‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 77 sur 161 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« cliand que l’on trouvait du temps du roi Louis, riche et « grossier, à Paris, à Rouen, à Lyon, et autres lionnes vil- « les du royaume, et généralement par toute la France, « l’on en trouve de ce règne plus de cinquante.

« Et si en a par les petites villes plus grand nombre « qu’il n’en souloit avoir par les grosses et principales ci- « tés. Tellement qu’on ne fait guère maison sur rue qui « n’ait boutique pour marchandise ou pour art mécanique. « Et font à présent moins de difficulté d’aller à Rome, à « Naples, à Londres et ailleurs delà la mer, qu'ils faisaient « autrefois d’aller à Lyon ou à (lenève. Tellement que an- « ciens y en a qui par mer sont allés cliercher et ont trouvé « des terres nouvelles. Or la renommée et l’autorité du roi « à présent régnant est si grande que ses sujets sont hono- « rés et supportés en tout pays, tant en mer qu’en terre. »

Cette histoire des vicissitudes par lesquelles ont passé nos pères, montre combien est fausse la théorie du progrès continu, dans laquelle se complaît l’orgueil ignorant des faux savants contemporains. L’humanité dans son développement est soumise toujours à l’action de la Providence, qui vient, à certaines heures, par de terribles fléaux, arrêter l'essor du progrès matériel, et manifester ainsi l’action d’une loi relative au but véritable de la vie, bien supérieure à l’action des forces et des lois économiques. Mais, d’autre part, le beau règne de Louis XII nous montre combien les afïaires d’une nation peuvent être promptement et facilement rétablies par un gouvernement raisonnable et honnête. En lisant les témoignages des contemporains, la pensée se reporte vers ces quinze, années, qui ont réparé les désastres de la Révolution et de l’Empire, et que l’instinct national, plus fort ijue l’esprit de jnirti, a appelées du nom méi-ité de Restauration. — Les soulfi-ances sociales se guérissent par l’inJluence intense de l’Eglise avant tout, et ensuite par l’action d’un gouvernement, qui remplit son triple devoir d’assurer à la nation la paix, la sécurité et de bonnes finances.

LA CRISE DU XVié SIÈCLE

HISTOIRE DE LA NOBLESSE DE FRANCE DU Xive AU XVie SIÈCLE.

La constitution de la propriété au moyen âge permettait aux campagnes de nourrir une population nombreuse ; car elle rapprochait nécessairement le cultivateur du seigneur féodal qui n’était pas un propriétaire libre de s'absenter, comme aujourd’hui, mais qui remplissait obligatoirement, sur place, les services de défense nationale, de protection locale et d’administration de la justice. Il dépensait forcément au milieu des siens les sommes qu’actuellenient les cultivateurs du solpaient aux administrateurs de toute sorte et à l’armée, sommes qui sont dépensées dans les grandes villes.

Tant que la noblesse a résidé sur ses terres, l’harmonie sociale a régné entre elle et la classe rurale ; la Jacquerie de 1358 n’a été qu’une explosion localisée dans les provinces voisines de Paris, et causée par les souffrances extrêmes de la guerre de Cent ans, qu’exploita odieusement Etienne Marcel. Elle ne laissa aucune suite et les campagnes françaises restèrent absolument étrangères au courant. démagogique qui persista, pendant le xv® siècle, uniquement dans la grande agglomération parisienne qui comptait dès lors de 300,000 à 400,000 âmes. C’est l’occasion d’esquisser l’histoire de la noblesse en France aux xiv®, xv” et xvie siècles.

La noblesse, est alors essentiellement une gendarmerie béréditaire, (jui porte presque exclusivement la charge de la défense nationale et de la protection locale ; car l’obligation du service militaire, imposée au temps de Charlemagne à tous leshommes libres, a cessé, au xiiP siècle, de peser sur les autres classes. Tenir au complet cette gendarmerie, est la grande préoccupation des seigneurs suzerains. Ainsi s’expliquent ces nombreuses causes de commise et de confiscation, auxquelles était soumise la propriété des fiefs, [dus encore (lue les lenures roturières et qui, lors-

CHAIPTRE VI

qu’on étudie leur fonctionnement dans les faits contemporains, SOUL loin de ]>réseiiter le cai-actère odieux attaché aujourd’hui à ces expressions.

