la profonde paix sociale dont jouissait la France sous lerègne de ce dernier prince.

« C’est, dit-il, chose apparente, que le revenu des bénéfi- « ces, des terres et des seigneuries, est crû partout généra- « lement de beaucoup. Et pareillement les fermes des ga- « belles, péages, greffes et de tous autres revenus, sont « augmentes bien grandemenl et en plusieurs lieux ilo.plus

de deux tiers : en autres, plus de dix parts les neuf. Aussi « est l’entrecours de la marchandise, tant par mer que par « terre, fort multiplié. Car par le bénéfice de la paix, tous « les gens, excepté les nobles (lesquels encore je n’excepte « pas tou.s) se mêlent de marchandises. Et pour un mar-

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