CHAPITRE VI
taille, au vieil abus de quittei’ le nom patronymique pour prendre un nom de seigneurie, avaient dès le seizième siècle trop multiplié le nombre des nobles. De plus ces coutumes tendaient à désorganiser les cadres supérieurs de l’industrie et du commerce, parce que, dès qu’une famille bourgeoise s’élevait, elle quittait son .atelier ou son comptoir pour passer dans la classe supérieure.
Mais cet inconvénient devait se faire sentir seulement au dix-septième siècle.
Au seizième, dans la plupart des provinces, les nobles continuaient de résider au milieu de leurs tenanciers, et si les développements de l’armée permanente et de la justice royale leur avaient enlevé une partie des services publics qui pesaient exclusivement sur leurs aïeux, du temps de Philippe V I, ils avaient dans les campagnes une importance économique et sociale considérable. « Nos lois sont libres assez, » disait Montaigne, et le poids de la souveraineté ne touche » un gentilhomme français à peine deux fois en sa vie. La » subjection essentielle et elTectuelle ne regarde d’entre » nous que ceux qui s’y convient et qui aiment à s'honorer » et enrichir par tel service ; car qui veut se tapir en son » foyer et sçait conduire sa maison sans querelle et sans » procès, il est aussi libre que le duc de Venise. »
Les guerres de religion avaient, sur beaucoup de points, désorganisé les lamilles de la noblesse, en les tirant hors de leurs seigneuries et de leur foyer. 3Iais le mal pouvait a cette époque être réparé. Henri IV en avait l’intention très nette. Pérélixe raconte qu’il « déclara ;i sa noblesse qu’il » vouloit qu’ils s’accoutumassent à vivre chacun de son » bien, et pour cet elfet qu’il seroit bien aise, puisqu’on » jouissoit de la paix, qu’ils allassent voir leurs maisons et » donner ordre à faire valoir leurs terres. Ainsi, ils les » .soulageoit de grandes et ruineuses dépenses à la cour, en » les renvoyant dans les provinces, et leur apprenoit que le » meilleur fonds que l’on puisse faire est celui d’un bon » ménage. Avec cela, sachant que la noblesse française se » piquoit d’imiter le Roy en toutes choses, il leur montroit » par son propre exemple à retrancher la superfluité des ha- » bits; car il alloit ordinairement vêtu de drap gris, avec un » pourpoint de satin ou de taffetas sans découpures, passe- » mens ni broderie. Il louait ceux qui se vôtoient de la sorte
LA CRISE DU XVIO SIECLE
« et se rioit des autres, qui porloient, disait-il, leurs moulins » et leurs bois de haute futaie sur leur dos. »
Quelle meilleure leçon d’économie politique, quel plan plus net de réforme sociale peut-on trouver que ces fines paroles et cette initiative si décisive du Béarnais.