‹ Les grandes époques de l'histoire économique [microform]Chapitre 9 sur 161 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rttat OU parles riches. De là dans les communautés chrétiennes une force industrielle considérable. Les fidèles se connaissaient, priaient ensemble, vivaient en frères. Il était naturel que tous les métiers étant représentés chez les chrétiens, ils s’adressassent les uns aux autres dans leurs besoins ; et ainsi le travail libre qui, faute de débouchés, ne pou\ait, dans le monde païen, soutenir la concurrence du producteur riche appuyé sur le travail servile, à mesure que s’établissaient dans une ville un ou plusieurs centres de vie chrétienne, se trouvait prendre une force nouvelle, acquérir de plus nombreux représentants, des clients plus nombreux.

La différence entre les ouvriers païens et chrétiens n’était pas seulement dans leur proportion numérique ; elle était aussi dans la manière dont les uns et les autres envisageaient le travail.

L importance de plus en plus grande que. prirent les associations ouvrières et le changement qui s’accentua dans la législation à leur égard à partir d’Alexandre Sévère, sont certainement en relations avec les progrès du (Christianisme. Les idées générales changeaient même dans la société païenne sous cette influence.

Le Christianisme apportait encore au monde l’honneur du métier — on a remarqué sur les monuments funéraires des chrétiens la fréquence des représentations des instruments des professions (1) — et la joie du travail accompli en vue de Dieu, sanctifié par la prière et l’invocation des saints qui avaient travaillé ciix-mèmes. Athénagore au iC siècle disait : « Vous trouverez chez vous des ignorants,

« des artisans, des vieilles femmes, qui, s’ils peuvent dif- « ficilement démontrer par des paroles les avantages « de notre doctrine, les démontrent parles faits, par leur « vie. »

Selon le mot de saint Jean Chrysostôme, l’atelier chrétien est un lieu où l’on travaille et où l'on chante en famille ; les femmes et les enfants assis devant le métier à tisser, le mari debout devant son établi. Le riche oisif qui passe près de ce lieu égayé et sanctifié regarde d’un œil d’envie. « Heu-

(1) ^ .'Sh\v{\<^\\\,Bict}onnai)'e tleii anliquités chréiiennes.Instrament des diverses professions.

LA REFORME SOCL^LE PAR LE CEmiSTrAMSxMK . 61

« reux, s’écrie-t-il, celui qui gagne sa nourriture parle tra- « vail de ses mains (1). »

Une inscription du iv® ou du v® siècle (Orelli, Inscrip. 7'oman, 4289) célèbre ainsi un fabricant de dés d’ivoire : « De peu de chose, il nous a élevés à une condition médio- « cre, mais dont personne n’eut pu rougir. Il a été le prête inier niagister de sa corporation : c’est lui qui exhortait « ses compagnons. Il fut d’une admirable bonté, d’une ad- « mirable innocence. » — Et l’on gravait, sur sa tombe quelques instruments de travail.

Saint Astère évêque d’Amasée, . au iv® siècle, dit la môme chose des matelots de la mer Egée et de leur dévotion envers le martyr Phocas.

Il ne serait pas impossible que dès le iv® et le v® siècle le culte des saints protecteurs des divers métiers, qui a été un facteur si considérable du développement corporatif au moyen âge, ait commencé.

Les collèges d’artisans, en Orient comme en Occident, avaient des divinités protectrices particulières et l’Église chercha généralement à transformer les habitudes populaires plutôt qu’à les briser. Naturellement les martyrs ou les confesseurs qui avaient exercé un métier devaient être invoqués par ceux qui plus tard avaient la même profession. Tels furent, par exemple, sous Dioclétien, les sculpteurs dont le martyre est raconté dans la Passio sanctorum quatuor coronatorum et qui souffrirent la mort pour n’avoir pas voulu confectionner une idole. Ils sont devenus les patrons des arts du bâtiment (2).

Quand les pères du désert créèrent Tordre monastique, le spectacle du travail assidu auquel ils se livraient volontairement fut bien fait pour relever encore la condition des travailleurs»

VIII. — La société païenne qui méprisait le travail manuel était encombrée à tous les étages par des professions honteuses.

(1) Saint Jeaà Chrysostôme, In Genesiin de Komilia, cap. 4. Anna sermo iv, G. Exposit, De m Psalm. XLI, 2.

• (2) y . leurs actes dans les Bollandistes, 8 novembre, leur valeur historique est aujourd’hui reconnue. V. de Rossi, BoUetino di artheoloqia cristiana 1879, p.ol et suiv.

