CHAPITRE I
Un mapiflque sermon de saint Augustin peut être cité comme 1 inspiration de cette touchante formule qui contraste autant avec le symbolisme humiliant de l’aflranchis-
semenl dans le droit classique que l’esprit des deux sociétés était difrerent (Ij.
Après le triomphe du Christianisme les afiranchissements en masse se multiplièrent. Sainte Mélanie la Jeune affranchit en un jour huit mille esclaves (^).
En même temps le patronage et la protection des aflranchis devient une des fonctions de l’évêque. Le concile d Arles de 1 an -Lri, en menaçant d’excommunication les maîtres qui essaieraient de ramener en servitude sous prétexte d ingratitude les esclaves aflranchis in ecdesin ou les heritiers qui n’exécuteraient pas les legs de liberté, ce concile, disons-nous, inaugura une. juridiction de l’Eglise
que nous retrouverons pendant une longue suite de siècles.
Toutefois, l’Eglise voulait surtout améliorer la condition morale de l’esclave, et faire respecter les droits de l’homme en lui. Elle n’entendait pas faire une révolution sociale. Aussi apres 1 invasion des Barbares concourut-elle pour sa part et sur ses domaines à la grande tranformation qui s’opéra
dans les conséquences juridiques de l'affranchissement et
qui fit non seulement de l’affranchi, mais de ses descendants, des sortes de mainmortables de leur ancien maître sauf les cas très exceptionnels de l’afïranchisseinent devant le Loi ou de collation expresse de la cité romaine En efîetàcette époque l’encadrement de tous dans une hiérarchie strictement établie était nécessaire, et la protection, la garantie d’une bonne police étaient l’avantage correlatil de cette dépendance imposée à la descendance de aflranchK La liberté qu’on lui donnait proclamait toujours
sa dignité d’homme et plaçait ses droits naturels sous la protection de la loi.
^ Eglise apportait au monde une idée d’où devait sortir à la longue tout le développement industriel moderne et même le changement qui commence à peine à s’opérer de nos jours dans la politique en faisant prévaloir la satis-
(1) S. Augustin Sermo 21,
(2) Ihilljnliiis. Historia Lausinca,
Le Christianisme en adorant Jésus-Christ et en honorant la Sainte Famille de Nazareth, proclamait la haute valeur du travail manuel si profondément méprisé par les anciens. Saint Paul, les apôtres et les premiers évêques gagnaient leur vie par le travail de leurs mains.
« Je vous exhorte à travailler de vos propres mains afin que vous marchiez honnêtement vers ceux qui sont hors de l’Eglise et i^ue vous vous mettiez en état de n’avoir besoin de personne, écrit saint Paul aux Thessaloniciens... Celui qui ne veut point travailler n’est point digne de manger. J’apprends qu’il y a parmi vous quelques gens inquiets et curieux qui ne travaillent pas. Je leur ordonne et les conjure par N. -S. J.-C. de manger leur pain en travaillant en silence (1). »
C’était le contraste le plus frappant avec l’oisiveté des citoyens des grandes villes qui vivaient des distributions gratuites et rejetaient tout le poids du travail sur les esclaves, les affranchis ou les pauvres colons des campagnes.
Les Pères de l’Eglise recommandaient les travaux domestiques aux femmes du plus haut rang li!) et de nombreuses inscriptions chrétiennes nous montrent des patriciennes se glorifiant d’avoir travaillé de «leurs mains. Une légende fort ancienne voulait que saint Crépin et saint Crépinien, les patrons de la cordonnerie, fussent des patriciens qui exerçaient cette profession par humilité (3). »
Les résultats de cette doctrine ne tardèrent pas à se faire sentir ; car dès la fin du second siècle, les communautés chrétiennes étaient assez nombreuses dans beaucoup de villes pour former déjà un facteur social important. M. Allard, dans son beau livre sur Les Esdaces chrétiens, a
indiqué ce que devait être l’organisation du travail dans leur sein.
On peut dire que sur mille prolétaires chrétiens dans les villes, presque tous travaillaient, tandis que sur mille prolétaires païens, les deux tiers étaientnourris gratuitement par
(1) Ad Thessalonicenses I» IV, 11 et 11» m 10-12.
(2) Clément d’Alexandrie, Pœdagoque III, 4 et 10. ïertullien„ de culte fæm inarum 1113.
(3) Allard, Les esclaves chrétiens, n. 308, d’après les travaux deM. de Hossi.