L'accès à la noblesse a toujours été largement ouvert aux roturiers à touUîsles épo(|ues de notre histoire. En fait, la profession militaire, jusqu’à la lin du xvie siècle, anoblissait. Au xi\e siècle, Eustache Deschainps, le poète bourgeois, dit que

. . . Ctmciin veul éciiior devenir ;

A peine est-il aujourd’hui nul ouvrier.

Plus tard, Pas((uier considère tout gendarme comme noble, et un dicton populaire témoigne, malgré les textes législatifs, de l’état réel de la société :

De charron soldat.

De soldat gentilhomme Et puis marquis.

Si la fortune en dit.

Les roturiers ont pu toujours acheter des fiefs, dont la possession, à la troisième génération, 1(!S rendait nobles. Enlin, à partir du quinzième siècle, l’anoblissement par le roi vient constamment, comme le dit un contemporain de Louis XII, « donner courage et espérance à ceux du moyen état de par- « venir, faisant choses vertueuses et ardues, au dit état de « noblesse... Laquelle espérance fait ([ue chacun se contente « de son état et n’a occasion de machiner contre les autres,

« sachant que, par bons moyens et licites, il y peut parvenir « et (pi’il se mettrait en danger s’il y voulait venir par autre « voie... La facilité y est telle que l’on voit tous les jours « aucuns de l’état populaire monter par degrés jusqu’à celui « de noblesse et du moyen état sans nombre ».

La société était alors organisée de manière à ce que les nouvelles couches sociales, en prenant ce mot dans son sens légitime, s’élev^assent régulièrement par le travail et la vertu. Le peuple a-t-il gagné au régime démagogique, qui fait monter périodiquement à la surface, non pas les familles honnê-

tes et laborieuses, mais ce qui de tout temps a formé l’écume sociale, les agioteurs et les politiciens, en attendant les truands et les souteneurs?

LA CRISE DU XV1« SIÈCLE

La noblesse française était beaucoup moins séparée de la bourgeoisie que celle d’Allemagne et de Naples et que le patriciat de Venise. On ne rencontre pas chez nous au quinzième siècle ces confédérations de noliles qui agitaient alors l’Allemagne et étaienLen guerre avec les villes; encore moins ces coutumes sur les mariages inégaux qui élevaient un obstacle aux alliances entre les familles enrichies par le commerce et les anciennes races.

Les privilèges fiscaux dont jouissaient les nobles, se bornaient a l’exemption des péages pour eux et leurs serviteurs, et à celle de la faille dans les pays de langue d’oil : car dans tous les pays de langue d’oc, la taille était réelle et les terres nobles, d’ailleurs peu nombreuses, étaient seules affranchies de l’imjiôt ; or souvent ces terres étaienl possédées par des roturiers qui en bénéficiaient, tandis que les nobles payaient sur l’ensemble de leur patrimoine. Partout les nobles étaient soumis aux impôts indirects, qui prenaient une extension de plus en plus grande. Enfin des documents nouveaux montrent que la noblesse payait sa part dans un certain nombre de contributions extraordinaires levées sous les règnes de Charles Vil, de Louis XII, de François P*". Du reste, quelle que fût l’importance pratique de ces privilèges, ils étaient acceptés unanimement par l’opinion ; car la noblesse avait seule supporté, pendant quatre générations, le poids des guerres d’Italie, qui, à défaut d’un royaume et d’un duché au-dela des .\lpes, nous valurent au moins avec Toul et Verdun, Metz, la glorieuse cité que l’Empire et la République nous ont fait perdre.

Le curieux journal du sire de Gouberville, gentilhomme du Cotentin, qui écrivait de 1554 à 1562, montre la charge considérable que faisait peser .sur la noblesse le service de la gendarmerie, combiné avec celui du ban et de l’arrièreban, et les dépenses énormes dans lesquelles il l’entraînait. La solde qu’elle recevait était insuffisante. Tous les documents du temps témoignent de l’état de ruine des anciennes familles, ruine glorieuse, bien faite pour préserver de l’envie le Tiers-Etal, qui croissait alors tous les jours en richesse et en influence.

Tout n’est pas cependant à louer dans l’ancien régime. En comparant la conception légale de la noblesse en France et en .Angleterre, on voit que chez nous la pratique des anoblissements et le service de cour, joints à l’exemption de la

. fl.'i

Page 1