CHAPIÏHE I

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Le parasitisme était une vérital)le institution auprès des riches. Surtout l’importance considérable donnée aux fêtes et aux plaisirs publics avait développé une classe nombreuse d’acteurs, de gladiateurs, de mimes. Le culte et les superstitions du paganisme faisaient vivre une population entière fort immorale et intéressée à défendre tous les abus de la vieille société.

Un passage du livre intitulé les Constitutions apostoliques (iv :2“2), donne une énumération singulièrement significative de ces professions.

« Le leno doit être rejeté s’il ne cesse son infâme tralic, la courtisane si elle ne change de vie, le fabricant d’idoles s’il ne renonce à son métier ; que le comédien, la comédienne, le cocher du cirque, le gladiateur, le coureur de stade, le laniste, l’athlète, le joueur de Ilûte, le joueur de cithare, le joueur de lyre, le maître à danser, le cabaretier, le prostitué, le mage, le sorcier, l’astrologue, le devin, le chanteur de vers magiques, le mendiant, le diseur de bonne aventure, le charlatan, le fabricant d’amulettes, celui qui fait des puritications magiques, l’augure, le montreur de présages et de signes, l’interprète des palpitations, celui qui devine l’avenir en observant les vices des yeux ou des pieds, l’interprète du vol des oiseaux ou des mouches, l'interprète des voix et des bruits symboliques, soient rejetés s'ils ne quittent leur occupation. » Deux conciles d’Arles en 814 et en 452 renouvelèrent ces excommunications.

Même sous les empereurs ebréliens ces professions ne disparurent pas. Rome avait eu à un certain moment jusqu'à 3,000 gladiateurs sans compter les mimes et les musiciens (Ij, et la législation impériale les attachait rigoureusement à leur métier, leur défendait de quitter la ville pour ne pas Iroubler les plaisirs du peuple (2) ; elles durèrent jusqu’au sac de Rome par les Barbares, tant elles trouvaient un aliment à la fois dans l’immoralité et dans la supers-

(1) Ammien Marcellin XIV 0 Cf, xxvri 1. Sur la i)rali(pie des arts magiques. V. Allard, les Esclaves chrétiens, p. 424 à ''lil .

(2) (^od. iheodos., les diverses lois du litre et le commentaire

qu’en fait Champagny, De la Charité chrétienne dans les premières siècle de l (185(»), p. 227 etsuiv. Cf. l’iiistoire dra-

matique racontée j)ar S..lean Clirvsostôme,/tom<7m in Malthœum, i.vxn.

LA HÊFOHME SOCIALK PAlt LE CHRISTIANISME 0.^

tition. Ce fut la dernière institution païenne à laquelle les empereurs chrétiens osèrent toucher (1).

Il était bon de jeter un coup d’œil sur la place qu’elles avaient dans la société païenne pour apprécier le service que le christianisme rendit à la société moderne en supprimant ces éléments impurs et dangereux. Il était réservé à notre temps de voir les souteneurs et les cabotins redevenir une des plaies de nos grandes cités.

IX. — Avec le christianisme, le travail put être d’autant plus honore et joyeux que la célébration du dimanche et des fêles solennelles assurait le repos nécessaire aux Ira- A'ailleurs. L’ancienne religion romaine ax'ait des jours de repos marqués. Mais l’égoïsme des maîtres en avait privé les esclaves. Caton énumère toute une série de travaux qu’on tait faire par ces malheureux les jours fériés, et Columelle indique certains rites moyennant lesquels on pouvait accomplir les travaux des champs ces jours là sans encourir la colère des dieux (2).

Tertullien dit avec quelle rigueur les chrétiens observaient le repos du dimanche s’abstenant ce jour là même des bains publics (3). Au fur et à mesure que l’Église assit sa constitution^, elle augmenta les jours de repos. « Que les esclaves travaillent les cinq premiers jours de la semaine, dit le recueil disciplinaire du me siècle intitulé Constitutions Apostoliques ; que le samedi et le dimanche ils écoutent la parole de Dieu. Qu'ils chôment toute la semaine sainte et la semaine suivante. Tune en l’honneur de la Passion, l’autre en l’honneur de la Résurrection, car il est bon qu’ils apprennent qui a souflert et qui est ressuscité. Que le jour de l’Ascension et le jour de la Pentecôte soient pour eux des jours de repos. Qu’ils se reposent le jour de la Nativité, en souvenir du bienfait inattendu qui fut conféré aux hommes quand Jésus-Christ, le verbe de Dieu, naquit de la Vierge Marie pour leur salut. Qu’ils chôment également le jour de l’Lpiphanie, les jours où est célébrée la mémoire des apôtres

et le jour de la fête des martyrs qui ont versé leur sanguour le Christ. » *

1 33 Justin, de Episco pâli audienlia,

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